Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Qu’a-t-on fait un an après ? Événements du 16 mai

Auteur :

Aussi dramatiques soient-ils, les événements du 16 mai ont permis de déclencher cet éveil, cette prise de conscience de la société marocaine, que le terrorisme était bien présent au Maroc et qu’il fallait désormais faire face à cette amère réalité au lieu de dire tout le temps que le Maroc est à l’abri des courants radicaux. «Le Maroc n’est pas l’Algérie et ne peut jamais, du fait de sa culture, être sous l’emprise  des mouvements intégristes», rétorquait-on à chaque fois que la question était évoquée. En effet, il fallait les dramatiques événements du 16 mai, pour que l’on réalise que la menace est loin d’être virtuelle, mais réelle. Aussi, au lendemain de ces terribles incidents, c’est toute la société marocaine qui s’était levée pour dire non, d’une seule voix, au terrorisme. Il est, en effet, une coutume au Maroc de voir l’élan de solidarité amplifié durant les crises ! Les ONG sont immédiatement montées au créneau pour dénoncer et condamner l’intégrisme. Des actions ont été entreprises pour hâter le changement vers une modernité plus prononcée.

Actions louables

Cela fut couronné par le nouveau code de la famille, signal fort lancé par les hautes instances du pays, pour matérialiser le discours prônant un projet de société moderne et ouverte. Parallèlement, sur le plan sécuritaire, une forte mobilisation a permis de rassurer la population qui, petit à petit, a regagné ce sentiment de sécurité qui avait basculé un vendredi soir. Puisque la loi anti-terrorisme fut adoptée immédiatement après le 16 mai. Sur le plan politique, on notera également avec satisfaction la réorganisation du domaine religieux, matérialisée par le discours du 30 avril, qui avait pour objet la mise en application du dahir n°1.03.193 du 4 décembre 2003 concernant l’organigramme et les attributions du département de M. Ahmed Tawfik et du Dahir n°1.03.300, publié le 22 avril 2004, relatif à la restructuration du Conseil des Oulémas. Une action qui s’inscrit dans le cadre d’une stratégie intégrée, globale  et  multidimensionnelle, comme l’a précisé Sa Majesté le Roi dans son intervention du 30 avril dernier.

Déficit

Par ailleurs, il est à signaler qu’au delà des actions entreprises par les hautes instances du pays, on note un grand déficit, sur le plan culturel, social et politique. Si on exclut les actions du Secrétariat d’État à la Jeunesse, les actions entreprises par le Gouvernement demeurent insignifiantes par rapport à la gravité de la situation. On a sans doute besoin de plus que cela pour «prémunir le Maroc contre les velléités d’extrémisme et de terrorisme, et de préserver son identité qui porte sur le sceau de la pondération, la modération et la tolérance», comme l’avait signifié Sa Majesté dans son dernier discours.
La misère intellectuelle et matérielle sont, en partie, à l’origine des événements du 16 mai, même si d’aucuns refusent d’admettre cette thèse. Les événements du 16 mai, sont le résultat d’un vide délaissé par la société (partis politiques, élus locaux, société civile, ...) et que les mouvements intégristes ainsi que d’autres formes de violences et de délinquance ont exploité pour semer leurs graines d’obscurantisme. Or, à ce jour, on note avec regret que les actions  sur le terrain destinées à neutraliser ce mal demeurent peu ou prou. Selon M. Mohamed Nadif, sociologue-écrivain, au delà des discours, les réalisations sur le terrain sont pratiquement inexistantes. «Je ne comprends pas pourquoi les volets culturels et sociaux ont été négligés, alors qu’ils s’étaient révélés au lendemain des incidents du 16 mai, parmi les champs urgents à investir. Dans son discours, le Souverain était clair en parlant d’une action multidimensionnelle. Or, sur le terrain, on note que toute la mobilisation se fait autour du sécuritaire.» Et de poursuivre «Il n’y a toujours pas de politique culturelle ou sociale de proximité. Aucun des projets qui devaient être réalisés, ou du moins lancés à Sidi Moumen, n’a démarré. Je ne sais pas si c’est un problème de moyens, mais en tout cas, sur toute cette année, on a surtout focalisé les efforts sur le volet sécuritaire, qui   est incontestablement important, mais néanmoins non suffisant.

Point de concret

Ce ne sont certainement pas les conférences, les débats-politiciens, et les discours tenus dans les palaces des grandes villes, ou dans les salons ou au cours de dîners mondains qui changeront la donne. Une partie de la société a été longtemps marginalisée, ce qui a conduit à une explosion intellectuelle (intégrisme), qui a évolué vers une explosion matérielle (kamikazes). La religion dans sa version radicale est considérée à la fois comme un refuge et une revanche.  Loin de nous l’idée d’affirmer que la lutte contre la pauvreté est la solution à tous les maux, car on ne lutte contre la pauvreté que pour lutter contre autre chose.
Et c’est à ce niveau que le travail du gouvernement, de la société civile, des partis politiques et des syndicats doit  mettre en place une action de civisme, qui vient accompagner des chantiers concrets, des édifices matériels. C’est ainsi qu’on pourra combler le vide et non à travers des discours et seulement des discours. Les citoyens plaçaient de grands espoirs sur les élections communales, pour un véritable changement dans la gestion de la chose publique. L’idée étant de répondre aux attentes des jeunes et d’empêcher leur recrutement par les courants extrémistes, de quelque nature qu’ils soient. Les partis politiques avaient, en effet, une parfaite occasion pour redorer  leur image ternie, mais il n’en fut rien. A l’occasion, notre classe politique a brillé par son manque d’éthique qui a frôlé le ridicule. La politique de lutte contre l’habitat insalubre est a priori louable, mais  il ne suffit pas de troquer une baraque contre un logement ou un bidonville contre un ghetto. En agissant de la sorte, on n’aura certainement pas résolu le problème.
Loin de nous l’idée d’être négatifs, mais on aurait  tant aimé avoir  des réponses affirmatives à cette série de questions : Combien de terrains de sport, combien de théâtres, combien de salles de cinéma, de bibliothèques... a-t-on édifié (ou du moins lancé en chantier) depuis le 16 mai 2003, dans les quartiers en question, dans une ville qui manque terriblement d’animation culturelle et où les moyens de distraction destinés aux jeunes publics font cruellement défaut ?
C’est le néant sur toute la ligne !
C’est bien beau d’organiser des festivals internationaux (Fès, Marrakech, Rabat, Tanger, Essaouira...) qui ont acquis une notoriété qui honore le Maroc et fait promouvoir  son image à travers le monde. Ces festivals représentent une valeur ajoutée indéniable pour le Maroc et les Marocains, c’est une véritable richesse (à tous les niveaux) qui en découle, mais il convient aussi de penser aux populations qui sont loin d’être la cible de ce genre de manifestations. Ce serait là une manière de mettre en œuvre la politique de proximité prônée par le gouvernement.

L.O.


Le spot radio d’AFAK
 
“Il y a un an, le terrorisme a tué 41 personnes et en a blessé 100 autres.
Aujourd’hui, l’extrémisme est une menace pour notre sécurité, le
développement de notre pays et son projet démocratique.
L’extrémisme cultive la haine, l’intolérance et conduit à la violence. Cette idéologie est contraire à notre religion, à nos valeurs et à notre culture. Notre devoir à tous est de la combattre. Chacun de nous peut aider à rétablir le vrai visage de l’Islam en mettant en pratique ses préceptes de tolérance, de solidarité et d’humanisme.”

Trois questions au Pr. Abderrahim Harouchi, Président d’Afak et membre du Collectif Démocratie et Modernité

La Nouvelle Tribune : Un an après les dramatiques événements qui ont ensanglanté la ville de Casablanca et le Maroc dans son ensemble, pensez-vous que les choses ont changé ou, au contraire, que les ingrédients qui ont conduit à ce drame sont toujours présents, et la menace également ?

Pr. Abderrahim Harouchi : Sur le plan sécuritaire, il y a une forte mobilisation et le nécessaire est en train de se faire. Cependant, le volet sécuritaire ne peut être une arme suffisante pour lutter contre le terrorisme qui est le résultat d’une idéologie rétrograde et porteuse de violence. Sur le terrain, force est de constater qu’il n’y a pas de stratégie nationale pour lutter contre cette idéologie qui semble très ancrée à travers tout le Maroc et non seulement à Casablanca ou à Sidi Moumen. Certes, la réorganisation du champ religieux, insufflée récemment par Sa Majesté, est très importante, mais elle devra obligatoirement être conjuguée à une stratégie de terrain. 
L’endoctrinement gagne du terrain. On note avec désarroi une baisse de la vigilance au niveau des lieux de culte. D’où le retour de certaines vieilles habitudes et l’envahissement des parvis de mosquées par les supports de propagande, tout comme on assiste à la progression de l’endoctrinement dans les hôpitaux, dans les milieux juridiques etc. Aussi, est-il indispensable de redoubler d’efforts à travers une stratégie globale pour combattre cette idéologie. Certes, quelques actions ont été entreprises par le gouvernement ainsi que par la société civile ; mais cela demeure une goutte d’eau par rapport à l’ampleur des actions des intégristes, qui ne cessent de progresser, contrairement à ce qu’on aurait tendance à croire. Nous sommes sincèrement menacés par cette idéologie. Comme le disait déjà Victor Hugo, «Il est plus facile de vaincre une armée qu’une idéologie «. Les mots sont des armes redoutables, car ils finissent par entraîner le passage à l’acte.
 
Sur le plan social et culturel, au-delà du discours et des actions des ONG, qu’a-t-on fait, concrètement, pour lutter contre les origines de ce mal, à savoir la misère intellectuelle et matérielle ?

Il est vrai que la misère intellectuelle et matérielle représente un terreau pour les obscurantistes. Mais, sur le plan social et culturel, le département de M. El Gahs mène une série d’actions visant justement à empêcher la jeunesse de tomber dans les filets des courants obscurantistes, à travers une éducation civique et culturelle qui ambitionne de préparer des citoyens vaccinés contre le mal radical. Les ONG, de leur côté, mènent des actions (qui ne se limitent pas uniquement aux discours) visant en premier lieu l’éducation civique. A cet égard, AFAK organise des sorties hebdomadaires pour les enfants de quartiers défavorisés pour leur donner une ouverture sur le monde de la culture. A l’occasion du premier anniversaire des terribles attentats du 16 mai, on a réalisé deux spots radio (voir encadré), visant la sensibilisation des citoyens. De leur côté, les walis ont également entrepris certaines actions destinées à combler le vide du quotidien de ces jeunes. Le volet social est relativement positif. C’est l’aspect idéologie qui est le plus préoccupant et nous aurions souhaité que la télévision s’implique davantage à travers la diffusion d’émissions qui puissent redonner à la religion musulmane sa véritable image ; des émissions qui soient une réponse claire aux idées obscurantistes qui déforment la religion.
 
Du côté des partis politiques, pensez-vous qu’ils se soient mobilisés dans cette lutte ? N’ont-ils pas vraiment l’air d’être impliqués dans ce combat ?

Malheureusement, les partis politiques n’ont pas encore de stratégie pour combattre cette idéologie et c’est dommage, car ils ont un rôle capital à jouer dans cette lutte, notamment un rôle d’encadrement et de formation à l’exercice de la citoyenneté pour les jeunes. C’est à eux que revient de rendre la politique, au sens noble du terme, à nouveau mobilisatrice pour le combat en faveur du développement.

Propos recueillis par
Leïla Ouazry



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com