Me Abdoulaye Wade n’est assurément pas le premier venu. Homme politique d’une grande expérience, il préside aux destinées du Sénégal depuis trois années, au terme d’une bataille pluri-décennale pour la démocratie et la tenue d’élections libres.
Et s’il a derrière lui un parcours semé d’emprisonnements, d’exils et de sacrifices, sa volonté et sa conviction d’œuvrer pour le bien de son peuple ont poussé cet avocat à se faire durant plus d’un quart de siècle l’opposant farouche mais intelligent de l’ancienne équipe en place, jusqu’à sa victoire incontestable et méritée lors du dernier scrutin présidentiel.
Aujourd’hui Président de la République, il jouit d’une popularité et d’une autorité très fortes, qui lui permettent, justement, de mettre en place toute une nouvelle politique de mobilisation et d’éducation de ses concitoyens.
Travailler, encore travailler
Celui qui a mené campagne sous le slogan du Sompi, (le changement), a aujourd’hui comme leitmotiv " travailler, encore travailler, toujours travailler ", considérant que ses compatriotes doivent changer de mentalité et d’habitude pour permettre au Sénégal de sortir du sous-développement, de l’esprit bureaucratique et de la mentalité de fonctionnaires. Ceux-ci sont pourtant très répandus après plus de quarante années de domination politique du Parti Socialiste sénégalais des Présidents Senghor et (surtout) Abdou Diouf.
Esprit libéral, partisan convaincu de la libre entreprise et de l’économie de marché, le Président Wade s’efforce donc de convaincre les siens que le " Sompi " passe d’abord par soi-même avant de toucher l’Économie, la Politique ou l’Éducation. C’est pourquoi avec un dynamisme et une force de conviction que n’entame pas sa condition de septuagénaire mince et vif, il décline ses convictions avec toute la fougue et l’éloquence d’un maître du prétoire (ce qu’il est de formation).
C’est donc ce dirigeant africain de premier plan (lui qui fait de l’ombre à plusieurs de ses homologues d’Afrique sub-saharienne du fait de ses qualités intellectuelles et de la pertinence de ses analyses) qui a bien voulu accueillir quelques journalistes marocains au terme d’une audience accordée au Conseiller de SM le Roi M. André Azoulay et au Président du Groupe BMCE Bank, M. Othman Benjelloun.
Car M. Wade, qui sait ce que coopération et partenariat veulent dire, (comme il nous le démontrera au cours de cette rencontre), avait voulu marquer à M. Othman Benjelloun toute sa satisfaction, en tant que chef de l’État sénégalais, de l’arrivée à Dakar de BMCE Capital qui inaugurait, les jours suivants, un bureau de représentation dans cette ville afin de promouvoir la coopération financière et les projets d’investissements dans son pays et en Afrique de l’Ouest (voir infra, cahier financier).
Il s’agissait également pour le dirigeant africain dont l’aura est aussi forte que celle de Thabo M’béki, son homologue d’Afrique du Sud, d’exprimer au Président Benjelloun toute la satisfaction qu’il ressentait à l’idée de participer à l’inauguration de l’école rurale communautaire de M’Bissao, fruit d’un partenariat exemplaire entre la Fondation BMCE Bank et la Fondation Éducation et Savoir, dirigée par Mme Viviane Wade, son épouse, (voir infra, cahier société).
Il s’agissait enfin d’évoquer avec M. Azoulay, Conseiller de SM Mohammed VI, la qualité et la hauteur des relations entre le Sénégal et le Maroc, le jour même d’un gala de bienfaisance où la participation marocaine, était aussi remarquable que remarquée. Une relation d’ailleurs, qui a fait dire à une haute personnalité nationale, que le Sénégal était " un atout fondamental " de la politique du Maroc dans la région, évidence que ne démentirait certainement pas le dynamique ambassadeur du Royaume à Dakar, M. Driss Ennahdi El Idrissi.
Une affaire de famille
C’est dans ce contexte que le Président Wade a bien voulu évoquer la nature et la valeur des rapports entre Dakar et Rabat, marqués en premier par l’étroitesse des liens qui l’unissent au Souverain marocain, précisant même à notre intention que " le partenariat maroco-sénégalais était avant tout une affaire de famille ".
Se félicitant de cela, M. Wade se prit alors à décliner les divers exemples de cette " relation familiale ", en citant en premier la " success story " de Royal Air Maroc qui, en relançant Air Sénégal International, matérialisée notamment par une prise de participation majoritaire dans le capital de cette compagnie, avait réussi la gageure de réaliser une croissance exponentielle de son chiffre d’affaires en l’espace de deux exercices. Dotée de plusieurs appareils Boeing (dont deux 737-700 de la dernière génération), Air Sénégal International est le fleuron des flottes aériennes régionales. Son chiffre d’affaires est passé de 15 millions de dollars, il y a deux ans, à plus de 50 millions de dollars aujourd’hui, à la grande satisfaction de la partie sénégalaise qui fait remarquer, non sans malice, que RAM a réussi là où UTA et Air France ont échoué, comme le prouve la triste saga d’air Afrique.
Le deuxième exemple choisi par le Président Wade fut celui de la BMCE Bank, un établissement bancaire " exemplaire " selon lui, dont " le dynamisme et la compétence sont connus et reconnus de tous, en Afrique et ailleurs " et qui, " en ouvrant un bureau de représentation de sa filiale financière BMCE Bank à Dakar, témoigne de l’attractivité du Sénégal, de ses potentialités et de la qualité de sa croissance économique, sans doute la plus soutenue de toute l’Afrique de l’Ouest ".
Soulignant que les banquiers ne sont pas des philanthropes, (ce qui n’est pas tout à fait vrai pour M. Othman Benjelloun qui prouve largement le contraire avec la Fondation BMCE Bank), le Président Wade, a, en partisan convaincu de l’initiative privée, décliné les avantages et les objectifs d’un tel établissement. Il a notamment souhaité que BMCE Capital fasse profiter de sa maîtrise des montages financiers et de l’ingénierie financière l’ensemble de l’économie sénégalaise, mais aussi celles de la sous-région.
De même, évoquant la relation avec la grande banque publique africaine qu’est la BAD (dirigée d’ailleurs par un Marocain, M. Kabbaj), le Chef de l’État sénégalais, par ailleurs vice-Président du NEPAD, a émis le souhait que BMCE Capital, structure privée, souple et réactive, accompagne par ses conseils et ses études, les projets d’investissements et de développement en Afrique. Une ouverture qui, assurément, ne déplaira pas à M. Othman benjelloun et à ses "boys" de BMCE Capital !
Ainsi, en quelques minutes d’une conversation marquée par la valeur des arguments, le Président Wade a-t-il pu prouver à ses hôtes qu’il était possible de faire mentir les dictons, notamment celui qui dit qu’on ne choisit pas sa famille…
Dakar, Fahd YATA