Jeudi 3 juin à la Wilaya de Casa, M. Kabbaj, Président du Conseil Régional du Tourisme (CRT) de Casablanca, a présenté, devant un parterre de professionnels du secteur touristique et des patrons de la ville (MM. Dryief et Sajid, respectivement Wali et “ Maire ”), les détails de la “ feuille de route ” Casa 2012. Ce contrat-programme/business plan, déjà rendu public en février de l’année en cours, a pour ambition de redorer le blason de la capitale économique du Royaume, d’en faire “ une métropole touristique d’envergure internationale ” !
La “ Vision Casablanca 2012 ”, qu’ont trouvée très à leur goût les acteurs économiques de la cité présents lors de la conférence de presse donnée par le CRT, est très “ keynésienne ” dans sa conception, très… politique des grands travaux ! Si cette démarche aboutit, Casa ne sera plus (mais plus du tout !), le petit souillon bordélique qu’elle est présentement.
Evidemment, Casablanca regorge de joyaux architecturaux, d’avenues majestueuses, d’attraits en tous genres. Des guides touristiques internationaux comme le Guide du Routard ne tarissent pas d’éloges sur les atours de la ville. De plus, la ville jouit d’un nom! L’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art le plus médiatique du XXème siècle l’a rendu illustre, ce nom! Dans tous les coins et recoins de la planète ! Peut-on rêver de meilleurs ambassadeurs qu’Humphrey Bogart et Ingrid Bergman ?
Hélas, malgré sa splendeur et son renom, Casablanca n’est pas prise d’assaut, aujourd’hui, par les touristes étrangers parce que… les immondices, la pollution, l’analphabétisme, les ghettos, l’exode rural, l’expansion incontrôlée, le capitalisme sauvage, 1981…
On peut trouver à redire à propos de la copie remise par le CRT, mais elle a le mérite irrécusable de jauger parfaitement l’étendue du chemin qu’il reste à accomplir pour “ mettre à niveau ” une cité tentaculaire et sinistrée (par endroits) comme Casa ! Aux grands maux les grands moyens !
Les 12 pôles d’Hercule
La coupe du monde en 2010 aurait pu être la rampe de lancement du Maroc nouveau, conquérant, que tout le monde appelle de ses vœux ! La Vision 2012 est en mesure de l’être. Il s’agit d’un projet herculéen, conçu à l’issue d’une démarche concertée entre les opérateurs publics et privés du secteur touristique avec les responsables du ministère de tutelle. Elle propose un dispositif global et volontaire, susceptible de dresser un diagnostic assez fidèle des faiblesses de la capitale économique du Royaume, de même que de lui insuffler une profonde dynamique de développement touristique
Il est notamment prévu d’édifier 12 pôles d’excellence, disséminés partout dans Casa, afin de rehausser l’ensemble de la cité, non pas seulement certains de ses quartiers. Avec une marina, un opéra, un aquarium géant, des musées un peu partout, un nouveau phare au design très recherché… Casa promet d’avoir fière allure. Actuellement troisième destination touristique du pays (derrière Marrakech et Agadir), avec quelque chose comme 450.000 touristes en 2002, la mégalopole devrait, ainsi réhabilitée, attirer quelque chose comme 1.250.000 touristes en 2012. “ Conformément aux chiffres projetés, la capacité d’accueil devrait atteindre, à terme, les 10.000 lits pour un nombre total de 100 unités hôtelières. Aujourd’hui, Casa culmine à 4.000 lits et une quarantaine d’hôtels ”, explique M. Kabbaj. Deux golfs de 27 trous, un jardin botanique et un zoo –un vrai, pas l’ersatz d’Aïn Sebaâ- sont aussi à l’ordre du jour.
En outre, plusieurs sites historiques de la ville (ancienne médina, centre-ville “ colonial ”, port, presqu’île de Sidi Abderrahmane…) feront l’objet d’un vaste programme de rénovation. Il est, par ailleurs, prévu de réaménager la baie de Casablanca, de façon à exploiter tout le segment Dar Bouazza (au sud de la ville) et Mohammedia (au nord).
Il est, enfin, question de quelque 100.000 emplois (directs et indirects) créés. Cela représente peut-être entre 3 et 4 fois moins que ce que conjecturaient -avant le Waterloo marocain/Austerlitz sud-africain du 15 mai- les membres du comité de candidature Maroc 2010. Mais, là, au moins, Blatter et ses sbires ne sont pas en mesure de “ saloper ” du travail bien fait ! La Vision 2012, qui peut être considérée comme un pan de la Vision 2010, est une façon idéale de rebondir, sans heurts, après la claque zurichoise ! Que ses concepteurs la présentent à nouveau, à la presse notamment, 4 mois après sa présentation officielle, mais deux semaines seulement après le 15 mai, n’est certainement pas fortuit !
M.L.