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Le fabuleux destin d’une région Carnet de route

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Publier le : July 8, 2004

En m’embarquant, ce dimanche 4 juillet 2004, dans ce train de 21 heures, qui me ramenait à Rabat, ma tête bouillonnait de souvenirs après avoir passé deux nuits et deux jours dans la capitale de l’Oriental. Oujda, vous l’aurez deviné. Difficile de m’imaginer que je venais de faire le tour de cette ville et ses environs. Une région réputée pour l’avancée des islamistes, envahie par ces subsahariens (refoulés légalement par les autorités marocaines vers l’Algérie, et qui regagnent Oujda quelques jours à peine après leur expulsion). Difficile également de croire que je venais de visiter les grottes historiques, la plage Saïdia dont la seule évocation du nom fait des jaloux ou plutôt des envieux. Difficile, enfin, de croire que je venais de fréquenter des gens aimables. Des Oujdis affables, gais et sympathiques, qui n’ont rien à vous offrir matériellement, mais qui sont d’une grandeur d’âme inégalable et d’une gentillesse reconnue. Confortablement assis dans ma cabine, le film des étapes se fondait et se confondait dans ma tête. Comme dans ce Boeing de la RAM, cette nuit de jeudi , où tout semblait interminable tant l’attente a été longue. Raison : de retard en retard, le Chef d’escale ne savait plus que dire aux passagers de ce vol pour Oujda. Programmé à 22 heures, l’avion ne décollera qu’aux environs de 2 heures du matin. Pour masquer ce retard, qui tend à devenir systématique, sur la ligne Casa-Oujda, on nous a fait brandir le mot, à la mode actuellement, de sécurité car le Chef a tout simplement dit qu’il y avait un bagage à bord dont le propriétaire n’était pas encore identifié. Pour cela, il leur a fallu passer trois heures et demie pour le «démasquer». Ah ! un détail croustillant. En fait, c’est après que les passagers sont descendus de l’avion, en signe de protestation contre ce retard inexpliqué, que les choses sont entrées dans l’ordre. À peine je terminais de repenser à  cet épisode qu’un gendarme m’a réveillé pour me demander mon billet de train. Une petite altercation s’en était suivie parce qu’on  me considérait comme clandestin, pour lequel il n’y a aucune considération, dans ce genre de trajet. N’ayant rien compris à cette attitude, après moult raisonnements, je lui ai montré ma carte. C’est après qu’il y a eu des accolades et des tapes amicales. Comme si le destin s’était acharné contre moi. Car au départ d’Oujda, c’était encore pire. Puisque pour qu’un subsaharien puisse payer son ticket, il lui faut l’accord du commissaire de police, qui se trouve toujours, comme par hasard, à la gare. Motif: ceux qui prennent le ticket demandent le remboursement dès qu’ils sont «attrapés» par la police.  Cette scène devenant habituelle à la gare, un petit commerce juteux s’y est finalement installé, animé par des forces «occultes». Ces dernières pistent le candidat. Le préposé au guichet qui est de connivence avec ces mains basses, n’a que de la répugnation pour ces jeunes gens.

À vos ordres, M. le commissaire !

Un mépris sans égal où seul le langage de l’argent domine. Ne dit-on pas que la capitale de l’Oriental est une ville de business ? Et tout ce qui peut rapporter du fric peut faire l’affaire. Une discussion orageuse a alors éclaté entre le billeteur et  moi, puis avec cinq agents qui étaient venus en renfort pour que j’obtempère aux adjonctions de l’employé de l’ONCF mais j’ai fait la sourde oreille, naturellement. Car l’achat de billet n’avait rien avoir avec le contrôle de routine de la carte d’identité. Pourquoi, les employés de la gare d’Oujda ne mettraient-ils pas un avis disant tout simplement que tout billet acheté n’est pas remboursable. Ainsi, l’humiliation serait évitée à beaucoup de personnes qui ne sont pas toutes candidates à l’immigration clandestine! D’où ma réaction qui a été vive et catégorique. «Je prends d’abord mon ticket et puis on verra après. Dans tous les cas, ce n’est pas au guichetier de me demander ma pièce d’identité ou d’exiger la présence de la police», devais-je leur dire. Devant ma détermination, ils se regardent avant d’ordonner au préposé du guichet de me livrer un billet et que ce sera à mes risques et périls. La sentence était entendue. Dévisagé avec un air de «tu vas voir», je montre ma carte. Une surprise de taille: «vous êtes journaliste, on s’excuse, c’est une erreur, cela ne se répétera plus jamais. Vous êtes l’invité de la ville d’Oujda.» Bref, les mots n’en finissaient plus. Une nouvelle ambiance s’était installée avant de céder le pas à l’accolade. Une amitié que je n’aurais jamais méritée si j’étais persona non gratta. J’ai gardé pour la fin les bons souvenirs et les moments que j’ai passés au milieu de ces sympathiques responsables d’Oujda, de ces citoyens affables et aimables, pour rendre à César ce qui appartient à César.

Les sites, des richesses à valoriser

Ces beaux paysages dont les tons résonnent encore dans ma tête. Eh oui ! on ne peut pas aller à Oujda et ne pas succomber aux charmes de ses grottes historiques, de ses vallées envoûtantes, de ses montagnes à vous donner le vertige, de son commerce frontalier avec l’Algérie. En effet, de par sa position géographique, Oujda est à quelques kilomètres seulement de la frontière Algéro-Marocaine. Selon les historiens, sa fondation remonte à l’an 384 de l’hégire (994). Toujours dans le même raisonnement, le fondateur en a été Ziri Ben Attia de la tribu des Zénètes Maghraoua, et son fief s’étendait de l’Ouest Algérien jusqu’à Fès. Est-ce que c’est cette diversité naturelle qui fait le charme d’Oujda et ses environs ? Toujours est-il que l’Oriental renferme des trésors insoupçonnés qu’il faut aller découvrir au bas des montagnes. Retour dans le train vers Rabat. Une fois le contrôle de billet effectué, je me replonge dans les images saisissantes des sites visités. Pour entamer notre randonnée, trois 4 X 4 furent mobilisés par les soins de la Wilaya et de l’Agence de développement du nord (APDN). Nous prenons la direction d’Aïn Sfa, cette vallée verdoyante en vue de visiter les grottes aux multiples appellations. Située à 9 km de Taforalt, la vallée de Zegzel est un plaisir pour les yeux et une douceur pour l’esprit. Selon notre guide, c’est un espace grandiose boisé avec des sentiers vivaces parcourus quotidiennement par des montagnards, sous un climat le plus souvent agréable car serein et vivifiant. Mais avant d’arriver là, nous avons visité d’abord la grotte à l’île où la fraîcheur vous rappelle ces continents humides. Une marre souterraine où des gens viennent chercher de la bénédiction tant l’endroit est connu pour sa pureté et sa sainteté. Puis ce fut le tour de la grotte aux pigeons et la grotte du chameau.

Détente et loisirs

La ressemblance entre la morphologie de cette montagne et la bosse du chameau est telle qu’on peut dire que la grotte n’a pas volé son nom. D’ailleurs, ce n’est pas étonnant que ce site soit qualifié d’historique et archéologique unique en son genre. Elle est située à 13 km au Sud de Berkane et à 64 km au Nord-Ouest d’Oujda. Pour les amateurs de la nature, il s’agit d’une véritable oasis de verdure et de fraîcheur. Nous avons aussi visité la montagne boisée où les mouflons sont élevés. Un lieu adapté au camping. Tout y est pour vous rendre la journée agréable. On ne pouvait terminer cette promenade de santé sans faire escale à la plage de Saidia, qui se situe à 60 km d’Oujda. Considéré comme le fer de lance du tourisme national, Saidia est appelé à devenir une mégapôle de plaisance à l’échelle internationale. Les travaux en cours sur ce futur complexe balnéaire donnent déjà une idée sur le devenir de cette plage. Pour le commerce, ou plutôt le trafic, entre les deux villes frontalières, la contrebande a miné l’industrie locale. Il n’est pas nouveau et il est connu de tout le monde. Mais juste une petite idée sur l’ampleur: Imaginez qu’à une vingtaine de kilomètres d’Oujda, un paquet de fromage «la vache qui rit,» made in Algérie, de 24 tanches, se vend à 14 dirhams et, tenez-vous bien, il est de bonne qualité alors qu’au Maroc, le même produit fabriqué localement est cédé à 25 dirhams. Mieux, ces marchandises en provenance d’Algérie ne sont ni périmées ni cédées en cachette mais étalées au su et au vu de tout le monde. Dans la même ville, un bidon d’essence de 30 litres est acheté à 110 dirhams tandis que celui du gasoil se négocie entre 70 et 80 dirhams. Concernant la poussée islamiste, il plane au-dessus de la ville comme une épée de Damoclès. Beaucoup de tenanciers sont obligés de fermer leur bistro un peu plutôt sans oublier que le vendredi est considéré comme un dimanche où tous les commerces sont fermés. Les touristes en souffrent beaucoup car il y a peu d’animation. «Face à cette situation, les regards sont désormais tournés vers le nouveau programme de développement envisagé dans la région de l’Oriental» commente un hôtelier. Un jeune désoeuvré dira pour sa part qu’il est temps de redonner espoir aux Oujdis qui en ont assez de la contrebande et du manque d’emploi. Quant aux cadres, beaucoup espèrent un changement dans leur région dans les mois et les années à venir.

Mamady Sidibé


Carte visite express d’Oujda

Bordée par la méditerranée au nord et le présaharien au sud, limitée par le Rif central et la vallée de la Moulouya à l’ouest par la frontière avec l’Algérie à l’est, la région de l’Oriental prend la forme d’un énorme polygone allongé sur plus de 400 km dans la direction méridienne et s’étendant sur 82.820 km_ dans la direction du territoire national et équivalant à la superficie de pays comme l’Autriche ou la Corée du Sud. Elle compte près de 1,8 million d’habitants dont 55% sont urbains, taux relativement élevé par rapport au taux national (51,4%), avec une densité de 21,36 habitants au km_, très en deçà de la moyenne nationale (36,7 hab./km). L’Oriental regroupe sur le plan administratif La Wilaya d’Oujda avec une préfecture ‘Oujda-Angad) et les provinces de Berkane, Taourirt, Jerada, et les provinces de Figuig et Nador ; 1 Communauté Urbaine, 25 Municipalités ( Beni Drar, Naïma, Oued Ennachef, Sidi Driss El Qadi, Sidi Ziane, Sidi Yahya, Ahfir, Aïn Erragada, Aklim, Berkane, Sidi Slimane Eccherâa , Debdou, El Aïoun, Taourirt, Aïn beni Mathar, Jerada, Toussit, Bouarfa, Figuig, Al Aroui, Beni Ansar, Nador, Zaïo et Zeghanghane), 4 Centre Délimités (Tafoughalt, Guenfouda, Sidi Boubker, et Selouane ) et 91 Communes Rurales. Sur le plan bioclimatique, la région de l’Oriental se caractérise par les ambiances semi-arides au Nord, semi-humides dans les montagnes et arides dans les couloirs et hauts plateaux, et présahariennes au niveau des secteurs méridionaux. Les précipitations sont très faibles et irrégulières et varient entre 100 et 600 mm. Les températures varient d’une station et l’autre et au cours des mois de l’année (7°C. à 29°C).



 

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