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Des Oulémas hors la «loi» Champ religieux

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A peine quelques semaines se sont écoulées après l’action de Sa Majesté Mohammed VI visant la réforme du fait religieux qu’un incident est venu ébranler le sentiment de satisfaction et de tranquillité observé dans les diverses sphères de la société. Le prêche du vendredi 25 juin, donné dans la plus grande mosquée du Royaume et diffusé en direct sur la première chaîne nationale, a laissé perplexes un grand nombre de citoyens.
S’agit-il  d’un simple dépassement, une simple dérive du prêcheur ou plutôt une négligence du département concerné, voire le début d’un revirement de situation, qui peut être à l’origine d’un mouvement de diffusion d’une idéologie obscurantiste, qu’il faudra stopper dès à présent ? Ou s’agit-il au contraire d’une polémique préfabriquée, voire voulue. Mais à qui profiterait une pareille «diversion» ?
Pour approfondir la question, nous avons mené une enquête pour connaître l’effet d’un tel prêche sur les diverses composantes de la société. Les avis sont partagés et la perception des citoyens des idées qui ont été émises lors de ce prêche diffèrent (voir témoiganges). 

Rappel

La réorganisation du domaine religieux, matérialisée par le discours du 30 avril, s’inscrit dans le cadre d’une stratégie intégrée, globale  et  multidimensionnelle visant un champ religieux ordonné. Aussi, les 35 000 mosquées répertoriées à travers le Royaume allaient-elles être placées sous le regard vigilant du département des Habous et des des Affaires Islamiques. L’idée étant de veiller à ce que les mosquées ne se détournent pas de leur principal rôle de lieu de culte, et ne se transforment pas, comme ce fut le cas sous la tutelle de l’ancien ministre, à une tribu qui deshumanise l’Islam, incitant les croyants à condamner tous ceux qu’ils considèrent comme des ennemis de Dieu. Ce qui fut sans doute le terreau où ont germé les idées obscurantistes ayant conduit au drame du 16 mai. Cependant, l’incident du prêche de la mosquée Hassan II nous interpelle. Une question se pose avec insistance. Comment le ministère des Habous a laissé passer un tel prêche? S’agit-il d’une simple inadvertance ou au contraire d’un acte délibéré de négligence ? Nul n’ignore que rien n’échappe au contrôle des services concernés, alors comment se fait-il qu’on laisse passer une chose pareille? Sauf si on adhère aux idées  qui ont fait l’objet de ce prêche et qu’on estime, comme certains citoyens le pensent, qu’il n’a rien d’extraordinaire. Une thèse très peu plausible, au vu de la nouvelle vision prônée par le ministre qui est  actuellement aux règnes du département concerné!
Malgré les réactions mitigées que continue de susciter le prêche de M. Redouane Benchakroun, M. Tawfik n’a pas souhaité se prononcer à ce sujet. Aucune réaction officielle n’a été notée, non plus.

Mutisme des Habous

Tandis que certains Imams n’ont pas hésité, (le vendredi d’après) à injurier les journalistes qui ont réagi à la suite de cet incident. L’auteur du  prêche de la mosquée Hassan II a, quant à lui, consacré son intervention à l’explication de ce prêche. 
En effet, ce qui a le plus dérangé dans ce prêche c’est la condamnation de la mixité dans la fonction publique. Car c’est à ce niveau que l’auteur du prêche s’est érigé dans la politisation du discours religieux. D’ailleurs, l’Islam n’a jamais limité la condition de la femme à son foyer et puis une femme qui travaille avec des hommes, cela ne veut pas dire qu’elle est de moeurs légères ou que ses collègues le sont. Certes, les gens ne sont pas tous aussi honnêtes et aussi corrects, mais ce n’est pas pour autant qu’ils manquent tous d’éducation, qu’ils n’ont pas de principes et ne croient à aucune valeur. La femme n’est pas un simple corps, un amas de chair ou un objet que l’on doit forcément regarder en le désirant. Ceux qui voient la femme ainsi devraient vraiment reconsidérer cette pensée. Il est clair que le regard qu’ils portent sur leurs mamans, leurs filles, soeurs, nièces..., est un regard sain. Aussi, est-il évident que tant que nos Oulémas ne font pas de l’Ijtihad un axe déterminant dans l’interprétation des textes, il y aura tout le temps une controverse autour du fait religieux, de la liberté des prêches, ... «Le texte est sacré par son interprétation», dixit Soheib Bencheikh, grand mufti de Marseille. 
Enfin, il faut savoir que la culture contemporaine est dominée par l’idée du progrès et, de ce fait, on ne peut pas vivre en faisant fi de ce progrès et ce qu’il appelle comme changements. Or, les musulmans dits fondamentalistes s’attachent au texte (à la lettre) et non pas à son esprit et c’est cela même qui est à l’origine des problèmes des sociétés qui aspirent à une modernité sans pour autant se détacher de leur confession.


Réactions mitigées

Pour Fouad, un habitué de cette mosquée (père de famille, chef d’entreprise, âgé de 41 ans), «le prêche de ce vendredi n’a rien d’extraordinaire, il ne mérite pas toute cette polémique. L’Islam est clair, le prêcheur a le devoir de conseiller, d’orienter, de rappeler ce qu’il y a dans le texte. C’est ce qu’a fait l’Imam ce vendredi. Il a seulement invité les gens à un peu plus de pudeur pour sauvegarder nos valeurs socioculturelles. Il a accompli son rôle, maintenant libre à chacun de suivre ou de ne pas suivre».
Une jeune institutrice partage également cet avis, «il n’y a aucun mal dans ce qui a été dit ce vendredi, l’Islam est clair, et l’Imam n’a rien inventé, il n’y a qu’à sortir dans la rue pour réaliser que nous n’avons rien d’un Etat islamique, il n’y a qu’à recenser le nombre des mères célibataires et des enfants nés sous x pour comprendre que la déchéance de nos valeurs a atteint un degré grandissime. Ceci étant, nous vivons dans une société où chacun est libre de ses actes, de sa confession et de son mode vie, personne n’a le droit d’imposer ses opinions aux autres aussi bien dans un sens que dans un autre.»
Aziza (qui vient de décrocher son diplôme de médecine), ne partage pas cette opinion, elle estime qu’un tel prêche diffusé à la télé peut être à l’origine de graves dérives. «Ce qui a été formulé par cet Imam, va à l’encontre du projet de société moderne auquel aspire le Maroc. Nous avons choisi la voie de la modernité et on doit assumer ce choix. Ceci n’est pas une chose aisée, mais il faut se battre pour aller jusqu’au bout  et asseoir ce projet.»



 

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