D’emblée, l’expression « transition démocratique», prise dans son sens littéral, signifie apparemment le passage, au sein d’une société, d’un état de choses qui ne serait pas démocratique vers un état de choses qui, lui, le serait. Cette expression n’est pas sans évoquer une autre expression qui était utilisée durant les années 1960, 70 et 80: «pays en voie de développement». Ce serait des pays en transition, là aussi, d’un état de choses qualifié de sous développement vers un autre état de choses qualifié, lui, de développement. Toute transition démocratique donc ne peut être que provisoire puisqu’elle prépare et ouvre la voie à l’instauration d’une démocratie. Au Maroc, si l’alternance a constitué en soi un événement majeur, dans la mesure où certains partis rejetés dans l’opposition depuis 1960 se sont vus confier des responsabilités ministérielles, voire la direction de l’exécutif, était-elle un signe fort envers la démocratisation des institutions politiques du Maroc? Une transition démocratique n’implique-t-elle pas l’existence d’un ambitieux projet de réformes politiques élaboré par les principales forces politiques et associatives du pays, qui s’accompagne, bien sûr, de réformes économiques et sociales? Aujourd’hui, le gouvernement marocain constitué en 2002 entame une autre étape qualifiée de poste-alternance. Qu’a-t-il, en fait changé depuis, dans les rapports autorité/liberté, gouvernants/ gouvernés...? En plus des changements éventuels dans les rapports entre les différentes institutions politiques du pays, y a-t-il eu un bouleversement dans le champ politique marocain? La réponse de l’Observatoire créé en 2001 affiche de l’optimisme à ce sujet. « Globalement, l’on a pu remarquer une certaine dynamique au niveau de la transition politique au Maroc», souligne M. Mohamed Sghir Jenjar, universitaire. Toutefois, trois domaines ont constitué l’essentiel de l’étude de ce rapport: l’éducation, les modes de contestations (manifestations, sit-in et occupation des espaces publics) et l’alphabet amazigh en tant qu’enjeu de l’institutionnalisation de la diversité linguistique et culturelle. L’idée par ailleurs, de dresser un rapport annuel sur la transition politique a nécessité une durée de deux ans. Au cours des travaux de recherches, certains obstacles ont rencontré l’Observatoire dans la mesure où il s’est avéré extrêmement délicat de faire la part des choses entre le politique et le scientifique. L’accès à l’information a constitué également un grand obstacle pour les travaux de l’Observatoire. « Mais, nous avons fait de notre mieux pour laisser de côté nos convictions idéologiques et nous pencher sur une étude scientifique et objective des données politiques et constitutionnelles du Maroc», a précisé M. Jenjar et d’ajouter que ce rapport annuel 2003 ne présente pas de résultats d’autant plus qu’il dévoile des indices permettant d’en déduire des conclusions aussi bien positives que négatives. «Le rapport s’est basé sur la présentation d’indices pour savoir s’il y a des avancées ou des reculs, s’il y a transition politique ou pas. Il est difficile de déclarer des résultats définitifs au sujet de la transition politique tant que les discussions et débats perdurent autour de la transition démocratique elle-même, de l’alternance, du libéralisme... Donc, à partir des indices que présente le rapport, l’on peut bien tirer d’énormes conclusions. Je pense même qu’il est inconcevable de prétendre à des résultats positifs ou négatifs dans un moment où nous avons encore besoin d’une véritable connaissance de l’environnement politique et institutionnel que vit le pays», conclut-il. « Un travail modeste, mais qui constitue une expérience-pilote pour les années à venir», dit-on au Forum Citoyenneté.
H.Z.