Ce vendredi, c’est un quartier calme. Après la prière, les activités ont repris sobrement, à part ces vombrissements des bus qui desservent le secteur. Nous sommes à Hay El Fath-El Menzah. Là où la future station d’épuration des eaux usées sera installée. Côté atlantique. Il suffit de poser la question à un habitant pour qu’il vous «crache» le morceau. Le morceau, c’est le projet que la Redal doit réaliser pour débarrasser Rabat de ses eaux usées. C’est Haj, un propriétaire de magasin de commerce, qui ouvre le bal. Pour lui, pas question de construire cette station. «À Yacoub El Mansour, nous respirons mal, déjà à cause des égouts qui se déversent ici. Certains de nos enfants n’en finissent pas, avec la gale surtout. Quel genre de littoral allons-nous habiter? Au lieu que la wilaya amène un projet d’aménagement, elle nous propose un lieu de traitement des eaux usées», explique-t-il. Mais quand on demande à l’intéressé d’où il a eu ses informations concernant la nuisance qui serait provoquée par cette station, El Haj reste dubitatif. Pour certains habitants du quartier, cette position se justifie puisque Haj Mohmaed fait partie de l’Istiqlal, la formation politique qui a d’ailleurs soulevé cette question au Parlement en session hebdomadaire. En effet, selon les dires d’un des parlementaires, cette station, qui sera réalisée aux alentours de Hay El Fath-El Menzah et les régions avoisinantes, d’après des études, aurait un impact négatif sur l’environnement. Car, estime cet élu, ce n’est pas l’édification de la station d’épuration des eaux usées qui pose un problème mais plutôt son emplacement à côté d’un quartier fortement peuplé.
Dépassionner les débats
Les dires du parlementaire auraient fait tâche d’huile puisqu’une autre mère ne s’est pas contentée de s’opposer au projet, elle a la ferme intention de porter plainte. Dans ce sens, elle nous a fait comprendre qu’une association serait créée pour défendre le quartier El Fath et alentours contre cette nuisance, qui naîtra de la station d’épuration. Dans le lot des opposants, un enseignant d’une école privée se dit avoir assez d’amis, dans la haute sphère, pour envoyer ailleurs ce projet. Intimidation ou canular ? Allez savoir. Mais pour autant, il n’y pas une unanimité en bloc pour que se projet n’ait pas lieu. C’est le cas de cet ancien retraité qui estime, pour sa part, que de toutes les façons, il faut bien que cette station soit réalisée car beaucoup de gens dénoncent ce projet sans connaître parfaitement les procédés de traitement des eaux usées. Il cite même d’autres villes à travers le monde avant de parler de Skhirat qui déjà sa station d’épuration et Casablanca. Il se demande donc pourquoi pas Rabat. Du côté de Redal, la surprise est grande quand on sait que cette entreprise est une filiale de Véolia Environnement, leader mondial dans la protection de l’environnement. Mieux, c’est un projet qui existe dans le schéma directeur d’assainissement liquide de la Wilaya de Rabat-Salé, approuvé en 1997, où il a été défini le système de dépollution du littoral Atlantique et du Bouregreg à mettre en œuvre pour collecter et traiter les eaux usées de la région de Rabat-Salé. Ce schéma a notamment défini les ouvrages à réaliser et leur implantation. Selon les responsables de la Redal, le projet, qui vise la dépollution est une oeuvre d’intérêt public très importante pour la Wilaya de Rabat-Salé. En effet, comme le montrent les notes techniques, ce projet permettra, entre autres, de protéger l’environnement, de disposer de plages propres, de revaloriser la façade côtière et la vallée de l’Oued Bouregreg, de préserver l’hygiène publique, d’embellir la façade maritime et d’améliorer le cadre de vie des populations. Avec Vélioa Environnement, comment peut-on donc douter de Redal à réaliser un tel projet, s’est même interrogé un ingénieur en bâtiment d’autant plus que Redal a la responsabilité de la mise en œuvre de ce projet pour le compte des communes de la région de Rabat-Salé. Le principe du projet étant de conduire les effluents de Rabat et de Témara au site du Champ de Tir pour subir un relevage, un prétraitement et un rejet au large par un émissaire sous-marin. Il s’agit d’un traitement physique préliminaire sans ajout de réactifs chimiques et sans production de boues.
L’air purifié
Pour ce qui est des odeurs, fait remarquer M. Mohamed Sadiki, Directeur Adjoint à la Direction des Investissements de Redal, ce projet sera exempt de toutes nuisances aux riverains compte tenu des aménagements prévus. Il ajoute, en outre, que les ouvrages de relevage et de traitement seront confinés dans un bâtiment fermé, l’air du bâtiment sera traité et rejeté sans aucune nuisance olfactive. Sur un autre plan, la Direction des investissements de Redal souligne que l’ensemble des équipements sera confiné dans un bâtiment insonorisé et les pompes seront maintenues immergées dans l’eau à une profondeur de l’ordre de 10 mètres sous le niveau du terrain naturel. Cela éloignera tout risque de bruits assourdissants, comme on l’a fait comprendre à certains habitants du quartier. D’ailleurs, avant même que le projet n’atteigne ce stade, la Redal a réalisé une étude d’impact sur l’environnement qui est en cours d’actualisation pour répondre aux exigences de la nouvelle loi relative à cette étude. Elle a été confiée à un expert international indépendant et elle fait ressortir également la bonne intégration et l’absence de nuisance du projet pour les riverains. Pour ce qui est du site d’implantation au niveau du champ de Tir de Rabat, il a été choisi sur la base des études approfondies du schéma directeur d’assainissement liquide, études approuvées dans le cadre des procédures de validation dudit schéma directeur. Concernant l’esthétique de cet ouvrage, pour ne pas dire l’aspect visuel, Mohamed Sadiki souligne que les ouvrages seront construits dans des bâtiments compacts dont la hauteur ne dépassera pas le niveau de la route côtière. L’intégration paysagère sera soigneusement étudiée afin de l’intégrer de façon harmonieuse au contexte du site. A Casablanca, il existe une réalisation comparable, près de la Grande Mosquée Hassan II à proximité des habitations, qui fonctionne depuis 8 ans sans aucun problème pour les riverains. Ce qui fait dire à M. Guillaume Gilles, DG de Redal, que «le groupe Véolia Environnement est un leader mondial dans la construction de ce type d’ouvrages et il apportera tout son savoir-faire dans la réalisation du projet. Le groupe a déjà construit des stations de traitement plus complexes en milieu urbain dans de nombreux pays de par le monde. Le cas de Rabat est une opération relativement simple et ne présente pas de risques pour les riverains.» Donc acte !
M.S.