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Le Maroc en panne d’idées et de mobilisation

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Comment analyser aujourd’hui, quatre mois après la désignation du gouvernement de M. Driss Jettou, la situation que vit le Maroc ? Est-il d’ailleurs utile de le faire alors que la presse, dans sa grande majorité, a largement évalué les premiers résultats (et les premières déceptions) des 100 jours de l’actuel gouvernement ?

 

À hue et à dia

 

Force est pourtant de reconnaître qu’il s’agit là d’une œuvre utile, voire nécessaire, afin que chacun puisse déterminer, en pleine connaissance des choses, sa responsabilité dans la perpétuation de ce climat de morosité et de démobilisation qui affecte l’opinion publique dans sa grande majorité.

Il est pourtant indéniable que le gouvernement a réellement pris en main les destinées publiques, en s’attelant activement à la réalisation d’un programme conforme aux grandes orientations et priorités royales. Mais on a le sentiment vivace qu’il ne s’est pas encore produit ce déclic psychologique sans lequel tout retour de la confiance est impossible, tandis que l’on se perd en conjectures sur les causes et raisons de certaines crispations particulièrement maladroites.

Le premier point qui, indéniablement, a suscité le désarroi est le manque de cohésion qui a pu s’exprimer au moment de la présentation du projet de Loi sur le terrorisme.

Mauvaise coordination, déclarations intempestives et solitaires de certains ministres, mutisme de quelques grosses pointures gouvernementales ont particulièrement caractérisé la démarche de l’équipe Jettou, au point où l’on a pu croire que l’activisme de quelques dizaines de personnes et la mauvaise foi de certains milieux politiques rétrogrades allaient entraîner la mise sous le boisseau d’un texte crucial pour la pérennisation des institutions et la démocratie au Maroc. D’aucun ont même pensé que le processus qui avait abouti au sabotage du Plan d’Intégration de la Femme, cher au courageux Mohamed Saïd Saadi, allait se reproduire, du fait de l’alliance objective entre des opposants solidement installés dans les travées du Parlement et d’autres, pourtant membres de la coalition gouvernementale.

Ce sentiment, d’ailleurs, a été d’autant plus ressenti que le Premier ministre, chef de la majorité, a préféré adopter l’attitude de Ponce Pilate, laissant les ministres et parlementaires de l’Union Socialiste défendre bec et ongles un projet qui, nous le savons tous, répondait au vœu des plus hautes autorités du pays. Et, plutôt que de réagir vite et fort en reconnaissant les failles, lacunes et insuffisances d’un texte qui pouvait (et devrait être) amendé, on a laissé se développer un discours pernicieux et mensonger qui tentait d’accréditer que le projet de Me Bouzoubaa était attentatoire à la démocratie !

Ce dérapage du gouvernement Jettou a eu pour conséquence de montrer le manque de maturité politique qui, sans doute, caractérise cette équipe et accrédite encore plus dans l’opinion publique l’idée que la technocratie n’est pas apte à redonner confiance aux citoyens.

La seconde initiative malheureuse a été celle de l’arrestation et de la présentation à la Justice d’un groupe de jeunes Casablancais, musiciens pour la plupart, accusés de mauvaises mœurs, de comportements déviants et de violation des prescriptions de notre religion musulmane.

 

Une équipe sans supporters ?

 

Si l’on n’avait pas été dans ce Maroc du vingt et unième siècle, on aurait pu croire qu’il s’agissait là d’une procédure digne des procès contre les " houligans " de l’époque stalinienne en Union soviétique, voire de ceux, aussi célèbres, contre les sorcières de Salem, sur la côte Est des Etats-Unis au dix-huitième siècle !

Outre le fait que cette démarche a eu pour conséquence d’introduire des traumatismes majeurs au sein d’une bonne partie de la jeunesse marocaine (sachant que les inculpés ne sont pas des " fils à papa "), l’emprisonnement et le refus de la liberté provisoire pour des marginaux quelque peu paumés mais inoffensifs, a révulsé une fraction importante des classes moyennes du pays qui ne comprennent pas le sens de la démarche officielle.

Présentée comme une volonté d’équilibre en les milieux rétrogrades et les modernistes, après les interpellations d’islamistes qui voulaient empêcher la tenue du spectacle d’un humoriste français, la procédure contre les " rockers de la FOL " est en fait une concession indiscutable aux milieux les plus conservateurs. Ceux-ci, d’ailleurs, ne cachent pas leur satisfaction alors que le Gouvernement Jettou (et ceux qui le soutiennent politiquement) sont en train de perdre leur dernier carré de fidèles au sein d’une opinion publique complètement déboussolée par de telles initiatives, et cela à quelques mois des élections communales !

Pratiquer ainsi la politique du balancier n’est pas, en l’occurrence, la bonne option car nulle comparaison ne peut être faite entre le dynamisme et la volonté de conquête des réactionnaires et la mobilisation toujours faible et partielle des forces de progrès.

On a pu en avoir une nouvelle et éloquente preuve lors des manifestations de soutien avec le peuple irakien à Rabat, puis Casablanca, à l’occasion desquelles tous les observateurs ont remarqué la forte présence des troupes islamistes, unies, ainsi que la relative mobilisation des progressistes et des démocrates. Ce constat, pourtant, ne signifie nullement que le camp des " modernistes " est plus faible, certes, mais qu’il n’est pas en mesure d’exprimer toutes ses potentialités, du fait, sans doute, de l’absence de charisme de ceux qui occupent aujourd’hui le devant de la scène politique démocratique et progressiste.

 

Ni idées, ni hommes

 

Cette réalité, triste, détourne les couches les plus conscientes de la chose politique, renforce le camp des passéistes et obère peut-être le futur démocratique du Maroc !

Aujourd’hui en effet, et comme le prouvent plusieurs indications, le camp démocratique est tout autant en panne d’idées mobilisatrices qu’en pénurie de leaders.

Même si des efforts conséquents sont déployés pour mettre fin à la morosité qui étreint depuis longtemps les opérateurs économiques et les investisseurs, même si une plus grande visibilité a été dégagée avec la présentation des priorités gouvernementales, ni M. Jettou, ni les dirigeants de la coalition majoritaire ne sont en mesure de galvaniser les foules. Et, tandis que le Premier ministre se cantonne dans son rôle, strict, de gestion de l’entreprise " gouvernement ", en bon père de famille certes, les dirigeants de l’arc patriotique brillent par leur passivité, quand ils ne traînent pas des casseroles particulièrement difficiles à faire oublier ( Cf. l’affaire de l’ANAPEC).

C’est dans ce contexte que se multiplient les assauts contre les institutions, l’État et ses plus hauts responsables, et se développe une atmosphère délétère qui encourage les forces les plus conservatrices à relever la tête et à exprimer leur ambition d’une prise du pouvoir par le chemin qu’elles fermeront ensuite aux autres, celui de la démocratie et du suffrage universel.

Certains vieux briscards de la politique ne s’y trompent guère, eux qui, à l’image de Me Boucetta, font ouvertement la pige pour le PJD dans le cadre du projet de révision de la Moudouwana, tandis que d’autres, autrefois pistoleros blanquistes, tiennent littéralement la main aux leaders d’Al Adl Wal Ishassane…

Aujourd’hui, alors qu’il est possible de faire descendre dans la rue des centaines de milliers de citoyens pour l’Irak, personne ne se risquerait, sans doute, à imaginer une telle initiative pour le Maroc !

En 1975, feu SM Hassan II lançait 500 000 Marocains sur les pistes du désert pour la Marche Verte.

Le Maroc de 2003 a besoin d’un tel projet.

Fahd YATA



 

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