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Le nouveau visage de l’islamisme Dans les bidonvilles de Salé

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En cette matinée du vendredi 3 septembre, quelque part à El Oud, l'un des multiples quartiers populaires de Salé, l'indigence est patente. Mais en ce jour de prière, c'est une autre ambiance qui règne. Petits et grands se préparaient pour aller à la mosquée du coin. M.O fait partie de ces jeunes qui ont une attache réelle avec la mosquée. D'ailleurs, notre guide ne vit aujourd'hui que grâce aux donations d'une association caritative islamiste, très active à Salé. En allant chez lui, le visiteur est frappé par la misère qui sévit dans les parages. Au milieu de ruelles aux habitations de fortune, on a l'impression d'être dans un monde à part. Dans ce coin perdu, M.O, servant de guide, avance lentement avec des salamalekoum à gauche ou à droite. Il semble être bien connu dans ce secteur. Au bout d'une centaine de mètres, nous nous trouvons en face d'un groupe de jeunes assis à côté d'une maisonnette. Ici le ciel se dégage une odeur nauséabonde. "As-tu fait beaucoup de courses hier ?", lui demande un monsieur isolé. Le jeune ayant à peine répondu à la question qu'un autre type nous rejoint. Curieusement, quand je me suis présenté, un bonhomme, à la barbe très touffue , s'empresse pour me lancer cette boutade "n'as-tu pas peur d'être kidnappé ici car vous, les journalistes, vous écrivez toujours que El Oued est le fief des islamistes." En réalité, il voulait faire référence à la prise d'otages des deux journalistes français aux mains d'un groupe d'Irakiens qu'il a qualifié de vermine pour la cause arabe et des musulmans. Son raisonnement était tellement limpide que je n'ai pas hésité à lui demander si réellement les islamistes marocains ont changé de mentalité. "Vous voyez, depuis les attentats du 16 mai à Casablanca, nous sommes devenus les ennemis de ce pays car l'amalgame a sévi dans les esprits et cela à tous les niveaux. Qu'il s'agisse des autorités ou des citoyens, tout le monde nous considère comme des criminels. Pourtant, s'il est vrai que nous proclamons une pratique religieuse telle qu’elle est prescrite dans le Coran, nous n'avons jamais pensé porter atteinte à la vie d'un Marocain", fait-il remarquer. Son avis est également partagé par l'imam de la mosquée non autorisé.
Après la prière, ce dernier a accepté d’expliquer, pour nous, ce qu'est aujourd'hui être islamiste au Maroc après les événements douloureux du 16 mai. Dans son intervention, il souligne que les autorités marocaines ont voulu brûler toute personne portant une barbe. "Le mélange des genres n'a pas permis de faire toute la lumière sur cet horrible attentat. Car on nous a assimilés aux islamistes ou intégristes d'Algérie.

Nouvelle mentalité

Politiquement parlant, les responsables marocains voulaient enterrer une formation à caractère islamiste ,en raison de sa montée en puissance sur l'échiquier politique. Mais tout cela c'est du passé." L'imam ajoutera, en outre, que le radicalisme islamique est révolu à Salé puisque la sève nourricière est en train de disparaître. C'est-à-dire la pauvreté. S'agit-il d'une dérobade ou d'une réalité ? C'est l'épicier du coin qui nous donnera la réponse. "En fait, tout le monde vit dans la peur. Les multiples rafles et les contrôles inopinés ont fait fuir tous les prêcheurs. Mais je pense qu'il ne s'agit là que d'une étape provisoire. Le temps que la situation change", dit-il. Cependant, ni moi ni mon compagnon ne comprenons de quoi il s'agit. D'un ton grave, on nous répond tout simplement à chaque question "mêlez-vous de ce qui vous regarde". Pour ce qui concerne les attentats du 16 mai, l'épicier n'a que des regrets. "Nous sommes navrés que ces événements se soient produits. l'islam interdit à tout musulman de tuer son frère musulman. Mais peut-être qu'il s'agissait de la volonté du tout Puissant, Allah", commente-t-il. Ses propos seront vite balayés par un client qui avait attentivement écouté notre conversation : "moi je ne suis pas d'accord avec ces kamikazes lâches. Chacun de nous a droit à la vie. Pour défendre notre religion, on peut procéder autrement." La discussion prend une autre tournure. Les esprits s'échauffent et un attroupement s’est vite formé autour de nous. Dans la foule, les mécontentements ne se cachent plus. Tout le monde en veut aux kamikazes. "Écoutez, monsieur, si vous êtes chargé d’un travail, allez ailleurs. Ne venez pas nous provoquer. Quand le gouvernement dit qu'il va combattre les bidonvilles, pour nous c'est de la poudre aux yeux. Regardez, rien n'est encore fait ici. Notre misère n'a fait qu'augmenter. Les bienfaiteurs ont disparu. Comment va-t-on acheter les fournitures scolaires de nos enfants", tonne un père de famille. C'est ainsi que nous avons changé de lieu pour aller à  Sidi Moussa, un autre secteur où les islamistes ont élu domicile. Ici les jeunes ont un autre son de cloche, du moins une autre mentalité après les événements douloureux de Casablanca."Je croyais fermement à tout ce que l'on me disait sur l'islam, dans sa forme radicale. Aujourd'hui, c'est l'inverse.  On peut être islamiste sans être terroriste." Cette confession du jeune J.K nous a fait découvrir le nouveau visage de l'islamisme à Salé. Sobre et accueillant, notre interlocuteur a fait le tour de la question en soulignant que rien ne sert d'encourager les branches radicales au Maroc. Mais quand on lui demande s'il veut adhérer au PJD, il n'hésite pas, à aucun moment. "Autrefois, je n'avais pas de parti politique, mais aujourd'hui je me retrouve bien dans le programme de cette formation." Dans un autre quartier nommé Hay Inbiat, c'est le même constat. Assurément, la loi anti terroriste a porté ses fruits. On est loin du temps d'avant le 16 mai 2003 où personne ne s'inquiétait de la présence des forces de police qui accédaient difficilement à ces quartiers . Ce qui faisait d'ailleurs le bonheur de ce vendeur clandestin d'alcool, fournisseur de quelques jeunes du quartier. On y trouvait notamment en grand nombre ceux de la Salafia Jihadia, les rebelles d'Afghanistan et les éternels mécontents de Assirat Al Moustaqim, notamment. Mais les barbus ne parlent plus le même langage après les effroyables crimes de la capitale économique, un certain 16 mai 2003. Désormais rien ne sera plus comme avant. Autrement dit, la retenue se lit sur tous les visages.

M.S.



 

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