"Bizarre...Vous avez dit bizarre ?". Oui! Au moment où la majorité des formations politiques et autres acteurs de la société civile rejettent le PJD, sans pour autant faire quoique ce soit pour le contrecarrer politiquement, Forces Citoyennes, le parti que dirige M. Abderrahim Lahjouji joue à l'exception et continue de se rapprocher du parti que dirige le docteur El Othmani. Question, peut-être, de se faire distinguer. Mais à quel prix? L'ex-patron de la CGEM coupe court. Dans l'entretien qu'il avait accordé à LNT, ce dernier a fait relever avec fierté, audace et sans ambiguïté que : " Dans tous les cas, je crois que le PJD d’aujourd’hui a tendance à se présenter jusqu’à preuve du contraire comme un parti qui respecte les critères de toute formation politique moderne et respectueuse des exigences d’une démocratie. Je pense à ce niveau, que chacun doit assumer ses responsabilités. Pour notre part, nous assumons les nôtres. Notre formation politique a pris acte des avancées réalisées par le PJD. Il serait prématuré de vouloir livrer des conclusions hâtives suite à ce genre d’initiatives. Je peux vous assurer qu’à aucun moment, le parti Forces Citoyennes ne pourrait être tenté de transgresser les fondements des valeurs inhérentes à sa plate-forme. Par conséquent, je ne vois pas pourquoi une telle initiative puisse provoquer un quelconque mécontentement de la société civile". Par ailleurs, pourquoi justement une telle initiative choquerait-elle certains milieux politiques et associatifs? L'on voit bien que le cadre partisan marocain n'est dicté par aucune logique politique. Tout est possible. Les dernières échéances électorales ont démontré, à l'excès, un microcosme politique marqué par des alliances contre-nature aboutissant sur une majorité éparpillée (si majorité il y a) ainsi que sa fragilité et l'hétérogénéité de ses composantes. Bref, une classe politique livrée à elle-même. Peu importe ce que certains prétendent dire ou critiquer, la pratique le démontre. Ainsi, l'initiative de rapprochement entre deux partis politiques que tout semblait séparer à l'origine, à savoir le PJD et Forces Citoyennes, n'en constituent qu'un cas parmi tant d'autres. Entre ces deux formations, il y aurait certainement des intérêts à partager. L'un a besoin de l'autre. FC qui a connu deux déceptions électorales successives qui ont failli aboutir au pire de l'aventure de cette nouvelle formation a plongé les amis de Lahjouji dans le doute le plus profond. C'est pourquoi pour se positionner politiquement, ce dernier aurait jugé opportun de nouer des contacts avec un parti comme le PJD, confortablement installé dans les camps de l'opposition et qui d'année en année consolide sa place au sein de la scène politique nationale. De l'autre côté, Forces Citoyennes constituerait dans ce cas une terre d'asile à la démarche d'ouverture du PJD. Car, isolé ( et quand il y concertation avec d'autres partis, elle ne se fait qu'à l'occasion des échéances électorales, encore faut-il savoir qu'elle a lieu discrètement), ce dernier serait dans ce sens en train de gagner du terrain quant à la crédibilité qu'il estime avoir de la part des formations politiques du pays. Autrement dit: S'intégrer à l'évolution du champ politique en cours (et que la loi sur les partis veut consacrer) ou se vouer à une marginalisation dangereuse, tel est l'enjeu pour le PJD devenu de plus en plus sensible à l'évolution du contexte politique. L'on se souvient bien, par ailleurs, de la première rencontre entre le PJD et les FC qui s'est tenue quelques semaines après l'élection d'El Othmani à la tête du PJD et pendant laquelle il a été exprimé avec clarté la volonté de cette formation de se rapprocher de certains acteurs de la scène politique nationale dans le cadre de ce qui est appelé par le bon docteur: l'esprit d'ouverture, de dialogue et d'acceptation de l'autre. " La scène politique nationale a besoin aujourd'hui plus que jamais d'une réactivité et d'une redynamisation pour pouvoir soulever les grands défis de notre époque qui sont l'affaire de tous, à savoir, le politique, l'intellectuel, l'expert, l'économique, le chercheur scientifique...Chose qui ne peut se faire qu'à travers une communication solide et continue entre les différentes composantes de la société marocaine", a avancé M. El Othmani.
Hassan.Zaatit
Trois questions à M. Saâd Eddine El Othmani, S.G du PJD
El Othmani: "L'alliance avec Forces Citoyennes est possible"
La Nouvelle Tribune: Vous avez organisé conjointement avec Forces Citoyennes dimanche dernier, une conférence de presse sur l’AMO. Justement, il semble que les relations entre votre formation et celle de M.Lahjouji est au beau fixe. Quelle explication donnez-vous à ce rapprochement ?
M. El Othmani: De prime abord, il faut dire que ce rapprochement n'est pas nouveau. Nous avons commencé nos premiers contacts bien avant les élections communales 2003. Ce que nous avons remarqué, par ailleurs, chez la formation de M. Lahjouji, et cela nous tenons bien à le souligner, c'est son sérieux, le sens de la responsabilité et de l'intérêt général. Ce qui est important aujourd'hui c'est que le rapprochement entre notre parti et Forces Citoyennes débouche sur une coopération continue et à long terme en faveur de l'intérêt général du pays qui prime sur toute autre considération. Actuellement, il existe entre les deux partis un accord de principe pour le développement d'autres dossiers, d'autres chantiers et d'autres points qui préoccupent le Marocain dans son quotidien.
Très franchement, que partagez-vous avec Forces Citoyennes ?
En réalité, beaucoup de choses. Il faut dire d'abord, et cela est très important, que le parti de M. Lahjouji adopte un libéralisme solidaire et d'éthique. L'une des priorités du programme de notre parti. Nous avons également noté une concordance dans la définition du libéralisme solidaire consistant à ne pas dissocier l’initiative privée des exigences d’éthique, de solidarité et de justice. Pour nous et d'une manière générale, si le libéralisme signifie la concurrence loyale et l'initiative privée correcte, cela ne dérobe en aucun cas de la ligne idéologique de notre parti. Car, l'essentiel demeure le contenu et non pas l'idéal. Nous partageons aussi avec Forces Citoyennes d'autres principes tels que le respect de l'identité marocaine, les valeurs de la société, les bonnes moeurs...Sans pour autant oublier l'attachement des deux formations à l'Islam, à la monarchie constitutionnelle et à l'intégrité territoriale du Royaume.
Une alliance entre le PJD et Forces Citoyennes est-elle envisageable dans ces conditions ?
C'est possible.
Propos recueillis
par H.Zaatit