C’est à la suite de longues négociations entre la Direction générale et les pilotes (deux journées marathon) qu’un tel dénouement est arrivé, qualifié par le communiqué de RAM annonçant la fin de ce conflit, " d’accord équilibré tenant compte des contraintes de chacune des parties… ". En fait, les contacts avaient été pris dès le vendredi, dans la plus grande discrétion, pour mettre un terme rapide à une crise qui commençait à pénaliser gravement l’économie nationale et notamment ses secteurs touristique et hôtelier.
Bien évidemment, comme c’est l’usage en ce genre d’affaires, les termes de l’accord auquel sont parvenus les pilotes et la Direction générale de RAM ne sont pas exactement connus. Mais l’on sait que la Compagnie a accepté le préalable présenté par les grévistes, c’est-à-dire l’annulation du licenciement de six pilotes et la suppression de toutes les mesures disciplinaires qui avaient été prises à l’endroit d’autres membres de l’AMPL.
Peu importe donc désormais le contenu exact de cet accord, car il est clair pour les observateurs et l’opinion publique que les grévistes ont gagné la partie en obligeant la RAM à accéder à leur première sinon unique exigence. Il apparaît ainsi que la grève entamée le 27 mai dernier n’avait d’autre motif que la réintégration des pilotes licenciés et l’AMPL, prouve ainsi le redoutable pouvoir qui est le sien aujourd’hui.
En effet, la fermeté initiale du management, exprimée notamment lors du passage de M. Berrada devant les caméras de 2M au deuxième jour de grève, a laissé la place à une renonciation qui ne dit pas son nom mais que l’on suppose motivée par des considérations largement extérieures à la situation de la compagnie aérienne nationale. C’est ce que sous-entend nettement le communiqué précité qui conclut l’annonce de la reprise par la nécessité de " servir les intérêts suprêmes de la Nation ". Ceux-ci commandaient donc que la Direction générale de RAM accède aux revendications des pilotes pour qui, mettant en avant des préoccupations de sécurité, ont surtout prouvé qu’ils réclamaient en fait l’impunité.
Le bras de fer s’est donc terminé à l’avantage de l’AMPL. Cela signifie, sans nul doute, que la caste des commandants de bord et autres officiers pilotes, sera encore plus difficile à convaincre dans les prochains mois lorsqu’il s’agira de mettre en place les structures d’une compagnie charter " Atlas Blue " ou de réaliser les indispensables aménagements destinés à permettre à Royal Air Maroc d’affronter une concurrence de plus en plus rude induite par la libéralisation du ciel marocain.
Les pilotes ont gagné parce qu’"on" a voulu qu’ils gagnent, sans craindre d’humilier l’ensemble du personnel de RAM qui n’était pas en grève, mais aussi l’opinion publique et les dizaines de milliers de passagers qui ont largement souffert de ce mouvement d’arrêt de travail intempestif de dix jours.
Une victoire, cependant, qui est marquée au sceau de Pyrrhus, car en affaiblissant la compagnie, son management et l’idée même de hiérarchie, d’autorité et d’intérêt général, c’est le pays tout entier qui trinque ! Tchin, tchin, messieurs les pilotes…
Fahd YATA