D’année en année, la problématique de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement prend des proportions préoccupantes pour ne pas dire alarmantes quand on sait que la dégradation de notre écosystème en prend un sacré coup, chaque jour que Dieu fait. Des pollueurs et polluants, tous les ingrédients sont réunis pour rendre difficile l’amélioration de la qualité de notre vie et par ricochet compromettre le développement durable si aucune politique et mesures ne sont prises à temps en vue d’éviter le pire aux générations futures. Les citoyens croisent ces camions-bennes dans tout le Royaume. Le plus souvent, ils sont surchargés et dans un état vétuste et parfois rejettent leur contenu sur leur passage. Signe ou impression d’un secteur livré à lui-même, peut-on ainsi dire sans risque de se tromper à propos du ramassage des ordures. Dans les quartiers périphériques, l’eau coule à flot sans aucune commune mesure ni responsabilité. Vive l’État providentiel ! Tout cela, à côté des égouts nauséabonds. Quant au transport en commun, qu’il soit privé ou public, la situation n’est pas satisfaisante ni rassurante. Pire, ce secteur promet un avenir plus noir, mettant au passage, à rude épreuve la qualité de l’air. Bref, il ressort donc de ce tableau descriptif que de tout ce qui concerne notre vie, l’Environnement fait l’objet d’intérêts imbriqués. Il n’est pas non plus superflu de dire qu’il est aussi certainement le plus exposé aux abus et aux lobbyings de tous genres. Du Nord au Sud, de l’Ouest et de l’Est en passant par le Centre du pays, les problèmes d’Eau, d’Assainissement et d’Environnement sont si complexes que toute réforme était reportée de gouvernement en gouvernement. Les intérêts sont tellement enchevêtrés et les mauvaises habitudes confortablement installées que le statu quo semblait faire l’affaire de tous les intervenants. Dans cette optique, tout changement était perçu dès lors comme une «agression» par les uns et un changement qui relève de l’impertinence par les autres. Le tout évidemment aux dépens de l’avenir de notre écosystème. Conscientes de ces réalités, les autorités ont voulu prendre le taureau par les cornes.
Concertation et complémentarité
De la gestion déléguée aux concessions, les différentes formules sont testées à l’échelle régionale ou locale pour faire face à ce fléau qui menace le pays. Grâce à la politique des barrages, beaucoup disposent aujourd’hui d’une retenue d’eau soit pour l’agriculture soit pour l’alimentation par l’intermédiaire de l’ONEP, des régies ou encore des sociétés privées. C’est dans ce contexte, qu’un chantier de développement durable existe dans presque toutes les villes du Royaume. Ainsi à la Direction de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement (DEA) relevant du ministère de l’Intérieur, rien n’est oublié dans l’Agenda de cette instance. Mais au-delà d’un programme ambitieux, et donc coûteux, la problématique de l’eau et de l’assainissement nécessite une nouvelle approche, une nouvelle démarche où le citoyen doit être acteur et non client pour qu’il participe activement à la réussite de toute action visant l’amélioration de la qualité de la vie. Dans ce contexte, les opérations de plage propre ou la recherche de la qualité de l’air par des campagnes de sensibilisation, des programmes de nettoyage ou de ramassage des ordures ménagères sont autant d’initiatives dans lesquelles le citoyen est le premier concerné car il est le premier agent «pollueur» à côté d’une Administration largement défaillante.
Des actions ciblées
Le respect des bennes ordures et des poubelles installées sur les places publiques ne peut se faire qu’à l’aide d’une démarche citoyenne. Comme le recommande d’ailleurs l’Agenda 21 dans son programme de développement durable local. Un programme qui tend à décloisonner les structures locales pour que celles-ci deviennent un véritable pôle de développement durable. En effet, il est important de souligner que le Pacte urbain, en la matière et dans son acceptation générique, est avant tout un instrument à valeur d’engagement. Faut-il rappeler, à ce sujet, que la portée de ce Pacte urbain, plate-forme consensuelle et populaire dont l’adoption, qui revêt la forme d’un acte citoyen volontaire, traduit la volonté des parties prenantes au développement local et à la gestion urbaine d’œuvrer à la résolution des problématiques prioritaires de leur ville. Ce document, qui donne un sens apparemment réel à la volonté d’intervention collective permet, selon les experts, de donner une consistance politique et opérationnelle aux actions à mener sur le terrain. La démarche de la DEA, quant à elle, s’inscrit parfaitement dans la politique générale du pays en matière de protection de l’environnement sous toutes ses formes. Puisque la DEA travaille en étroite collaboration avec la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement ainsi que d’autres institutions et organismes intervenant dans le secteur. Faut-il souligner, à ce sujet, que dans la gestion des villes, il est entendu que la commune urbaine doit correspondre à l’agglomération réelle puisque le véritable problème porte sur le périurbain. En la matière, les expériences étrangères démontrent que les problèmes les plus aigus se posent sur le front d’urbanisation et qu’il y aurait un grand risque à priver la ville de la maîtrise des espaces nécessaires à sa croissance. Pour le monde rural, il faut distinguer entre le service administratif quotidien qui devrait être organisé au niveau de base du peuplement et les problèmes de gestion territoriale qui peuvent se traiter à une autre échelle. Le cas de nos villes en matière d’assainissement mérite, dans ces conditions, un nouveau regard pour qu’il y ait adéquation entre cette politique d’aménagement territorial et le développement démographique avec sa production grandissante en ordures ménagères. Quand on sait qu’actuellement, quelques grandes villes produisent à elles seules pas moins de 3000 tonnes de déchets par jour, on comprend dès lors l’inquiétude des experts pour la protection de notre environnement. Sur un autre plan et pour l’année 2004, la DEA a identifié de nouveaux programmes d’assainissement liquide dont l’investissement pourrait nécessiter près de 40 milliards de dirhams. Il n’est donc pas étonnant que cette Direction parle aujourd’hui du cycle de l’eau dans sa globalité.