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Il était une fois à Sidi Moumen

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Publier le : May 13, 2004

On en a évidemment entendu parler de Sidi Moumen, au lendemain des attentats qui ont mis Casablanca sens dessus dessous ; et pas qu’en bien, dites-donc! Dépeinte d’abord, consécutivement au traumatisme, comme étant la base arrière d’Al Qaïda au Maroc (carrément !), la commune de Sidi Moumen s’est fait voler la vedette, ensuite, par d’autres quartiers poisseux, de Fès, de Youssoufia, de Berrechid, de Tanger… Là où existent des ghettos tels que Sidi Moumen perdureront, prolifèreront, longtemps encore, la haine de l’autre, les idées rétrogrades et l’extrémisme.
Le lumpenprolétariat dans toute sa désolation ! C’est cela, Sidi Moumen, et davantage encore ! En veux-tu, en voilà : Sidi Moumen, c’est synonyme de gosses tout crados, morves pendantes, qui jouent au foot avec des boîtes de conserve toutes rouillées, aux abords d’un amas de détritus et d’une flaque d’eau stagnante dont les riverains – sorte de carbone 14 du… pauvre - disent qu’elle date de trois mois au minimum ! C’est cet âne dont la vue causerait une rupture d’anévrisme à BB et aux membres du Parti Républicain américain (dont cet animal est la mascotte), tellement il est chétif, le pauvre chou, et bardé des stigmates de la maltraitance de ses maîtres - ces gros ânes ! C’est cette épicerie où doit être entreposée, en tout et pour tout, une marchandise d’une valeur n’excédant pas 100, voire 200 DH (en comptant large !), et où ne traîne pas même une mouche ! Ce sont les bidonvilles de kariane Aarib, kariane Draae, kariane Thomas, douar Sekouila…
L’on pourrait énumérer sans fin des scènes de la vie de tous les jours, à Sidi Moumen ou dans n’importe quel autre quartier sinistré de la périphérie de Casa et des autres centres urbains du pays, qui transpirent, empestent la pauvreté, la dèche au Bangladesh, le "oualou" sidéral.
Mais, il semble plus utile d’évoquer le stoïcisme dont ont fait preuve deux braves gars du coin, qui nous ont fait un brin de causette, au photographe de La Nouvelle Tribune et à moi ; deux misérables lambda, des gars sans perspectives, vraisemblablement dans la même mouise que celle dans laquelle étaient les kamikazes du 16 mai, mais qui sont tout à fait "peace", eux !

Le "oualou" sidéral

"Tu vois bien, l’ami, rien n’a changé depuis les attentats. C’est toujours la même merde, ici ! Au niveau de ce quartier (kariane Aarib, ndlr), une association a, certes, été créée par des "oulad edderb". Parce qu’ils manquent atrocement de moyens, et que personne ne leur vient en aide, les projets qu’ils essaient de lancer peinent à être menés à bien, hélas! Toutefois, ils montrent l’exemple à suivre à tout le monde, ici. Ils sont arrivés à nettoyer un gros périmètre, à le débarrasser des tonnes d’immondices qui y étaient régulièrement entassées ! Ils abattent également un travail de sensibilisation remarquable, s’adressent surtout aux jeunes…", explique Mustapha. Et son pote de poursuivre: "avant le 16 mai de l’année dernière, seuls les islamistes se donnaient ce mal, seuls les islamistes fournissaient des efforts dans le domaine caritatif, non pas parce que Dieu somme son adorateur d’être charitable, mais seulement parce qu’ils avaient pour objectif d’enrôler, d’embrigader des jeunes crédules pour en faire des bombes humaines. Maintenant qu’ils ont été démasqués, que toutes les personnes un tant soit peu sensées ont compris que l’unique chose à laquelle aspirent les islamistes est la destruction, les barbus n’organisent plus d’actions caritatives dans les quartiers populaires. Ç’aurait été une bonne chose si la société civile ou les autorités avaient pris leur place après le 16 mai, mais ce n’est hélas pas le cas."
A Douar Sekouila, l’une des nombreuses favelas de Sidi Moumen, où la "Salafia Jihadia" comptait un grand nombre de partisans, les barbus se font évidemment plus rares qu’auparavant, du temps de leur splendeur (à l’époque, par exemple, où ils s’exerçaient aux arts martiaux, par centaines, dans un terrain vague jouxtant le douar). La place a été nettoyée, pour ainsi dire, au lendemain du 16 mai. Une famille, que nous avions rencontrée six mois avant les attentats, qui habitait à douar Sekouila et y tenait une librairie-papeterie (tout ce qu’il y a de plus basique, évidemment), est comme qui dirait portée disparue désormais.
Personne n’a pu (ou plutôt voulu) nous renseigner à son sujet, et l’échoppe que tenaient les trois frères barbus qui la composaient est, selon des mioches qui jouaient aux billes devant sa porte, fermée depuis belle lurette.
Les habitants du coin nous dévisagent, nous regardent avec méfiance. Selon un ferrailleur volubile, qui voulait absolument savoir ce que nous faisions là, les policiers, même s’ils ne sont pas présents partout à Sidi Moumen (pas un ne traînait du côté de douar Sekouila tandis que nous y étions), sont tout de même avertis des moindres faits et gestes des inconnus qui pénètrent dans les quartiers chauds, sensibles. "Depuis le 16 mai, la moitié des habitants de douar Sekouila et des autres bidonvilles salafistes de Sidi Moumen sont des indics", assure-t-il, avant de nous expliquer qu’il m’avait pris pour un commissaire de police (le photographe me chambre encore à ce sujet, mais je m’en vais ordonner à deux "semta kahla" de se charger de ce fieffé chenapan!)
Il était une fois, à Sidi Moumen, quelques mois avant que ne survienne le 16 mai, un petit gosse : une frimousse adorable, bien que toute barbouillée, sale, un regard perçant, et une mouche sur la tempe (Cf . photo). Il doit toujours y être, à Sidi Moumen, ce mioche, à l’inverse de la famille mentionnée plus haut, qui a dû déménager à Témara ! Toujours dans ces nippes, toujours souillon ; et les mouches, nombreuses là où il habite, doivent toujours observer des haltes sur sa tempe.
Mis à part le combat mené par les autorités contre les milices salafistes, rien n’a changé à Sidi Moumen. Les générations montantes pourraient très bien, partant, commettre un jour le même geste fou que leurs aînés tristement célèbres (les auteurs des fratricides du 16 mai) puisqu’ils ont de fortes chances de connaître les mêmes souffrances et les mêmes privations que les 14 meurtriers les plus ignominieux de l’histoire du pays. Sidi Moumen refera-t-il des siennes ? Les indics, ces agents de la "securitat" marocaine, arriveront-ils, au contraire, à contenir ou à faire déjouer toute tentative de récidive terroriste sur notre sol ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, prions le Seigneur pour que le Maroc inutile, à savoir Sidi Moumen et la multitude de quartiers de Casa et d’ailleurs où les citoyens vivent dans la panade la plus criante, se tienne à carreau.  

M.L.



 

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