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La corde et le serpent

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Comme on le dit bien chez nous: « Celui qui a été mordu par un serpent, craint la vue d’une simple corde». Un adage qui en dit long sur le comportement psychique de l’être humain lorsqu’il est gravement frappé par un malheur. Peut-on qualifier ainsi sans risque de se tromper, l’état d’esprit de la population casablancaise victime des attentats du 16 mai 2003. Celle-ci garde en mémoire les images d’une véritable horreur dans sa forme la plus terrifiante: Du feu partout et partout du feu. Fort, ardent et effrayant. Des victimes se sont transformées en torches vivantes, gesticulant, criant et cherchant désespérément à s’en tirer. D’autres déjà vaincues par le feu gisent carbonisées au milieu de tables renversées, de repas éparpillés... Les scènes d’épouvantes et de désolation étaient poignantes. L’attaque barbare était, bel et bien, forte. Le tout a représenté un spectacle d’apocalypse difficilement supportable et totalement inhabituel aux yeux des personnes qui ne voient ces horreurs qu’au cinéma, et encore! Des actes terroristes qui ont plongé toute une ville dans la panique totale et les dégâts ont fait légion. Certainement, la métropole économique n’avait jamais été considérée comme une cible du terrorisme, mais les événements tragiques du 16 mai 2003 ont bien démenti les dires de certains hauts responsables de l’État qui ne cessaient de rassurer la population marocaine et qui avaient exclu à maintes reprise toute hypothèse d’actes terroristes au Maroc. Pendant cette période, les Marocains ont découvert par eux-mêmes que leur pays n’est en aucun cas à l’abri de l’intégrisme violent, animé par une horde de jeunes obscurantistes, qui n’ont pas hésité à passer à l’action et qui étaient prêts, sur la base d’une simple Fatwa, à s’ériger en justiciers, disposés à tuer et se faire tuer s’il le fallait. En réalité, il était illusoire, de croire que le Maroc resterait un havre de paix dans un monde de plus en plus agité. Le monde arabe, auquel le Maroc appartient, est connu pour sa grande vulnérabilité, tout est toujours possible, surtout le pire. Le risque est partout. Telle est la sagesse désenchantée du monde dans lequel nous vivons. L’indignation à elle seule ne suffit pas. Il est temps d’assurer la réflexion et l’engagement.
Ces attentats avaient un signe très fort pour ceux qui ont, semble-t-il, beaucoup cru à la tolérance. Une catastrophe donc qui a dévoilé les principaux problèmes de la nature du champ religieux, le constat d’impuissance des partis politiques et des ONG à encadrer la population du pays, la problématique des bidonvilles et de l’habitat insalubre...Pour certains, après cette date, l’énigme est toujours là. Actuellement, la réalité rattrape la réflexion. L’événement en soi, comment peut-on l’interpréter? S’agit-il d’un drame, d’un avertissement ou du résultat d’un certain dysfonctionnement? Le sécuritaire, à lui seul, est-il suffisant pour lutter contre l’intégrisme?
De l’avis d’un observateur, les problèmes ne se résolvent pas uniquement par le sécuritaire et la fermeté. Aller au delà ne peut être garanti qu’à travers l’élargissement des espaces des libertés publiques et permettre à la société civile de jouer son rôle. « Il ne faut plus rester des spectateurs. Un travail de proximité s’impose. Le système éducatif marocain est à revoir puisqu’il est devenu avec le temps une machine à produire des extrémistes. Il est devenu nécessaire de clarifier les pistes ainsi que la place du religieux et du politique. Le débat s’impose, et l’Islam est individuel et n’a pas besoin d’intermédiaire», indique-t-il en ajoutant qu’il faut aller au delà des slogans et éviter les mots creux: « En quoi pourrait-il servir le débat sur la démocratie ou sur le progrès, à un jeune de 20 ans qui n’a pas de revenu, qui est en chômage et qui a arrêté ses études?», se demande-t-il.
L’heure est venue de clarifier et de défendre avec force le projet de société que le Maroc veut. Fini le consensus mou qui n’a cessé de scléroser la société. Finies les hésitations et les compromissions qui ont laissé la haine et l’obscurantisme rampants s’installer. L’heure est au choix et à la mobilisation pour dessiner un projet de société qui nous porte vers l’avant, avant que d’autres nous basculent vers l’arrière...vers l’horreur.

H.Z.



 

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