Rabat et Alger, ainsi, ont renoué un dialogue qui est essentiellement fait de questions sinon secondaires, du moins non essentielles pour une véritable normalisation bilatérale qui ne sera réelle qu’à partir du moment où le pouvoir algérien acceptera la marocanité irréversible et non négociable du Sahara Occidental.
Or, visiblement, un tel préalable n’entre pas actuellement dans les calculs de M. Bouteflika et des galonnés qui représentent la réalité du pouvoir algérien.
Voilà pourquoi le séjour de M. Sahel en Algérie aura seulement permis de coordonner la lutte contre les criquets pèlerins (alors qu’une horde d’anciens envahisseurs campe toujours aux environs de Tindouf) ou de décider la mise sur pied d’une commission conjointe de lutte contre les trafics illicites, l’émigration clandestine et (pour satisfaire Washington sans doute), la lutte contre le terrorisme.
D’ouverture des frontières, de rapprochement des points de vue sur le Sahara marocain, d’édification concrète du Maghreb, il n’en a point été question, tout simplement parce que ni M. Sahel, ni M. Zerhouni n’avaient mandat pour aborder des thèmes aussi sensibles et cardinaux pour l’avenir commun des deux pays.
On ne pourra donc s’empêcher d’exprimer un sentiment de déception et d’amertume, malgré le fait qu’objectivement, il était impossible que cette nouvelle prise de contacts aboutisse à quelque chose de plus consistant qu’un communiqué commun rédigé dans la langue de bois la plus épaisse et signifiant que l’Algérie et le Maroc allaient gérer en commun la poursuite des malheureux harragas subsahariens, celle des transfrontaliers marchands de tapis et d’essence, tout en éradiquant, avec force pesticides, les essaims de sauterelles qui menacent désormais les plaines de l’Oranie algérienne et de l’Oriental marocain.
Quant à la lutte anti-terroriste, il nous paraît qu’il s’agit là en fait d’un vœu pieux dans la mesure où aujourd’hui, les liens entre activistes marocains et algériens, pour autant qu’ils existent, sont plus vraisemblablement “ traités ” par des intermédiaires résidant en Europe, voire en Asie, plutôt que dans les confins algéro-marocains.
La mention de la lutte antiterroriste dans ce communiqué commun est donc seulement une référence explicite aux démarches des Américains qui s’inquiètent de l’éventuelle mise en place de lignes de repli pour Al Qaïda dans le “ ventre mou ” de l’Afrique, au Sahara central (dont une grande partie est sous souveraineté algérienne).
Il faudra, ainsi, se contenter pour l’instant, de ce maigre bilan qui confirme, une nouvelle fois, que le chemin des retrouvailles entre l’Algérie et le Maroc sera aussi long qu’ardu !
Fahd Yata