Une dépêche d’agence retrace le profil et les sympathies avouées des différents votants de la FIFA et voilà la réaction contraire qui se produit, grâce à la magie de savants calculs arithmétiques et de supputations politico-diplomatiques dignes du Café du Commerce.
Mais en réalité, nul ne sait aujourd’hui quelles sont les réelles chances des uns et des autres dans cette compétition particulièrement ouverte pour la désignation d’un pays africain organisateur de la plus grande manifestation sportive au monde (avec les J.O, bien sûr).
La divine surprise sera peut-être au rendez-vous, à moins qu’une cruelle douche froide ne vienne, au soir du 15 mai (un samedi !), glacer définitivement une fièvre que d’aucuns entretiennent depuis quelque temps.
Plutôt donc que de tomber dans l’emphase, au lieu de jouer les Cassandre, on essaiera de relever quelques évidences qui, dans l’un ou l’autre des cas, seront toujours valables après le conclave de Zurich.
Avec ou sans coupe du monde de football, la vie continuera, et ce truisme, (qui vaut ce qu’il vaut…), s’adresse à tous ceux qui avancent que la destinée du Maroc sera radicalement modifiée en cas de désignation du Royaume en tant que pays organisateur.
Certes, il est indéniable que cette hypothèse donnera au pays et à son économie de formidables opportunités de croissance, de développement, d’investissements et de mise à niveau. Mais, avec ou sans Blatter et ses pairs, il s’agit de considérer que notre pays a, hic et nunc, fortement besoin d’une mobilisation tous azimuts pour faire face aux très nombreux défis qui nous interpellent. Ils sont politiques, institutionnels, religieux, sociaux, culturels, éducationnels, civiques, sanitaires, etc.
Et la grande question qui se pose aujourd’hui est de savoir pourquoi attendre d’un phénomène exogène les raisons et les moyens de mobiliser, d’enthousiasmer et de motiver le peuple marocain pour réussir ce pari du développement, de la croissance, de la création de richesses, de la modernité, de la pérennité institutionnelle et démocratique.
S’il y a tant d’espoir dans l’attribution de ce formidable privilège au Maroc serait-ce, parce qu’aujourd’hui, personne n’est capable d’insuffler un tel élan à notre peuple ?
Il serait aussi regrettable que dangereux de croire en cette idée, même si l’absence crasse de crédibilité de la classe politique " classique " est devenue une vérité majeure, illustrée notamment par le fait qu’un parti réactionnaire et passéiste comme le PJD se présente (et est présenté, ce qui est plus grave encore) en éventuel et futur acteur gouvernemental !
Avec ou sans Coupe du Monde donc, la solution de nos problèmes passe et passera par la sérieuse et volontaire prise en main de notre destinée nationale, en comptant sur les réelles potentialités humaines du pays, et qui, le plus souvent, ne sont ni dans les états-majors partisans, ni dans les salons huppés, ni sur les bancs parlementaires.
Le 15 mai 2004 arrivera, passera, le Maroc, lui, demeurera, avec ses urgences, ses priorités, ses exigences.
On souhaitera, pourtant, qu’il ait l’occasion de montrer à la face du monde ses capacités et sa détermination en remportant le vote de la FIFA.
Car " il le vaut bien " !
Fahd Yata