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16 mai 2003, une nuit en enfer Récit d’un rescapé

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La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Surtout pour certains… Surtout pour M’hamed Mahboud. Il y a un an, son existence a capoté, côté souffrance. Les attentats terroristes du 16 mai 2003, qui ont causé la mort de trente-cinq personnes à Casablanca, ont transformé sa vie quotidienne paisible en douleurs, en maux du corps et du cœur.
Il y a un an, c’était avant … M’hamed Mahboud est le gérant de la Casa Espana. Un club privé en plein centre de la capitale économique où se retrouvent autour d’un verre ou d’un repas des hommes d’affaires, des entrepreneurs, des professeurs, principalement de nationalité marocaine et espagnole. Mohamed travaille ici depuis trois ans. Un poste qu’il a décroché grâce à sa parfaite maîtrise de l’espagnol et son expérience professionnelle. Après l’obtention de son baccalauréat, il a passé dix ans de l’autre côté de la Méditerranée, à Torremolinos où il a participé à l’établissement du plan touristique de la cité balnéaire. 
Depuis 2000, il  veille au bon fonctionnement de la demeure ibérique casablancaise : gestion du personnel, des structures, mise en place d’animations. Hors du travail, M’hamed se consacre à sa mère qui souffre d’une insuffisance cardiaque et il s’adonne à son sport favori, sa passion, le football. Pas un dimanche ne défile sans dribbles, passements de jambes et feintes de corps sur  la plage d’Aïn Diab. Et lorsqu’il ne foule pas les bords de l’Atlantique, il supporte le WAC et les Lions de l’Atlas ! “ A l’époque, la vie était simple et tellement belle ” raconte-t-il les yeux chargés d’émotion et de nostalgie. ”

Tout bascule !

Le 16 mai 2003, M’hamed travaille. Le club a organisé un bingo. Les adhérents cochent leur carton en espérant gagner le gros lot. Comme à l’accoutumée, le climat est convivial. “ Juste avant 22 h 00, j’ai vu deux hommes sortir des toilettes. Ils avaient un sac sur le dos. A ce moment-là, je n’ai pas pensé qu’ils pouvaient être des kamikazes. Je me suis dit “ce sont des voleurs. Ils veulent la caisse”. Je me suis dirigé vers eux pour en avoir le cœur net. Et là, ils ont crié “ Allah Akbar ” et se sont fait exploser ” se souvient M’hamed. Ensuite plus rien, voilà l’après…La pièce est plongée dans l’obscurité, envahie par la poussière, souillée de sang et de lambeaux humains. “ J’ai entendu la voix de plusieurs serveurs. Ils me croyaient mort. Ils m’ont dégagé des débris et emmené à l’extérieur. Gisant sur le trottoir à demi-conscient, je me rappelle avoir entendu des cris de panique, de torpeur et de souffrance ”. La première ambulance arrivée sur les lieux de l’horreur conduit M’hamed à l’hôpital Ibn Rochd. Bilan : une mâchoire fracturée, une hanche rompue, présence de corps étrangers, clous et copeaux, dans la chaire meurtrie…A jamais.
Sept jours en réanimation seront nécessaires à la stabilisation de son état. S’ensuit une quinzaine à l’aile quatre, le secteur de l’établissement réservé aux victimes des attentats. À la sortie de l’hôpital, une autre vie, un calvaire commence. Le corps fait souffrir,  physiquement et mentalement. La gravité des blessures nécessite plusieurs déplacements par semaine à l’hôpital. Un rituel hebdomadaire auquel il est contraint encore aujourd’hui. Dans les prochains mois, il devrait subir une greffe. La chaire de son tibia irait combler sa joue gauche déchiquetée.  Les regards portés sur son faciès balafré et morcelé  rappellent à M’hamed qu’il n’est plus le même aux yeux des autres. Lui sait déjà que rien ne sera jamais plus comme avant.
Un bruit, une voix, un geste se transforment en machine à remonter le temps, en madeleine, si chère à Proust. Un biscuit au goût amer qui réveille les maux et rouvre les plaies. “ Il y a quelques temps, j’étais avec des amis lorsque le tonnerre s’est mis à gronder. Je suis devenu tremblant. J’ai cru à un nouvel attentat, j’ai voulu me cacher sous une table, ” rougit M’hamed avant d’ajouter l’air grave “ Mais c’est après les attentats de Madrid que la frayeur m’a envahi. A la vue des victimes madrilènes, je me suis vu et revu. Mes jours et mes nuits sont devenus cauchemars. ”
Aujourd’hui, M’hamed se sent mieux. Un bien-être qu’il attribue à ses proches sans qui il aurait sombré irrémédiablement dans la dépression. L’omniprésence d’un ami ou d’un membre de la famille à ses côtés , leurs mots ou gestes de soutien, sa volonté, et son optimisme, lui permettent d’imaginer à présent un avenir plus serein. Un équilibre qu’il a aussi trouvé en s’investissant dans “ l’Association des victimes et familles des victimes du 16 mai ” (Cf encadré). Jour après jour, avec les autres adhérents, il tente de diffuser des messages de paix et de tolérance pour ne jamais laisser place à l’agressivité et à la haine. Outre les rencontres et les réflexions programmées cette semaine à l’occasion du premier anniversaire du tragique événement, l’Association a tenu à exprimer son soutien à la candidature du Maroc pour l’organisation de la coupe du monde 2010. Un appui auquel M’hamed n’est pas étranger…Le passionné du ballon rond, qui ne peut plus jouer depuis le 16 mai 2003, aimerait, comme “ tous les Marocains, assister à des matchs de football au Maroc. ”  M’hamed attend avec une impatience non dissimulée le verdict de la FIFA, samedi prochain. Un verdict, qui, s’il est clément, pourrait adoucir la douleur de Mohamed et de tous les Marocains. Le lendemain, le Maroc se souviendra qu’il y a un an, le terrorisme a frappé. Il y a un an, c’était avant.

I.O. 

Une assoc’ pour la paix

L’idée d’une association rassemblant les victimes et les familles des victimes du 16 mai a vu le jour environ deux mois après les attentats de Casablanca.
Les procédures administratives ralenties par l’état de santé des concepteurs du projet, l’association a véritablement été créée le 29 janvier 2004. Mais son action a débuté bien avant. L’association a, d’après les fichiers hospitaliers, listé tous les rescapés des attentats. Ces derniers ont été contactés et invités à rejoindre ses rangs qui regroupent aujourd’hui 53 victimes du 16 mai. Elle a organisé des rencontres entre les blessées, auxquelles leurs familles, touchées directement par le drame, étaient conviées. Un suivi médical personnel est aussi établi par la structure associative. Outre ses actions directement liées aux victimes, elle se définit plusieurs objectifs dont : Développer l’esprit de citoyenneté et les valeurs humaines, nier et combattre tout acte de terrorisme, mettre en place des événements culturels et  sportifs.  Dans cette optique et à l’occasion du premier anniversaire des attentats, l’association a organisé “ une semaine de soutien et de solidarité ”, ponctuée de plusieurs manifestations, qui auront lieu majoritairement à Sidi Moumen, quartier de Casablanca qui avait abrité les terrorises. Une façon d’après l’association “ d’établir le dialogue et d’annihiler les amalgames, habitants de Sidi Moumen / terroristes. ”
Manifestations parmi lesquelles…Une conférence culturelle intitulée “ Événements du 16 mai leçons et exemples ” prévue jeudi 13 mai à 19 h00 au siège de l’arrondissement de Sidi Moumen. Le politologue Mohamed Darif, l’ancien conseiller de feu S.M Hassan II Adelhadi Boutaleb, le secrétaire général de la communauté juive du Maroc, Simon Levy, les professeurs Bassima Hakkaoui, Mohamed El Ghayat et Abdelkrim Lamrani animeront les discussions. Le 15 mai, un match amical de football féminin opposera à El Jadida, ville d’origine et domicile de plusieurs victimes, le Hassania de l’ancienne Mazagan à la formation de l’arrondissement de Sidi Moumen. La journée de dimanche sera placée sous le signe de la jeunesse et du renouveau. Les enfants de Sidi Moumen assisteront à une animation clownesque dans la matinée. Un couscous de la paix rassemblera ensuite 200 jeunes de l’école Oued El Makhazine de Sidi Moumen. La semaine se clôturera dans la soirée de dimanche au Complexe culturel de Sidi Belyout.



 

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