C’est un fait. Abdelmoughit Slimani et Abdelaziz Laâfoura ont droit à la présomption d’innocence. Mais, d’ores et déjà, les craintes de voir d’éventuels scandales révélés au grand jour donnent des sueurs froides à plus d’un responsable et plusieurs hommes d’affaires. Les poursuites engagées contre Slimani, Laâfoura et cie ne sont que le début d’une série d’affaires qui devront resurgir parallèlement ou dans le cadre de leur procès. Ce dossier n’est pas un simple fait divers ou une affaire ordinaire qui prendra fin avec la prononciation du verdict de la Cour à l’encontre des prévenus. Bien au contraire, cette affaire dépasse de loin l’aspect judiciaire. Elle devrait être à l’origine de tout un processus de réflexion sur un système de gestion communale et territoriale dont les énormes failles ont été relevées à l’occasion de l’enquête menée par les services de la BNPJ. De l’avis d’un observateur, lorsqu’on parcourt le récit détaillé et fastidieux des actes reprochés aux accusés, l’on est littéralement sidéré par une absence totale de retenue. Des responsables locaux qui auraient agi avec la certitude éhontée et inébranlable d’une impunité acquise: ils n’auraient pas imaginé un instant qu’ils pouvaient être rattrapés par leurs présumés méfaits, que les services de l’ordre et la Justice pouvaient s’intéresser à leurs présumés stratagèmes. Un épisode judiciaire éclate. Deux noms sont sur toutes les lèvres, Laâfoura et Slimani, respectivement ancien gouverneur de Ain Chock-Hay Hassani à Casablanca et ex-Président de la Commune urbaine des Roches Noires. Le dossier sur lequel la BNPJ a passé plus de huit mois, est accablant. Ainsi le projet du complexe résidentiel Ouled Ziane révéla qu’il a été procédé à l’ouverture d’un compte spécial afin de faciliter le détournement des budgets qui lui sont alloués. Ce qui avait permis, selon le rapport de la BNPJ, aux prévenus de transférer un montant de l’ordre de 16 millions de Dhs, qui était alloué avant 1989 à un autre projet à savoir la construction de l’hôtel Palace à Casablanca. Un transfert qui s’est fait contrairement à la loi et aux règlements en vigueur. Dans le même ordre d’idées, il a été reporté que de 1989 à 1999, il y aura 12 décisions de changement dans le programme de l’exécution de ce compte spécial ratifiés sur une simple demande de Slimani. De 1989 à 1992, le budget alloué au projet Ouled Ziane passera de 192 millions de Dhs à plus de 560 millions de Dhs sur une simple décision de Slimani en dehors de toute délibération du Conseil communal. Après les projets de Ouled Ziane et Fouarat, le rapport de la BNPJ transmis au Procureur du Roi auprès de la CSJ, relate des faits d’une autre affaire concernant une partie des mis en cause. Selon ce rapport, l’homme d’affaire suisse, a également introduit une plainte à l’encontre de Slimani, de Lahcen Haïrouf, ex-Président du Conseil communal à Aïn Sebaâ et Laâfoura. Dans ce rapport, Slimani serait, avec la complicité de Laâfoura, intervenu auprès de Haîrouf afin que Helvetica, l’entreprise gérée par Lovat, puisse remporter l’appel d’offres concernant la construction du siège de la Commune urbaine de Aîn Sebaâ. Le projet était doté d’une enveloppe de 42 millions de Dhs, dont 5% promis par Slimani à Haïrouf si le marché était attribué à Helvetica. Pour ce faire, poursuit le rapport, et en sa qualité de Président du Conseil communal, il a fait préciser à Lovat que l’offre que ce dernier devait faire ne devrait pas dépasser les14 millions de Dhs afin que son entreprise décroche le marché. Helvetica, remporte le marché et l’ex-gouverneur de Ain Chok Hay-Hassani aurait empoché près de 700.000 Dhs. Il promettra après à Slimani et à Haïrouf qu’ils auront chacun leur part du gâteau lorsque la deuxième tranche du marché aura été conclue. Chose qui n’a pas eu lieu en raison du changement du Conseil Communal. L’enquête de la police révélera que le marché 30/94 fût accordé à l’entreprise de Lovat sans aucun respect des procédures et des conditions prévues par la loi. Lahcen Haïrouf avouera devant la police que l’ouverture des plis avait eu lieu au siège de la préfecture. Une procédure contraire à la loi qu’il justifia par le fait qu’il ne pouvait pas s’opposer à Laâfoura qui jouissait, selon lui, d’un grand pouvoir. Selon les aveux de Haïrouf, trois personnes seulement avaient assisté à la réunion tenue au siège de la préfecture de Aïn Sebaâ à laquelle il avait été convié sur «ordre» de Laâfoura à savoir lui-même, le S.G de le préfecture Abdelhak Kacimi et le chef du service des Collectivités Locales, El Hafiane Taâlouchte. Durant cette réunion, les plis seront ouverts en l’absence de toutes les personnes qui doivent y assister selon la loi...
Comme on le voit, l’affaire promet de sérieux rebondissements au vu des autres dossiers sur les lesquels les enquêteurs travaillent encore. Il s’agit notamment, de ceux du marché de gros, des abattoirs, de la gare routière Oulad Ziane...Le juge ne dispose, en effet, que d’un délai de six mois maximum pour instruire ce dossier...pas comme les autres! Affaire à suivre.
M.K.