La Koutla, alliance des principaux partis nationaux, serait en train de renaître de ses cendres. C’est le cas de le dire à l’heure des concertations et des contacts entre les partis du Bloc Démocratique, à savoir l’USFP, l’Istiqlal et le PPS. Couronnement d’un long parcours «d’officialisation», ce pôle vient, semble-t-il, de décider de franchir le pas en essayant, de nouveau, de se réorganiser. Une manière, aux yeux de ces formations, d’adapter leur démarche aux nouvelles donnes du contexte politique national. L’enjeu change donc de nature. Un climat d’entente plane à l’horizon. La Koutla fait actuellement preuve de nouvelle tactique. Question de revoir les démarches et de gérer l’unité et les divergences.
Les résultats spectaculaires des communales 2003 ont plongé un certain nombre d’observateurs et de chercheurs dans l’analyse la plus profonde des causes, des circonstances et des chemins à suivre. Sur le tapis, bien sûr, le devenir des partis de la Koutla. Les débats se relancent et les questions se multiplient: Quel projet de réforme pour cette alliance? Quelle forme pourrait prendre l’union souhaitée entre ses composantes? Quel rôle peut-elle jouer en cette période marquée par une absence d’enjeux électoraux? Simple coïncidence, ces interrogations interviennent au moment où l’on ne cesse d’évoquer un éventuel remaniement ministériel au sein du gouvernement Jettou. Sur ce point, M. El Yazghi, Premier Secrétaire de l’USFP, est on ne peut plus clair. Dans l’entretien accordé à La Nouvelle Tribune, il a déclaré que « La réunion de l’instance supérieure de la Koutla qui s’est tenue le 18 mars dernier a confirmé la convergence des partis démocratiques dans l’analyse et les positions sur la situation actuelle. La réunion qui n’était pas conjoncturelle a procédé à l’analyse de la situation politique, socio-économique et culturelle, l’action commune des partis qui la composent, en vue d’enraciner le choix démocratique, mobiliser les forces vives du pays autour du projet démocratique et moderniste conduit par sa Majesté le Roi, et confirmer également leur engagement dans l’action menée par le gouvernement de M. Driss Jettou à la lumière du programme de réformes qui doit être poursuivi, soutenu et développé». Lors de cette réunion, les partis de la Koutla, l’USFP, PI et PPS, se sont mis d’accord sur le fait que celle-ci demeure un cadre approprié en vue d’appuyer les conditions susceptibles de faire réussir ce projet. Les directions des trois formations ont décidé de convoquer des commissions de travail communes, pour se concerter et élaborer les mesures à même de traduire dans les faits les orientations susceptibles de mettre en oeuvre les objectifs de la Koutla.
En définitive, avec cette volonté de faire renaître le Bloc Démocratique, les choses devraient aller plus vite, à moins que certains «trouble-fête» ne décident autrement. La gestion de cette alliance ne doit plus être comme avant. Le parcours politique du Maroc devrait normalement constituer une raison pour la mettre au diapason des réalités socio-politique d’un pays qui ne cesse de s’ouvrir sur le monde. L’heure n’est plus aux calculs égoïstes, aux ambitions personnelles et aux visées carriéristes. Le Marocain comprend parfaitement aujourd’hui les enjeux s’il est devant un discours clair et des propositions réalisables.
H.Z.
Trois questions à M. Khalid Naciri, membre du B.P du PPS
« Il n’y a pas de place pour le terrorisme intellectuel dans ce pays»
La Nouvelle Tribune: Quelle lecture faites-vous de la campagne de dénigrement que vient de connaître le PPS ?
M. Naciri : En réalité, nous sommes surpris de l’ampleur démesurée que cette affaire a prise. Nous nous interrogeons et nous avons pu arriver à quelques premières estimations. Notamment, cela entre dans le cadre d’une entreprise de déstabilisation de l’actuelle majorité parlementaire qui se trouve à la base de la majorité de la coalition gouvernementale. Nous avons assisté à un tir-de-barrage systématique contre Nabil Benabdellah, ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement et membre du B.P du PPS, d’une manière indécente. Car totalement injustifiée, il lui a été reproché pratiquement que les deux chaînes nationales de télévision ne se soient pas trouvées à Al Hoceïma aux premières heures du sinistre qui s’est produit dans cette ville. De toute évidence, cela ressemble à des règlements de comptes plutôt qu’à un simple reproche. Les faits ont été totalement dénaturés en vue de déstabiliser ce ministère et par conséquent déstabiliser le gouvernement dont Nabil Benabdellah est Porte-parole. Cela ne faisait strictement aucun doute pour nous. Car tout simplement, cela ne vient que confirmer beaucoup de signes avant-coureurs. D’abord il faut dire que certaines presses avaient commencé depuis longtemps une campagne contre le gouvernement et contre le Premier ministre. Le second élément se situe au niveau d’une démarche de dénaturation et de désinformation par rapport à tout ce qui se fait par ce gouvernement. L’accent étant systématiquement porté sur les défaillances qui sont, d’ailleurs vraies, de cette équipe exécutive. Mais, ce qui est contestable, c’est que cette campagne de dénigrement menée par un certain nombre d’organes de presse et qui a atteint sont point culminant avec la fabrication d’un dossier de toute pièce dans lequel l’on a fait porter chapeau à Ismaïl Alaoui, S.G du parti, en mettant en exergue ses propos qui ont été complètement dénaturés et exploités hors-contexte pour faire croire que le PPS est une espèce de 5ème colonne qui déstabilise la Monarchie. Malheureusement tout cela s’est développé sur fond d’agitation de la part d’un certain nombre de composantes de la majorité. Et je le dis en toute responsabilité: les composantes de la majorité qui ont exprimé, d’une manière plus bruyante que discrète, certaines prétentions sur la base d’une analyse numérique de la carte parlementaire pour donner l’impression que l’on pouvait imaginer l’hypothèse d’un recentrage de la carte politique. Par conséquent, une recomposition de la majorité. Au PPS, nous avons considéré que cela ressemble à une dérive dangereuse et qu’il convenait de tirer la sonnette d’alarme. Nous pensons qu’il n’y a pas de place pour le terrorisme intellectuel dans ce pays. Certains milieux ont tiré à boulets rouges contre le PPS, car ce parti avait osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, à savoir qu’il y a péril en la demeure.
Est-ce que Nabil Benabdellah personnifie le PPS ?
Nabil Benabdellah est un militant totalement fidèle à son parti. Il lui a beaucoup donné et son parti lui a également beaucoup donné. C’est le cas notamment de centaines, sinon de milliers de militants dans cette formation. Le PPS est justement personnifié par l’ensemble de ces militants. Il se trouve qu’aujourd’hui que ce ne sont pas ces milliers de militants qui sont à la tête du département de la Communication et il est évident que lorsqu’on voit Nabil Benabdellah s’exprimer, on voit en lui non seulement le ministre de la communication ou le Porte-parole du gouvernement, mais également le membre du B.P du PPS qui s’exprime généralement d’une façon aussi rigoureuse que possible. Car, telle est la formation que nous avons tous reçue au sein du PPS.
Certains partis amis du PPS, en particulier, ceux formant la Koutla, ne se sont pas montrés solidaires avec votre formation. Comment expliquez-vous cette situation?
D’abord, nous n’avons pas sollicité leur aide. Nous pensons que nous n’étions pas en péril. Le PPS n’a strictement aucune angoisse existentielle ou politique. Il assume son rôle. C’est en quelque sorte son statut historique consistant à jouer ce rôle de précurseur, d’annonciateur et d’anticipateur et nous sommes en train de le faire. Il nous arrive parfois de perturber le ronronnement général du pays et de surprendre par notre tonalité iconoclaste. Nous pensons que nous faisons notre devoir, nous avons l’habitude de le faire, et beaucoup de ceux qui nous observent considèrent que nous n’étions pas à côté de la plaque.
Propos recueillis par
Hassan Zaatit