La première tient au fort renchérissement du prix du butane sur les marchés internationaux. La seconde, proprement endogène, tient aux retards et aux arriérés que l’État marocain entretient au niveau des ses obligations envers les membres du GPM, ce qui réduit très fortement la capacité financière des importateurs locaux dans leur politique pérenne d’approvisionnement.
Avant donc de porter une appréciation sur cette situation et ses conséquences, le lecteur lira le texte de ce communiqué, afin de se faire, comme le veut la déontologie, "sa propre religion" sur la question.
On aura compris à la lecture de ce texte au ton sinon lénifiant, du moins éloigné des articles alarmistes que l’on a pu lire ces jours derniers dans la presse " spécialisée ", que l’approvisionnement à court et moyen termes du pays en gaz butane n’était pas vraiment menacé. Par contre, ce qui est fortement en cause aujourd’hui, ce sont à la fois les capacités importatrices des distributeurs locaux, quasiment désargentés du fait des arrières de paiements que l’État leur inflige (sept mois!) et le solde de la couverture représenté par le reliquat de 25 % de butane achetés mensuellement sur le marché spot (libre) de Rotterdam (vraisemblablement).
Cette situation, qualifiée de "crise" par le GPM, interpelle directement le gouvernement et, à travers lui, la politique énergétique de l’État.
Il est patent, en effet, que les pouvoirs publics, pour des raisons de stabilité intérieure et de préservation du pouvoir d’achat de la grande majorité des foyers marocains, répugnent à pratiquer la " vérité des prix " pour les produits de première nécessité ou de nature stratégique comme les carburants et le gaz butane. Cette politique, ne varietur depuis plusieurs années, (la dernière augmentation de la bouteille de butane remonte à l’an 2000), est possible lorsque les produits énergétiques ne connaissent pas de flambée des prix à l’échelle internationale. Mais le Maroc, totalement dépendant de l’extérieur pour sa consommation énergétique (où es-tu Lone Star?), ne peut ignorer trop longtemps l’impact inflationniste d’un baril dont le cours à New York ou Londres se négocie entre 35 et 40 dollars US lorsqu’il n’atteint pas les sommets d’août dernier à 50 $ !
La paix sociale a un prix, certes, mais le gouvernement Jettou a-t-il les moyens de la financer ? Telle est la vraie et même la seule question posée en filigrane par le communiqué fort mesuré du GPM.
La Caisse de compensation, en effet, n’est rien autre que le " bras social " du gouvernement, mais ce " bras " ne peut être activé sans impliquer une volonté politique de financement des subventions à la consommation, qu’il s’agisse de la farine, de l’huile ou des carburants !
Aujourd’hui, il est clair que les pouvoirs publics n’osent pas prendre le taureau par les cornes et appliquer une politique de vérité des prix. L’équipe Jettou, pour autant que la décision lui revienne vraiment, n’ose même pas communiquer clairement sur la question, en essayant de sensibiliser les citoyens à l’acuité d’une situation qui, bien que sensible à gérer politiquement, n’en est pas moins là. Jouer à l’autruche ne saurait constituer une alternative sachant que plusieurs éléments incontournables doivent impérativement être pris en compte.
Le premier, résultante de la démarche libérale et de dé-protection du marché, fait que le pays doit se plier à la dure réalité qui prévaut sur les marchés internationaux. Le pétrole et le gaz sont engagés dans une spirale haussière et il est quasiment acquis que ce trend se poursuivra durant les mois et années à venir. M. Oualalou ne pourra plus nous concocter des lois de finances sur la base d’un baril à 25 dollars ! Cette époque est révolue à jamais et ce sont les estimations de M. Boutaleb, son homologue à l’Énergie et aux Mines, soit un cours moyen du baril à 35 dollars, qui devraient plutôt être retenues ! La facture pétrolière ira en s’alourdissant et on n’évitera pas la fracture sociale en faisant semblant d’ignorer cette nouvelle donne. En outre, le marché local dépend désormais d’importateurs privés, locaux ou émanations de grandes sociétés internationales, qui ont besoin, dans la logique qui est celle voulue par les pouvoirs publics, de recevoir le juste prix de leurs livraisons, " on time " si possible".
Le second élément qui s’impose sans contestation possible est celui de la claire incapacité de la Caisse de Compensation à faire face à des obligations financières qui dépassent les possibilités effectives du Budget de l’État.
Cette vérité irrécusable n’est pourtant pas encore officiellement acceptée, mais le gouvernement, tôt ou tard, devra se résoudre sinon à pratiquer la vérité des prix, du moins à engager des augmentations "sensibles" des prix des produits et matières aujourd’hui trop largement subventionnés.
La bouteille de butane de 3,3 kilos devrait ainsi supporter, dans les semaines à venir, une hausse de 10 % à 20 % estiment les spécialistes les plus "sociaux" de la place, faute de quoi, c’est tout le système de compensation qui serait affecté par cette crise énergétique. Quant aux adeptes du parler vrai, ils considèrent que seul le doublement du prix actuel permettrait de solutionner la crise durablement.
Le GPM a eu l’intelligence de tirer la sonnette d’alarme sans pour autant effrayer l’opinion publique.
Il serait souhaitable que dans le même ordre d’idées, le gouvernement Jettou cesse de se complaire dans l’attitude des trois magots…
Car, in fine, ceux qui s’engagent en politique ne doivent pas craindre d’être impopulaire quand les dures contraintes de la situation l’exigent !
Fahd Yata
Communiqué du GPM
L'APPROVISIONNEMENT EN BUTANE
Le système actuel de régulation des prix
Le prix de vente public du butane (3,3 DH/kg) comprend une subvention de l'Etat de 65%. Cette subvention est calculée en fonction de l'évolution des prix internationaux du butane. Elle est payée par l'intermédiaire de la Caisse de Compensation qui trouve normalement ses ressources dans un prélèvement sur le prix des carburants. La subvention au butane dépasse 2 milliards de DH par an.
La crise
Lorsque les prix internationaux du brut dépassent 26 USD, cette ponction n'est plus suffisante, ce qui entraîne des retards de paiement aux distributeurs de butane.
Au 1er septembre 2004, les arriérés s'élèvent à 1,2 milliards de DH, soit 7 mois de retard, et s'accroissent de plus de 300 millions de DH par mois.
Ces retards entraînent de très importantes difficultés de trésorerie chez les distributeurs de butane. Les capacités des distributeurs à procéder aux achats nécessaires de gaz se sont ainsi dégradées.
La démarche actuelle des opérateurs et de l'Etat
Face à cette situation, les opérateurs ont été amenés à communiquer au ministère de tutelle, leurs difficultés financières à s'engager à commander la totalité des besoins en gaz du mois de septembre. En effet, outre 75 % de commandes contractuelles annuelles, un solde couvert par des achats spots doit être normalement commandé mensuellement. Ce sont ces derniers qui n'ont pas pu faire l'objet, lors de la réunion du Comité d'Approvisionnements du 03/09/04, d'une confirmation.
À ce jour, les opérateurs poursuivent leurs démarches vis-à-vis de l'Etat pour que des engagements soient pris au plus tôt au titre des sommes dues, ce qui permettra de retrouver une situation normale d'approvisionnements.
Dans cette attente, les opérateurs se concertent pour gérer au mieux les conséquences de cette situation de crise ".