Le nombre d’établissements pénitentiaires au Maroc s’élève à 46. D’emblée, ce constat est qualifié d’insuffisant pour que ces lieux de détention puissent mener à bien leur mission de réinsertion et de rééducation. Les horizons semblent obscurs. Car malgré les efforts continus consentis depuis deux décennies pour la construction de nouveaux établissements, l’Administration pénitentiaire éprouve toujours des difficultés à réaliser le projet de construction de 18 nouveaux établissements. En effet, seules trois prisons ont été édifiées dans le cadre de ce projet. Il s’agit des prisons civiles de Bensliman, de Ben Ahmed et de Berrechid. De plus, les travaux de construction de certains établissements connaissent des interruptions fréquentes (Prison civile de Aït Melloul), alors que pour d’autres, le site même d’édification n’a pas été désigné (Ksar El Kebir). Résultat: un surpeuplement excessif dans la majorité des prisons marocaines. Ce phénomène constitue le plus grave problème que présente la situation de ces prisons. Problème qui ne cesse de s’accentuer sous l’effet de l’augmentation continue de la population carcérale. Les chiffres parlent, d’ailleurs, d’eux-mêmes. L’on comptabilise une augmentation atteignant une moyenne annuelle de 5.000 nouveaux détenus. Les visites, par ailleurs, que l’OMP a organisées et les réclamations qu’il a reçues révèlent que les mesures et méthodes encore appliquées dans les prisons sont loin d’être conformes aux règles internationales dont l’esprit et les bases sont présentes dans le texte de loi n°23-98. La quasi totalité des améliorations apportées par cette loi sont ignorées dans la plupart des établissements visités: absence de conditions adéquates de vie décente dans beaucoup de prisons, insuffisance des locaux et équipement d’hygiène, de formation, de sport et de divertissement, insuffisance de rations alimentaires, prestations médicales défaillantes...De plus, le surpeuplement, la détérioration de l’état de santé physique et mental, l’absence d’encadrement compétent, la criminalité, la disponibilité des drogues, la corruption et l’atteinte aux droits primordiaux des prisonniers rendent les conditions de détention difficiles. L’OMP a émis à maintes reprises diverses recommandations qui, selon cet Observatoire, sont restées lettre morte, malgré les effets du surpeuplement, de la corruption et des mauvaises pratiques dont l’expansion s’amplifie par le manque d’application des dispositions de l’article 660 du nouveau code de procédure pénale relative au contrôle périodique du Procureur Général et des juges d’instructions, de celles de l’article 661 relatives aux Commissions régionales de contrôle. Dans ce contexte, l’OMP vient de procéder avec le concours de l’Ambassade Britannique au Maroc, au lancement d’un Centre Indépendant de recours pour prisonniers. Objectif: offrir aux détenus plus de chances pour pouvoir communiquer avec le monde extérieur, ainsi que pour une meilleure protection de leurs droits.
H.Z.