Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Docteur Naciri contre Mister Harrif ? Politique

Auteur :

à la fête des entreprises “multicoloniales” et de leurs relais, “boursicoteurs”, accapareurs et autres fléaux du capitalisme cannibale, Abdellah Harrif, étendard vivant de la gauche prolétarienne et fondateur d’“En-Nahj Addimoqrati”, s’est invité sans se presser. Cela fait près de cinq ans que son parti attendait d’être “reconnu”, il vient enfin d’obtenir le premier volet du fameux récépissé… Quoi qu’il en soit, c’est un pas de plus vers la constitution effective d’un pôle des forces de gauche radicale dans le champ politique national.
Son idée du progrès ? Pour cet ingénieur des mines qui aurait pu devenir ministre s’il n’était aussi convaincu de son utilité sur le front social, il est urgent de chercher à réussir les uns avec les autres et non plus les uns contre les autres, cet anti-modèle de civilisation. “Le constat est catastrophique et dramatique : pollution, aliénation, misère, maladie… De sa voix paisible, Abdallah Harrif est catégorique : nous allons vers une forme fatale de barbarie !”
L’occasion ou jamais de participer à l’action collective, de rejoindre sur le terrain les forces du progrès ? Oui mais toujours pas au Parlement et toujours pour les bonnes vieilles raisons : “Les instances électorales sont discréditées aux yeux de la majorité abstentionniste de la population”, rappelle M. Harrif avant de tempérer sa position : “Le jour où l’on aura le sentiment qu’à travers notre participation, nous pourrons intervenir efficacement, alors nous changerons de tactique. En attendant, c’est sur d’autres terrains, plus prioritaires à nos yeux, que nous agissons”.
Qu’on se le dise : ni petits bourgeois frustrés, ni blanquistes nihilistes, Abdallah Harrif et ses alliés de la Gauche socialiste unifiée (GSU), du Parti de l’action démocratique et sociale (PADS), de Fidélité à la Démocratie et du Congrès National Ittihadi ne renoncent à défendre les masses laborieuses, ces femmes et ces hommes qui n’ont que leur force de travail qu’on leur permet à peine de renouveler… Paysans, ouvriers, petits employés et cadres moyens, même combat ! Histoire ancienne que tout cela ? Pas pour Harrif et ses militants, qui chaque jour sur le terrain s’emploient à combattre les dérives du système : activisme en faveur des droits l’homme, lutte pied à pied aux côtés des syndicats, combat pour l’émancipation réelle des femmes, défense et promotion de la culture amazighe… Avec cette mise en garde toutefois : “Les acquis de notre combat demeurent réversibles tant que la société civile n’aura pas réellement accédé aux commandes du devenir de la nation. Au-delà des divergences de classes, il est temps d’avancer, ensemble, vers une vraie démocratie”.
Concrètement, ce qu’attendent en premier lieu les militants de la gauche radicale, c’est un nouveau contrat social fondé sur la rupture, nette, sans concessions ni compromissions, avec l’ère de l’impunité. M. Harrif ne se donne d’ailleurs même pas la peine d’insister sur les retombées économiques bénéfiques d’un tel renouveau, tant cela paraît relever pour lui du bon sens. Il insiste en revanche sur le fait que “ le peuple a le sentiment que la gauche gouvernementale ne défend plus les valeurs progressistes et constate qu’elle a déserté le front social ”. Ne lui parlez donc surtout pas de paix sociale, Abdallah Harrif n’y voit qu’une “supercherie”, une “machine de guerre” contre les vrais intérêts des prolétaires, une “manœuvre de démobilisation”.
Que l’on se rassure… C’est en force de progrès conscience de son impact sur le champ politique que la gauche radicale prétend investir la scène aux côtés des socialistes : “Il nous reste à construire, ensemble, une organisation qui représenterait les intérêts réels de la classe ouvrière et des masses laborieuses”.

Vous avez dit progrès ?

La gauche prolétarienne en aiguillon stimulant de la social démocratie ? à cette idée, M. Khalid Naciri, membre du Bureau Politique du PPS et incarnation d’un socialisme raisonnable  répond par un hommage et une main tendue : “Je partage avec M.Harrif, dont je salue la droiture et l’honnêteté, l’idéal de la démarche socialiste et la cause du prolétariat. J’ai été formé comme lui à l’école de Marx, Engels et Lénine. Comme lui, j’ai pris acte, avec la chute du mur de Berlin, de l’effondrement du socialisme réel. Et aujourd’hui, face à l’échec du socialisme gouvernemental, je crois également que nos forces doivent travailler à régénérer le discours politique progressiste”.
Maître Naciri ne mâche pas ses mots et en intellectuel capable de “penser contre lui-même”, il dresse le bilan d’une décennie de progrès contrarié: “La gauche a cessé, vers la fin des années 80, de produire un discours idéologique et doctrinal : non pas par opportunisme mais par incapacité.” Reste à espérer que l’Alliance socialiste, pôle constitué par le PPS, le PSD et le Parti “El Aahd”, constituera le creuset d’une nouvelle ligne de réflexion et d’action dans l’intérêt de la majorité de la population, lasse pour sa part d’espérer.
Le progrès ? Mais dans quelle direction ? Lucide, Khalid Naciri ne se cache pas le danger des dérives populistes de toute dynamique démocratique d’essence populaire. De tous les courants de valeurs qui configurent la société marocaine actuelle, sur lequel se fonder durablement ?  “Le progrès, ça n’est certainement pas la licence, affirme-il, mais une démarche créative fondée sur le respect des fondamentaux culturels, des ressorts d’une identité collective”. Et d’inviter ses confrères à “se mettre à jour”, une façon de constater au quotidien qui sont et que veulent vraiment les Marocains.
L’action de terrain, mot d’ordre de cette rentrée politique, est abordée en termes de pédagogie, seul neutralisateur selon lui de la démagogie, et reprend en substance les termes du discours royal : “Il importe de dire à la population : vous avez droit au plein exercice de vos prérogatives de souveraineté ; dès lors, vous avez des devoirs à l’égard de la communauté nationale”. Maître Naciri évoque à ce propos le potentiel de nos compatriotes résidant à l’étranger pour opposer, à la menace de “sclérose” et de “régression” qui guette notre société, “les vents vivifiants de l’étranger”.
Et l’Islam dans tout ça ? Evidemment conscient de l’enracinement solide, dans le champ politique national, du référent islamique, Maître Naciri veut y voir le ressort d’un rappel à l’ordre  : “La mission qui nous incombe également est de pousser la société à se réapproprier ce qui nous a été confisqué : notre  idéal religieux. Il est possible de faire de la religion un atout du développement. Car on a trop tendance à oublier que cet Islam des premiers temps était avant tout une force de progrès et non une dynamique rétrograde !”
On est tenté de répondre : Dieu merci !

Driss Messaoudi



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com