C’est ce qu’exprime la participation de M. Driss Jettou, Premier ministre et de M. Salaheddine Mezzouar, ministre du Commerce et de l’Industrie, à un séminaire organisé le mercredi 30 juin à Casablanca à l’initiative conjointe de la CGEM et de la Chambre de Commerce Belgo-luxembourgeoise au Maroc.
Chacun peut mesurer, en effet, les conséquences malsaines et néfastes de l’économie souterraine même si plusieurs économistes et sociologues soulignent son rôle de " régulateur " et de soupape sociale dans un contexte de chômage exacerbé et de sous-emploi chronique.
Mais, cet aspect de l’économie underground ne saurait nous masquer ses effets pervers notamment sur le nécessaire élargissement de l’assiette fiscale.
En effet, le manque à gagner pour le Fisc est assurément supérieur aux " bienfaits " induits par une économie informelle qui renforce l’exploitation, prive les salariés de leurs droits légitimes, favorise la corruption et les pratiques douteuses, réduit les moyens d’intervention de l’État pour son budget d’investissement et d’équipement, perpétue les réflexes et pratiques inciviques et pénalise fortement les entreprises transparentes et formelles.
Car, selon une enquête nationale qui date déjà puisqu’elle a été réalisée en 1999-2000, l'informel participe à hauteur de 20 % dans l'emploi total au Maroc, à travers des activités à caractère indépendant. Ces dernières réalisent 24 % de la formation du revenu national des ménages.
La part de l'informel dans la production nationale est de près de 94 milliards de Dhs. Sa valeur ajoutée est de l'ordre de 63,8 milliards de dhs. Il constitue 15 % de l'offre nationale et représente 17 % du PIB.
D'après la même enquête, le nombre d'unités de production travaillant dans l'informel est au nombre de 1 233 300.
Ces chiffres, vieux de plus de quatre années, ne sauraient transcrire une réalité difficile à cerner, notamment parce que l’informel est par définition insaisissable, mais ils permettent de montrer l’ampleur du préjudice causé à l’économie nationale, aux secteurs organisés, aux entreprises pérennes et à l’emploi.
S'exprimant donc à l'ouverture du séminaire organisé sous le thème "pour une stratégie nationale face à l'économie informelle", M. Jettou a précisé qu’un plan d'action contre l’économie underground pourrait s'articuler autour de plusieurs axes, notamment la création d'une structure de veille en mesure de collecter des données pertinentes et de mener des investigations ciblées afin de cerner la réalité des activités et comportements illégaux, leur mutation et leur évolution dans l'espace et dans le temps.
Ce plan nécessiterait également une coordination des actions entre les différentes administrations concernées- douane et services de sécurité notamment- afin de contribuer au renforcement du contrôle des points d'entrée des marchandises sur le territoire national.
Le succès de ce plan passe par la mise en place de normes, de prix d'alerte et des règles d'étiquetages et la mobilisation des moyens humains et matériels nécessaires au suivi de leur application, ainsi que la mobilisation de l'ordre judiciaire pour la répression efficace des pratiques économiques frauduleuses, notamment la contrefaçon, a encore souligné M. Jettou.
Dans le même ordre d'idées, M. Salaheddine Mezouar, ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l'économie, a mis l'accent sur la nécessité de la mise en place d'un plan d'action et de programmes pour intégrer l'informel dans le secteur formel. Il a appelé à lutter contre la sous-facturation, un phénomène qui, a-t-il dit, est en train de déstructurer les entreprises marocaines et l'économie nationale en général.
Le nouveau ministre a également proposé de déclarer juillet, mois de lutte contre la sous-facturation.
M. Lucien Leuwenkroun de la CCBLM a, de son côté, estimé que la lutte contre l'informel devrait passer par la lutte contre la corruption, la concurrence déloyale et la sous-facturation, appelant à l'éradication des centres commerciaux de l'informel.
M. Hassan Chami, président de la CGEM, avait auparavant souligné l'ampleur de ce phénomène qui, a-t-il prévenu, ne cesse de se développer entraînant chaque année des faillites des entreprises et la perte de milliers d'emplois.
Il faudra donc souhaiter que ce séminaire sera suivi d’actions concrètes et urgentes afin que l’évolution progressive vers la formalisation des activités aujourd’hui souterraines devienne effective. La présence de places " fortes " de la contrebande, comme Derb Ghallef à Casablanca, les activités de secteurs florissants comme le bâtiment ou le commerce de détail très largement dominées par le " noir ", la fraude systématique envers le fisc et la persistance d’une corruption très forte et pluri-sectorielle devraient figurer parmi les priorités des pouvoirs publics dans cette lutte contre l’informel.
F.Y.