Nous avons tous en mémoire la mise à mort médiatique de l’humoriste français Dieudonné Mbala Mbala. Celui-ci, croyant qu’il pouvait exercer son métier de saltimbanque, rire de tout le monde et le mettre dans le même sac, s’est vu " rappeler à l’ordre " en découvrant que les juifs constituaient un ensemble à part, intouchable, même, surtout, en matière d’humour. Et pourtant, la chute finale de son sketch sur France 3, en novembre dernier dans l’émission " On ne peut pas plaire à tout le monde " (un titre qui a finalement dû être choisi à la hâte) s’en prenait au sionisme et à la politique actuelle du gouvernement de Sharon. Il avait, dans une logique humoristique appelé les gens " bien " à rejoindre l’axe du bien américano sioniste et terminé par un " Israheil ! " en imitant le salut nazi. Il avait là signé son arrêt de mort professionnel.
La rédaction de FrancE 3 fut inondée de SMS " d’indignation ", mais aussi de propos clairement racistes à l’endroit des Noirs. L’establishment s’y mit en l’assignant en justice pour propos racistes, car l’establishment actionne en justice, laissant donc aux troupes de base le soin, anonyme, de proférer les insultes que l’on peut imaginer. Depuis, Dieudonné n’a pu se produire dans différentes villes de la République française, dont l’Olympia, les autorités, bien entendus inspirés par des directives " d’en haut ", se prévalant du classique motif de "risque de trouble de l’ordre public. A ce jour, l’humoriste afro- français se pose des questions sur les moyens de sa subsistance, en attendant l’audience d’avril. Pour terminer, rappelons que l’animateur de l’émission, M. Fogiel a dû présenter des excuses très plates, devinez à qui, et promettre qu’on ne l’y reprendra plus.
Cette affaire, car c’en est une, est intervenue après une autre, qui avait mis en cause Tariq Ramadan, professeur et prêcheur Suisse d’origine égyptienne et qui avait reproché à certains intellectuels français, dont des Juifs, des réflexes communautaires, que cache mal leur universalisme apparent, notamment s’agissant du conflit israelo plaestinien. Mal lui en prit. On vit pratiquement en lui un suppôt du terrorisme islamique, et, surtout, un apologiste de l’...antisémitisme.
La question palestinienne (encore elle) a, à force, fait sortir de ses gonds Edgar Morin, penseur et sociologue français (à 100 %...), qui, dans une libre opinion dans le quotidien " Le Monde " en juin 2002, s’est " permis " de se poser la question : Comment un peuple autrefois humilié, persécuté, ghettoïsé, en est arrivé à devenir le bourreau d’un autre peuple ? Ce fut pour lui la question de trop. Il fut attaqué en justice, ainsi que les deux cosignataires de cette opinion pour " diffamation raciale " et autre " glissement sémantique " de Juifs israéliens à Juifs en général. Le directeur de publication du journal, J.M Colombani, est également poursuivi ès qualité. L’audience a eu lieu le 17 mars dernier.
On assiste à une véritable stratégie de dissuasion à l’encontre de quiconque ose critiquer les forfaits de l’Etat d’Israel en Palestine, en faisant valoir que toute critique de cet Etat, né d’une spoliation comme chacun sait, est une atteinte à la judaïté, assimilée à du racisme, etc.
Des personnalités peu suspectes d’antisémitisme, comme Théo Klein, ancien président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, sont intervenues pour affirmer qu’il n’y avait pas matière à poursuite. Mais malheureusement, de telles voix ne sont, dans le tintamarre orchestré par des bellicistes, pas très audibles.
Israël devient ainsi le seul pays au monde qui ne peut souffrir aucune critique, lui que ses promoteurs ont toujours tenté de présenter comme un Etat normal, qui a sa place dans le concert des Nations... En cherchant de façon obsessionnelle le glissement sémantique et en s’érigeant, en connaissance de cause ou pas, comme défenseurs de l’occupation, les lobbies qui se cachent derrière les associations de défense du " sémitisme " montrent finalement qu’ils ne font pas seulement que défendre les Juifs mais aussi une politique d’apartheid pratiqué contre un peuple sur sa propre terre. De là, on est obligé d’en conclure qu’ils sont soit manipulés par les milieux sionistes, soit qu’ils le sont eux-mêmes, en perpétuant une idée centrale de cette idéologie : tout sioniste est Juif, et tout Juif doit devenir sioniste. Et çà c’est une sorte d’universalisme... communautaire.
Khalid Amaly