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Le constat alarmant de la violence conjugale contre les femmes

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C’est en quelque sorte la rançon des signes d’une évolution: Plus la mobilisation de la société civile et des responsables étatiques se développe, plus le risque d’ignorer les droits des femmes diminue. L’exigence du respect des droits de la femme n’a jamais, semble-t-il, autant pesé sur le Maroc. Un nombre toujours important de Marocains se sentent concernés par cette donne. Le respect, la protection ou la garantie de ces droits sont  mis en exergue par tous. Ce qui constitue certainement, pour un pays comme le Maroc, une grande source d’espoir en la matière et par conséquent un véritable obstacle à la continuité d’une situation longtemps caractérisée par des comportements et des traitements incorrects à l’égard de la femme, le plus souvent volontaires et inhérents à la nature humaine. Le dynamisme est plus ou moins visible. Le mouvement, qu’il soit associatif ou officiel, bouge et renforce son impact et sa crédibilité sur la scène nationale. C’est donc un fait! Peu importe ce que certains disent ou prétendent critiquer, la situation actuelle le prouve. Mais là, ce n’est pas le problème. Il s’agit de savoir, par ailleurs, si ce processus ira jusqu’au bout pour satisfaire les revendications légitimes de nos mères, nos soeurs, nos filles...? Fera-t-on en sorte que de telles positions soient appuyées et soutenues jusqu’au bout? Au Maroc et à l’heure actuelle, les conférences de presse, les rapports, la création d’organes spécialisés, colloques et rencontres relatifs au sujet de la condition féminine se suivent sans jamais se rassembler.
Nous sommes au mois de juin de l’année 2004. Pour certains, le Maroc a réalisé des avancées notoires, en termes de droits de l’Homme. En attestent la mise en place des instances Equité et Réconciliation et Diwan Al Madalim et  le nouveau code de la famille, le code du Travail et le code de procédure pénale qui sont incontestablement les événements majeurs de l’année écoulée.

A mi chemin...!

Des mouvements féminins et des associations d’aide aux femmes victimes essayent, depuis plusieurs années, de dénoncer ces actes et de mettre en place des structures d’écoute et d’accueil dans de nombreuses villes du Maroc. Pour autant, force est de constater que des droits continuent d’être bafoués ici et là. Sans avoir la prétention de pointer ces cas d’abus, nous nous pencherons sur la condition de la femme marocaine qui continue de subir des violences consternantes. Les agressions commises par le mari contre son épouse ont été longtemps niées, minorées ou même “justifiées” par une culture sexiste. Les résultats d’une étude sociologique sur la violence conjugale au Maroc réalisée par Mme Latefa Jouhir, chercheur, affichent une triste réalité. Discrimination sexiste et violence accrue sont le lot quotidien d’un bon nombre de femmes marocaines. Cette étude sociologique a pris un caractère exploratoire et qualitatif et s’est limitée au cas des violences conjugales. Aussi, s’est-elle basée sur l’analyse du contenu de 500 dossiers de plaignantes ayant contacté le Centre d’Ecoute et d’Orientation Juridique et de Soutien Psychologique pour Femmes Victimes de Violence, entre les années 2000 et 2002. La procédure du choix de l’échantillon destiné à l’entretien s’est fondée sur trois critères; l’âge, la situation familiale et le niveau d’instruction. L’étude des dossiers des plaignantes démontre que la violence au sein de la famille représente la forme la plus fréquente. La victime se trouve agressée par son mari, parfois par son beau-frère ou par sa belle-mère et plus rarement par son propre fils ou son beau-fils. Ces violences qui vont de l’humiliation à l’extrême brutalité physique, s’exercent parfois dans l’indifférence des voisins qui y voient une «affaire de couple». Autrement dit, il s’agit d’une question privée qui exige, par conséquent, de s’abstenir de toute intervention extérieure. Il est à souligner dans ce contexte qu’il arrive que la belle-famille ( y compris la belle-mère ) encourage cette violence et appuie l’idée que la femme doit être «éduquée et corrigée», pour bien accomplir son devoir d’épouse obéissante et docile.
Un des enseignements de cette étude a été de mettre en évidence l’ampleur du silence autour  des violences conjugales par la société marocaine, voire même par de nombreuses femmes parmi celles qui les subissent. La nature de la réaction des femmes aux violences subies dans le cadre conjugal repose en partie sur la représentation qu’ont les femmes de leur position au sein de la famille et de la société et des rapports attendus de la part de leur conjoint. Aussi, l’expression de situations de violence vécues est, précise cette étude, plus difficile dans un environnement socioculturel dominé par un droit inégalitaire entre les hommes et les femmes.
Elevées dans une culture traditionnelle reproductrice de préjugés sexistes, les femmes marocaines ont encore à parcourir un chemin difficile pour reconnaître les situations de violences subies, a fortiori pour les dénoncer.

Souffrance en silence

Le silence parait dans ces conditions comme la solution la moins dévalorisante pour certaines d’entre elles. L’étude a cherché à savoir pourquoi un grand nombre de femmes victimes de violences conjugales semblent se résigner, accepter leur sort et souffrir en silence. L’analyse des dossiers apporte plusieurs éléments: le poids des traditions, le statut de la femme divorcée dans la société, les conditions matérielles, les carences en matière de structures d’hébergement provisoire...
Dans le même ordre d’idées, il ressort de certains récits des plaignantes que les violences conjugales subies par les femmes sont, d’une certaine manière, proportionnelles au degré de leur soumission économique et/ou culturelle à leurs maris. De nombreuses victimes soulignent que dans leur vie de couple, la moindre contrariété risque de provoquer les foudres de l’époux. Tout se passe en fait comme si le mari ne concevait son rôle de chef de famille que selon un registre autoritaire qui n’accepte pas d’échange égalitaire.
D’après la même étude, les femmes violentées qui s’adressent au Centre arrivent avec des attentes diverses: il y a d’abord les plaignantes qui, sans pouvoir formuler une demande précise, paraissent chercher avant tout un soutien psychologique. D’autres plaignantes sont décidées à porter plainte et à entamer une procédure judiciaire contre le mari. Mais dans beaucoup de cas, il s’agit d’une double demande: soutien psychologique et orientation juridique. C’est le cas notamment de Hnia violentée par son mari et qui cherche à mettre fin à son calvaire avec l’espoir de pouvoir sauver aussi sa vie de couple:» ....J’ai peur de la vengeance de mon mari. Oui, j’ai peur qu’il m’attaque dans la rue ou qu’il mette ses menaces à exécution...Je sens que je vais devenir folle...J’aimerais porter plainte...» Ou encore le cas de Fatna qui dit « Dès que j’entends sa voix, je commence à trembler...J’ai peur en permanence et je pense souvent à le tuer..»...Sans commentaire...!

H.Z.



 

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