La désaffection du politique ? Abderrahim Lahjouji, le patron des “Forces Citoyennes” lui attribue deux facteurs déterminants : l’analphabétisme et l’opportunisme. C’est d’ailleurs sincèrement satisfait, presque soulagé, qu’il considère l’impact des deux derniers discours royaux en date, fondateurs d’un nouveau contrat politique prévoyant notamment la révision des structures et procédures d’encadrement de la population. Il s’agit là, estime-t-il, d’une “remarquable architecture pour le présent et la postérité”.
L’ex-président de la CGEM, engagé depuis deux ans dans l’action politique par le biais d’un parti conçu comme une alternative au clientélisme politicien, aborde la rentrée avec circonspection. S’il avoue avoir gagné en expérience à l’issue des dernières élections et des médiocres résultats enregistrés par “Forces Citoyennes”, c’est pour mieux réaffirmer sa conviction du bien-fondé de sa démarche politique : “Il faut savoir ouvrir un chemin, le reste est affaire de souffle”. Le chemin ainsi ouvert par cette nouvelle approche politique serait-il celui d’une citoyenneté réellement responsable et engagée ?
Un combat de gladiateurs
Peu soucieux visiblement de se situer sur l’échiquier politique, M. Lahjouji préfère engager l’action de son parti dans l’arène du quotidien, face à ces “gladiateurs sans pitié” que constituent, selon lui, les acteurs de la mondialisation des marchés et de l’interconnexion des sociétés. Cela dans la mesure où, affirme-t-il, “ce qui manque aux hommes politiques, c’est la conscience de la nécessité de produire du bien-être collectif”.
Une façon de dire que le seul vrai travail de terrain est affaire de production de biens et de prestation de services dans l’intérêt de la collectivité. Dans cet ordre d’idées, il se reconnaîtrait plutôt dans la stratégie engagée par les pouvoirs publics d’encourager la formalisation du tissu microéconomique, en incitant les petits artisans à s’établir selon les normes juridiques et fiscales en vigueur. “Ce qu’il nous importe par-dessus tout de souligner, conclut M.Lahjouji, c’est la nécessité de se surpasser !”
Encadrement réel des initiatives populaires et libération des énergies. Est-ce là tout ce que l’on peut attendre aujourd’hui de cette nouvelle politique citoyenne ? Du côté de l’Alliance des Libertés, où l’on affiche avec optimisme le bilan des dernières élections, plus de 450 élus locaux et près de 25 présidences, on commence par tirer un signal d’alarme : “Ceux qui produisent ne s’engagent pas assez !”, estime Ali Belhaj, co-fondateur et secrétaire général du parti. Là encore, les opérateurs économiques sont invités à prendre résolument la tête de la dynamique citoyenne.
En réponse à la démagogie des politiciens, le pragmatisme des entrepreneurs ? M. Belhaj commence précisément par mettre le doigt sur le problème crucial : “Nous sommes prêts à jouer le rôle que la collectivité attend de nous, reste à nous en donner sérieusement les moyens…” En posant ainsi le problème du financement de l’action politique partisane d’encadrement des citoyens, le secrétaire général de l’Alliance des Libertés affirme son credo : hors financement public, point de salut… Une façon de dire que le renforcement de l’action partisane, dans la logique d’un nouveau contrat politique basé sur une citoyenneté “responsable et agissante” repose sur la mise en place d’un cadre rationnel d’obligations et de moyens.
Quid de l’action sur le terrain ? M. Belhaj commence par annoncer l’ouverture prochaine à Casablanca, dans le quartier Bourgogne, d’un bureau du parti : “Cet espace aura pour fonctions de permettre à nos militants d’entrer en contact avec les citoyens déjà actifs notamment dans le cadre associatif. De plus, il abritera le siège de deux associations qui ont choisi de s’associer à notre action, l’une constituée de médecins et l’autre de juristes, toutes deux vouées à assister et conseiller la population. Une troisième association, consacrée à la jeunesse, devrait bientôt s’y installer prochainement”. Il s’agit, poursuit-il, “de nous donner les moyens d’influer réellement sur la société par un travail de fond”.
Non au pouvoir personnel
Encadrement bien ordonné commence par soi-même ! Au nom de l’exemplarité, les partis politiques citoyens semblent avoir fait un gros effort de démocratie interne. Pour sa part, M. Belhaj envisage d’ailleurs avec sérénité la nouvelle loi annoncée sur le fonctionnement partisan : “Elle ne sera jamais aussi contraignante que les procédures que nous appliquons déjà… Nous organisons régulièrement des sessions de formation en interne, et réfléchissons actuellement à la création au sein de l’Alliance d’un Conseil de Vigilance, une sorte de cour suprême destinée à garantir la conformité de notre action à nos principes fondateurs. Quant à la fréquence de tenue des congrès, nous en sommes à notre troisième…”
Difficile en effet d’attendre la moindre efficacité de structures prisonnières d’une logique de pouvoir personnel. C’est pourquoi, conclut en substance le secrétaire général de l’Alliance, nous militons pour une nouvelle approche de la chose publique, qui ferait de l’individu le référent essentiel du système : “Nous avons besoin d’individus forts, pas d’un État fort. Respectons l’individu, c’est de lui que tout doit procéder !”
Transparence, valorisation de l’individu et action de proximité. Sur ces bases-là se jouera également la crédibilité du nouveau modèle politique qui se dessine, de part et d’autre d’une ligne de partage qui oppose désormais nettement, au-delà des caricatures et des lieux communs, le camp des politiciens et celui des citoyens.
Driss Messaoudi