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Remue-méninges par Amine Fawzi Chrnonique

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Visiteurs sociaux
J’ai été recensé ! A dire vrai, je n’étais pas là lorsque ça s’est passé et c’est ma femme qui a répondu au questionnaire mais comme tous deux nous ne faisons qu’un cela revient au même, n’est-ce pas ?
Ainsi, l’Etat sait tout de moi désormais, même les choses dont je pensais qu’elles relevaient de ma vie strictement privée : notre choix d’être un couple sans enfants mais à la recherche d’un animal de compagnie, et surtout deux citoyens sans télévision, ni parabole ni lecteur de DVD, rien d’autre que la radio et un antique lecteur CD, pour une vraie détente en musique sans images parasites.
Il avait l’air plutôt surpris de découvrir tout ça, l’agent recenseur de mon quartier, et tellement touchant de sollicitude intimidée. On s’était d’ailleurs dit, ma femme et moi, qu’il était temps que l’Etat vienne constater à quel point nous autres Marocains, pouvions avoir changé, à condition de poser les vraies bonnes questions.
Il paraît qu’en matière d’intégration sociale, tout reste à inventer, m’avait dit ma femme, très enthousiasmée… Tiens, pourquoi pas des visiteurs sociaux de proximité, agents de l’état ou des collectivités peu importe pourvu que l’empathie soit au rendez-vous, qui iraient à la rencontre des résidents, régulièrement, quartier par quartier. Ça ferait du travail pour nos jeunes diplômés, que l’on mobiliserait pour combattre l’indifférence crasse qui désintègre nos cités. Sans compter que ça changerait agréablement du flicage pernicieux des moqaddmine du temps passé.

L’Islam n’est pas un “isme”
Pendant ce temps, Le Darfour est à feu et à sang, les indépendantistes Tchétchènes massacrent des écoliers innocents, des fanatiques Irakiens exécutent 12 otages Népalais, ce à quoi les Népalais répondent par l’incendie d’une mosquée, pendant qu’Israël foudroie des civils par centaines et menace de punir la Syrie, accusée d’instrumentaliser des terroristes islamistes. Ce qui donne, en boucle sur nos écrans de télévision, une tuerie par-ci, un carnage par-là et partout l’expression d’un immense dégoût.
Effarés comme par une pulsion meurtrière de leurs propres entrailles, les musulmans de paix se font rempart de la moindre étiquette. Et si on se disait “modérés” ? Rien à faire, l’Islam est interdit de normalité, on dirait. Malheur à qui prétendrait rendre à la foi des musulmans sa grandeur, sa noblesse et son rayonnement des premiers temps ! Il y a bien le soufisme, sa spiritualité et sa lumière, mais pour quelle influence réelle, quel potentiel d’apaisement ?
Alors les tueries répondent aux tueries et le carnage ne fait qu’empirer. Comme une fuite en avant, l’ “isme” mène l’islam au plus vain des combat : celui de l’homme contre l’homme, au mépris des vrais enseignements de la foi.
Plus que jamais dans le collimateur des “démocraties”  occidentales et assimilées, les musulmans du monde se cherchent un destin à l’échelle de cette humanité qu’ils ont jadis contribué à forger et à faire s’épanouir. Il en sont pour l’instant à se désaccoutumer des voluptés du despotisme, cet étouffoir de la fierté et de la créativité d’un peuple.
Pour réaliser à quel point les Arabes qui rêvent encore de cet âge d’or d’avant l’Islam se trompent de mythe, et se convaincre définitivement que l’Islam est tout sauf un “isme”, on lira ou relira avec profit l’excellent ouvrage de Mme Sigrid Hünke “Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident”, paru pour la première fois dans sa traduction française aux éditions Albin Michel en 1963. Cet ouvrage, vieux rossignol de librairie certes, n’en sera pas moins  d’une lecture à la fois exaltante et rafraîchissante par les temps qui courent. Largement de quoi effacer, en près de 400 pages richement documentées sur la grandeur passée de notre civilisation, les tristes images de la scène arabo-islamique contemporaine.

Vendre le singe, disent-ils…
“Il a vendu le singe et s’est moqué de celui qui l’a acheté”, dit un proverbe marocain. Si vous vous êtes déjà trouvé dans la situation de l’acquéreur, ne prenez pas cela trop à coeur. Dites-vous que pour prix d’une leçon c’est donné et qu’après tout, le loup ne s’y laisse jamais prendre deux fois. Bref, tenez-vous prêt, pour changer, à acheter le singe et vous moquer à votre tour de qui vous l’aura vendu. C’est si simple de résister à l’oppression que ceux qui choisissent de subir ne sauraient y être encouragés.
Ce proverbe a beau être typiquement marocain dans son esprit et sa formulation, et les exemples s’y référant ont beau proliférer dans notre société, nous n’avons sans doute pas le privilège de cette désolante mentalité. Prenez les Autrichiens, par exemple. Ils doivent bien rire de nous voir dévorer autant de croissants, nous autres Arabo-musulmans. Forcément, le croissant, symbole récurrent de l’Islam combattant et sommet de la pâtisserie viennoise, a été créé en célébration d’une victoire écrasante de l’Autriche sur les Turcs de l’Empire Ottoman aux cours des années 1760. Un peu comme si, pour célébrer Stalingrad, les Soviétiques avaient créé une pâtisserie en forme de croix gammée et que bien des années plus tard, les Allemands s’en régalent sans rien soupçonner de leur aliénation.
Bien entendu, que cela ne vous gâche pas le plaisir de votre prochaine mouillette matinale au café du coin. Simplement ne vous privez pas du plaisir de révéler au serveur, aux autres clients, à tous vos amis aussi dans la foulée, l’origine de cette extraordinaire pâtisserie. Et au passage, prévenez-les tous de se méfier désormais des vendeurs de singes. Ils sont légion et pas qu’en politique ou dans la restauration…



 

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