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Le PI et l’insertion du Maroc dans la société de l’information et du savoir Libre Tribune

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L’insertion du Maroc dans la société de l’information et du savoir est l’une des priorités du programme économique préparé par le parti de l’Istiqlal à l’occasion de son 14ème congrès qui se tiendra les 28, 29 et 30 mars prochains.

 

En effet, outre le fait qu’elle est dictée par la nécessité d’améliorer rapidement la productivité de nos entreprises à la veille d’une ouverture totale de l’économie marocaine, nous pensons qu’une politique volontariste de développement rapide des nouvelles technologies a le double avantage d’une part de permettre à l’économie marocaine de brûler les étapes de développement, rejoignant ainsi les économies plus développées dans certains segments d’activité, d’autre part d’intégrer une grande partie de la population marocaine, aujourd’hui exclue, au processus de création de richesse. Ce dernier élément est renforcé par la conviction que la population marocaine, jeune et créative, a la particularité de savoir s’approprier rapidement la technologie pour la convertir en activités créatrices de valeur. Il suffit pour s’en convaincre de constater les gains de productivité réalisés par les artisans depuis la généralisation de la téléphonie mobile, ou le volume d’affaires (certes largement du ressort du secteur informel) créé par l’accès des marocains à la télévision par satellite.

Or, force est de constater que le niveau actuel de développement de ce secteur est particulièrement bas : En excluant les télécommunications, le secteur des technologies de l’information ne contribue qu’à hauteur de 0,5% au PIB et emploie seulement 12 000 personnes, en incluant les départements informatiques des entreprises marocaines. Seule 1 entreprise sur 10 et moins de 6 foyers sur 1000 sont connectés à Internet. Le nombre d’internautes est estimé au mieux à 500 000 soit seulement 1,7 % de la population.

Partant de ce constat, le parti de l’Istiqlal pense que des mesures simples et peu coûteuses peuvent avoir des effets importants sur l’ensemble de ce secteur. Plus précisément, nous pensons que la bataille à mener doit se faire simultanément sur trois fronts :

1.L’augmentation de l’utilisation des micro-ordinateurs et d’Internet par les entreprises et les individus

2.L’élargissement du marché domestique et la création de champions nationaux dans le secteur des technologies de l’information

3.Le développement d’une activité exportatrice de services basée sur l’utilisation des technologies de l’information

Toutes les mesures proposées au 14ème congrès du parti de l’Istiqlal et qui constitueront la ligne directrice de la participation du parti à la conduite des affaires publiques pendant les 4 années à venir participent toutes directement ou indirectement à réaliser l’un des trois buts ci-dessus.

 

Augmentation de l’utilisation des micro-ordinateurs et d’Internet par les entreprises et les individus :

La proposition d’annuler la TVA sur les équipements informatiques et les logiciels est une mesure qui devrait avoir un effet spectaculaire sur l’accroissement de l'équipement des consommateurs finaux qui considèrent la TVA comme un coût : les foyers, les professions libérales et l’ensemble du secteur informel. Or, il s’agit précisément de la frange la moins équipée. Le parti de l’Istiqlal estime en effet qu’il y a actuellement 300 000 ménages non équipés et susceptibles de s’équiper rapidement s’ils constatent une baisse des prix de 20% (annulation de la TVA). Nous pensons que cette mesure seule ferait passer les ventes de micro-ordinateurs de 100 000 par an à entre 150 000 et 250 000 par an et permettrait chaque année à entre 50 000 et 150 000 foyers supplémentaires de s’en équiper . Or cette mesure ne coûtera à l’Etat que 30 à 50 millions de DH par an.

L’introduction de la formation par l’outil informatique dans tous les cycles d’éducation est aussi une mesure dont le double avantage est d’une part, de familiariser une large frange de la population le plus tôt possible avec l’outil informatique et d’autre part, de sauver un ensemble de cybercafés moribonds. En effet, nous estimons qu’il y a aujourd’hui au Maroc au moins 10 millions d’heures de connexion invendues par les cybercafés chaque année (qui coïncident souvent avec les heures de classe). Une convention entre les établissements d’enseignement (publics ou privés) et les cybercafés peut permettre d’initier 2 à 3 millions d’élèves à l’utilisation des PC et d’Internet pour un coût total de l’ordre de 50 millions de DH par an.

Enfin, l’accent mis dans le programme du parti de l’Istiqlal sur l’autonomie de l’ANRT, la nécessité de clarifier au plus vite des points imprécis dans la loi (gestion des fonds de service universel, de recherche et développement et d’aménagement du territoire), et la reprise du processus de libéralisation soulignent l’importance accordée par le parti de l'Istiqlal à la mise en place de mécanismes de marché incitant des opérateurs privés ou publics à investir dans les infrastructures et les services de télécommunications. En particulier, il nous semble urgent de fournir aux entreprises des services de transmission de données fiables et peu coûteux en accélérant la libéralisation des télécommunications fixes.

 

Elargissement du marché national et création de champions nationaux

Contrairement à d’autres secteurs, le secteur des Technologies de l’Information au Maroc est exclusivement constitué de PME à la santé financière souvent fragile, alors que d’autres pays avec des niveaux de développement similaire ont réussi, grâce au support étroit de l’État, à créer de véritables champions nationaux comme Raya en Égypte (1100 salariés) ou BFI en Tunisie.

Or, dans la perspective de créer un secteur des technologies de l’information réellement compétitif à l’échelle internationale et capable d’exporter des services, l’existence de sociétés nationales pérennes et de grande taille est une étape incontournable.

A cette fin, le programme économique du parti de l’Istiqlal comprend un certain nombre de mesures capables de stimuler le marché et de renforcer les sociétés marocaines opérant dans le secteur.

Incontestablement, l’exonération de l’Impôt sur les Sociétés en est la mesure la plus spectaculaire. Même si, dans la pratique, sa mise en œuvre risque d’être compliquée (notamment dans la détermination de son périmètre d’application), cette proposition du parti de l'Istiqlal va permettre le renforcement des fonds propres des sociétés existantes et un investissement accru de la part de promoteurs marocains et étrangers dans le secteur des technologies de l’information. Une chose est sûre : la mesure n’est pas coûteuse pour le budget de l’État et représente un manque à gagner initial de l’ordre de 150 millions de DHS/an. Il nous semble que le problème que nous aurons à défendre cette proposition n’est pas tant ce coût, que le principe même de refaire de la politique fiscale ce qu’elle doit être, à savoir un outil au service de la politique de développement économique après des années de gestion purement comptable du budget de l’État.

Par ailleurs, afin de dynamiser le marché national, le Parti de l'Istiqlal pense que l’Etat doit multiplier les projets d’administration électronique, sur le modèle des projets réussis de l’Administration de Douanes et de la CNSS. Le financement de ces projets peut être fait par des mécanismes de partenariats privés-publics et de systèmes de concessions comme suggéré il y a déjà deux ans par l’APEBI, association marocaine des professionnels des technologies de l’information. De plus, l’État doit pratiquer la préférence nationale dans la sélection des prestataires dans ce domaine et imposer un minimum de valeur ajoutée marocaine dans ses différents appels d’offres.

 

Développement d’une industrie exportatrice

Les technologies de l’information créent des opportunités de création d’emplois et d’exportation de biens et services de manière directe et indirecte (directe, comme par exemple le développement de logiciels et la délocalisation d’usines dans le secteur technologique, indirecte comme par exemple les téléservices).

Le Maroc arrive tard sur ce marché et avec des handicaps réels par rapport à des pays comme l’Inde, les Philippines, la République Tchèque ou la Hongrie : nombre limité de ressources humaines qualifiées , coûts élevés (ressources humaines, télécoms), positionnement marketing inexistant et vide juridique.

Afin d’augmenter la capacité de traitement du Maroc et d’empêcher une inflation sur les salaires des ingénieurs et techniciens des technologies de l’information qui se fait déjà ressentir, le parti de l'Istiqlal dans son programme économique propose de multiplier par 4 en 4 ans le nombre de lauréats des technologies de l’information pour atteindre le chiffre de 10 000 diplômés par an, et de mettre l’accent sur la reconversion des diplômés chômeurs vers des métiers de téléservices.

De plus, afin de rassurer les opérateurs étrangers, qu’ils soient clients ou investisseurs, et d’encourager l’initiative privée dans le domaine, le parti de l'Istiqlal propose d’accélérer la mise à niveau de l’arsenal juridique (protection des informations numériques, commerce électronique, répression des fraudes électroniques).

Ainsi, les propositions du parti de l'Istiqlal pour faire entrer le Maroc dans la société de l’information et du savoir sont le fruit d’une vision claire des buts à atteindre et sont constituées de mesures précises, peu coûteuses et susceptibles de dynamiser un secteur qui, malgré de nombreuses déclarations d’intention, demeure sous-développé et sous-performant. Il faut donc maintenant espérer que ces mesures soient entérinées par le quatorzième Congrès, puis progressivement implémentées à travers la représentation du parti de l'Istiqlal au Parlement et au gouvernement.

Ismaïl Douiri*

 

* M. Ismaïl Douiri est membre de la Commission Économique du parti de l’Istiqlal



 

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