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Bonnes de riches… Enquête sur le recencement

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Publier le : September 16, 2004

Les "riches", entend-on dire de plus en plus souvent en ces temps de recensement, ne verraient pas d’un très bon œil "l’intrusion" dans leurs demeures de ces agents "inquisiteurs". Quant aux très riches, la rumeur va jusqu’à leur conférer un privilège d’extraterritorialité, comme si les citoyens étaient prêts à admettre, résignés à la fatalité des privilèges acquis, qu’une frange de la nation puisse échapper à la comptabilité.
La rumeur publique censée émaner des riches en question fait état notamment d’une certaine réticence à "déclarer" aux agents recenseurs le personnel domestique, souvent employé clandestinement.
Or "peu nous importe, précise-t-on au Commissariat au Plan, que ces gens soient employés ou non dans les maisons que nous recensons. Ils sont considérés statistiquement comme faisant partie du ménage". Sachant qu’un ménage, au sens du recensement, est "un ensemble de personnes, parentes ou non, vivant sous le même toit et partageant les mêmes dépenses". La crainte du recensement comme dénonciateur de la domesticité informelle, l’un des piliers du mode de vie  marocain, est donc tout à fait infondée. Il demeure que la domesticité en tant que réalité socio-économique intéresse bien évidemment statisticiens et planificateurs, et que ce pan-là de notre société entre dans le cadre des "Enquêtes Emploi" que mène régulièrement le Haut Commissariat au Plan.
On signalera notamment à ce sujet la dernière étude en date (chiffres 2002) réalisée par la Direction régionale du Grand Casablanca du Commissariat, portant sur "les filles domestiques âgées de moins de 18 ans dans la Wilaya de Casablanca", réalisée grâce au partenariat du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). L’enquête, qui portait sur les 29 municipalités de la Région du Grand Casablanca, s’est déroulée du 19 mars au 15 juin 2001.
Dès l’introduction, le ton est donné " Jusqu’à une date récente, le travail de l’enfant était considéré comme une pratique banale (…) D’aucuns voient même dans le travail d’un enfant une action bienveillante : il est recueilli, hébergé, soigné et éventuellement éduqué ou formé. D’autres considèrent que le travail d’un enfant est une forme d’esclavage et d’exploitation puisqu’il s’agit d’un travail non reconnu et peu ou pas rémunéré (…) Au niveau international, les différentes études réalisées dans ce domaine mettent en lumière les conditions d’emploi parfois pénibles, voire humiliantes…"
À tous ceux qui douteraient encore de la gravité du problème posé par cet aspect-là de notre mode de vie, l’étude en question vient confirmer le sentiment général de mauvaise conscience. Rien d’étonnant que l’on prête aux riches des "grandes maisons" la réticence de "reconnaître"  leurs domestiques, "petites bonnes" en tête du bataillon.
"Vos esclaves sont vos maîtres" disait le philosophe… En attendant une prise de conscience générale de l’état de mal-être de la main-d’œuvre domestique, qui mériterait bien un texte de loi, on méditera avec émotion la conclusion de l’étude en question : "…Il n’y a ni sécurité, ni retraite pour la vieille domestique. Elle se résigne à continuer de travailler avec une profonde amertume. Elle s’affaiblit. La patience et l’endurance lui font désormais défaut (…° Elle maudit sa famille, ce ménage employeur. Elle maudit aussi la société qui l’a abandonnée à l’âge de 5 ans (…) victime des samsara. Le rêve d’être adoptée par la famille employeur s’écroule subitement…" A bon entendeur…

D.M.



 

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