Si tout anniversaire majeur est l’occasion d’accomplir une indispensable réflexion sur ce qui a été fait et ce qui doit être fait, c’est aussi le moment de faire un bilan. Pour M. Khalid Naciri, «les Marocains, en adressant à Sa Majesté leurs vœux déférents, ne peuvent que le féliciter sincèrement pour l’œuvre de réajustement entreprise pour la mise à niveau du pays. La démarche réformatrice profonde du nouveau règne nous conforte dans nos convictions pour continuer de l’avant. Sur le fond, le cap choisi dans le nouveau leadership est pertinent. Les accompagnements, en aval, doivent suivre.» Des événements qui ont marqué ce quinquennat comme le départ du socialiste El Youssoufi et l’arrivée d’un Premier ministre technocrate. À cette question de savoir quelle interprétation peut-on donner à une telle situation, le responsable du PPS a son explication. En effet, selon lui «l’avènement de l’“ alternance consensuelle ” en mars 1998 fut un moment décisif dans l’histoire du Maroc contemporain. Petit à petit, ce qui fut un événement politique se transforma en simple acte de gestion.» Dans ces conditions, explique-t-il «l’arrivée, par la suite, d’un technocrate à la Primature traduit une situation qualitativement nouvelle liée à un certain essoufflement des partis, ainsi qu’au désir légitime du nouveau règne, de conforter son leadership.»
Consolider la démocratie
Mais, fait-il remarquer, «il me paraît que l’élément décisif fut l’absence d’approche homogène au niveau de deux grands partis de la Koutla. Parallèlement à cela, je constate que dans les cercles influents, on insiste trop lourdement sur l’“inconsistance et l’incompétence des partis politiques”, pour en promouvoir l’antithèse, incarnée par une société civile géniale et une technocratie miraculeuse. Ce jeu de massacre contre les partis me paraît périlleux. “Pour cette raison, commente notre interlocuteur, si nos partis sont effectivement malades, il faut, non pas les achever, mais les guérir. Des partis modernisés et réhabilités seront un vecteur de renforcement institutionnel. La trilogie partis - société civile - technocratie est vitale, chaque composante, dans son espace.». Les différentes consultations sous le nouveau règne requièrent donc une importance capitale. Et M. Naciri ne manque pas d’arguments. Pour lui, «les élections de 2002 et 2003 avaient une valeur symbolique et politique majeure : c’étaient les premières consultations électorales du nouveau règne et c’étaient des élections qui, en général, n’avaient pas été l’objet de manipulations frauduleuses. ( Ce qui ne signifie pas qu’elles étaient exemptes d’irrégularités, notamment de la part de candidats voyous et de partis considérant la politique comme une vulgaire marchandise).» Quant aux enseignements, l’analyste estime que ces élections ont dégagé cinq enseignements essentiels. «D’abord, un taux de participation électorale atteignant difficilement les 50 %. Ce qui dans le contexte marocain, est un mauvais signe. Ensuite, la plupart des nouveaux partis qui croyaient avec beaucoup de prétention prendre sans coup férir, la place des anciens, ont fait des scores très médiocres. Troisièmement, les partis fabriqués par l’administration pendant les années de plomb, ont été réduits à leur véritable dimension. Le quatrième constat, c’est que la mouvance intégriste a réalisé des scores en hausse tendancielle, ce qui interpelle les démocrates. Enfin, la mouvance démocratique et progressiste a connu une relative progression, mais reste en deçà de ses potentialités car elle ne parvient pas à mobiliser toutes ses troupes. En ce qui me concerne, je pense que le jeu est encore ouvert et la balle est dans le camp de la mouvance démocratique pour procéder aux réajustements nécessaires.». In fine, si le terrain de la démocratie est balisé, le plus dur reste à faire: converger les mentalités à ces nouvelles réalités.
M.S.