Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Pas d’État de Droit sans société de l’information Rencontre avec M. Belcadi

Auteur :

La Nouvelle Tribune: Quelle est votre approche concernant les débats publics ( s’il y a vraiment débats) au niveau des deux chaînes nationales, TVM et 2M ?
M. Belcadi, Docteur en communication institutionnelle et politique : Avant tout, il faut signaler que les deux chaînes, TVM et 2M, sont des chaînes dépendant entièrement de l’Etat marocain. Un certain monopole s’est instauré pour leur orientation globale et leur gestion. Ce qui a provoque un déficit  au niveau de la production d’émissions de débats publics. Ceci a, malheureusement, coïncidé avec la révolution de l’espace audiovisuel à travers la parution de chaînes satellitaires proposant des produits de qualité. Je pense que les émissions de débats publics exposées sur les deux chaînes qui n’arrivent pas à convaincre le  téléspectateur marocain, reflètent la nature de la culture audiovisuelle au Maroc.

Pouvez vous être plus précis?
Trois axes sont en mesure de clarifier ce problème de culture d’information. Il y a d’abord un problème qui se rapporte aux ressources humaines. Si les émissions diffusées n’intéressent pas le plus souvent le téléspectateur marocain, cela est dû à la qualité et la formation du journaliste présentateur, ainsi qu’à la qualité des émissions. Car une émission est avant tout une diffusion et un partage d’informations et d’idées qui exigent une certaine stratégie préparée d’avance, à savoir, le public ciblé, le quand, le comment et le pourquoi de sa diffusion. Viennent ensuite les problèmes liés aux ressources matérielles. Je pense que si les débats publics font défaut, cela est également  dû  à l’état des moyens matériels qui sont largement dépassés. Il est extrêmement important d’investir dans les nouvelles technologies (NTIC) pour accompagner la révolution que le monde de l’information et des médias est en train de connaître sans pour autant négliger l’amélioration des conditions de travail et matérielles du personnel. Le troisième axe se rapporte au manque de stratégie, de vision et de visibilité quant aux émissions diffusées. Autrement dit, l’on constate souvent dans certaines émissions, cette ambiguïté du message que l’on veut véhiculer. Nous avons l’impression que les deux chaînes travaillent sans savoir ce qu’elles veulent vraiment transmettre comme message au citoyen. Le degré d’intérêt que prête ce dernier à ces émissions constitue logiquement le seul indice de réussite ou d’échec de toute sorte d’émission télévisée. C’est ce que les professionnels appellent l’audimat. 

Quand vous évoquez la politique générale de l’État en la matière, est- ce que cela veut dire la présence de lignes rouges qu ’il faut respecter et par conséquent se soumettre à cette orientation étatique? 
Il faut dire qu’au delà de ces problématiques que j’ai évoquées, la nature des débats publics télévisés est une conséquence directe du degré de la mainmise de l’État sur l’audiovisuel. Beaucoup de journalistes ont été licenciés, ou ont vu leurs émissions censurées car ils ont dépassé les lignes rouges bien tracées par l’État. Actuellement, si effectivement il y a absence de débats publics intéressants, c’est parce que cette même démarche est toujours en vigueur. 

L’on constate également une sorte de désintérêt du Marocain à l’égard de certains débats diffusés sur TVM ou sur 2M. Comment expliquez vous cette situation?
En réalité, et pour dire les choses telles qu’elles sont, les deux chaînes présentent des débats qui ne répondent pas vraiment aux préoccupations quotidiennes des Marocains.  

Qu’en est-il de la loi sur la libéralisation  de l’Audiovisuel ?
Cette loi est en cours de finalisation. Néanmoins, je pense que toute libéralisation dépend beaucoup plus d’une  volonté politique que d’une approche purement  juridique. Nous considérons que le fait de modifier une loi, la rectifier ou l’amender demeure insuffisant si une véritable volonté politique n’existe pas.

Que voulez-vous dire par “volonté politique”?
Dépassant toute polémique terminologique et étymologique, la volonté politique veut dire la conviction, l’engagement et la volonté de tous les acteurs du champ politique, à savoir l’État, le gouvernement, les partis politiques et la société civile pour un véritable changement du paysage audiovisuel au Maroc.
C’est dans cet esprit que S.M le Roi Mohammed VI a apposé son sceau sur le Dahir Royal portant création de “ La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle ”. Sa Majesté a alors précisé: “Cette mesure, qui s’est accompagnée  de l’abrogation du monopole de l’État sur le secteur est le prélude d’une réforme profonde de notre paysage audiovisuel national ” 

Propos recueillis par
H.Zaatit



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com