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M. Jettou galvanise les troupes patronales Gouvernement - Patronat

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La rencontre entre la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) et le Premier ministre, qui a eu lieu le vendredi 21 février 2003 à Casablanca, a redonné un regain de confiance aux opérateurs. Des chantiers importants sont entamés. 

On aurait pu confondre la rencontre du Patronat et du Premier ministre, coïncidant avec les100 jours du Gouvernement, à un duel à fleuret moucheté, tant les deux parties ont dit en termes très soft ce qui leur tenait à cœur pour la même cause: la croissance économique du pays. La communauté des opérateurs privés, qui étaient entre 750 à 800, s’est réjouie de l’arrivée d’une telle équipe composée de technocrates rompus aux affaires. Malgré tout cela, elle n’a pas mâché ses mots, devenant vindicative par moment. En effet, les opérateurs n’ont pas attendu que le Premier Ministre, M. Driss Jettou dresse son bilan pour exiger tout un train de mesures, un bréviaire des attentes où revenaient sans cesse les appels: «nous attendons», «nous souhaitons», «il faut», «nous voulons», «nous appelons de tous nos vœux», ... Mais ce gouvernement qui a montré qu’il sait très bien où il se dirige a pratiquement répondu point par point aux demandes des décideurs du privé avant de les «secouer», leur signifiant les responsabilités leur incombant dans ce que le Premier ministre a nommé le projet collectif. Cependant, face à certaines doléances, le Chef du gouvernement a conjugué tous ses verbes au futur, ne faisant que des promesses.
Il faut noter que loin d’être dans une logique de confrontation, le gouvernement comme la CGEM se sont mis d’accord sur l’accélération du rythme des réformes. En effet, quand il faut aller à l’essentiel et vite, il n’y a pas d’autre alternative que de se mettre au travail d’arrache-pied! C’est ce qui a fait prendre à la rencontre, entre le Patronat et le Premier ministre, une connotation de course de vitesse ou d’accélération ou d’endurance où l’on ne faisait allusion qu’au rythme, à la cadence ... Par moment le Premier ministre a ironisé demandant au Chef de file du Patronat s’il était capable de suivre, tant les réalisations et réformes vont bon train.
L’assemblée a tout d’abord entendu les attentes et suggestions de M. Hassan Chami, le Président de la CGEM avant que M. Jettou annonce les réalisations et les mesures de son équipe. Suivant les secteurs, les ministres Mossadeq, Oualalou, Ghallab, Douiri, Hjira... se sont relayés pour expliciter les différentes orientations (nous y reviendrons ultérieurement). Enfin M. Larbi Bencheikh, Directeur de l’OFPPT (formation professionnelle), et Othman Benjelloun, Président du Groupe BMCE Bank sont intervenus pour signifier leur appui total pour relever le défi de la modernisation et de la croissance. Enfin les conventions furent signées pour instaurer des mécanismes de financement et de garantie qui répondent aux besoins exprimés par les entreprises dans le cadre d’un partenariat tripartite (Etat-Banques-Entreprises)

Sans ménagement

S’adressant en langage télégraphique à M. Jettou, M. Chami a adressé des messages dont le premier est leur joie quant à sa nomination à la tête du gouvernement. Le second a trait à l’importance de l’audience qui dénote de la croyance ferme des opérateurs au développement économique du pays et aux atouts des produits marocains. Cette assemblée ne doute pas, soutient-il, que le gouvernement est à même de relever pendant cette période quinquennale les entraves qui, aujourd’hui, tirent vers le bas le taux de croissance de l’économie marocaine. «C’est la conviction, chevilles au corps, des chefs d’entreprises que le Maroc a des atouts à faire jouer, des potentialités pour s’intégrer dans l’économie mondiale, et que le pays a les hommes qu’il faut pour s’intégrer dans l’économie internationale».  Afin que la croissance économique marocaine puisse atteindre les objectifs que nous espérons tous, c’est-à-dire un taux de croissance supérieur à 6 à 7% que nous sommes venus vous écouter et vous apporter notre vision pour permettre la création d’emplois, de richesses et par là, permettre au pays de résoudre un certain nombre de problèmes sociaux» a déclaré le Président de la CGEM, avant d’exposer un bref résumé des attentes du Patronat. Ainsi il a énuméré une liste d’espérances commençant par  un cadre macro-économique qui permette à l’Etat de consacrer à l’investissement une plus grosse partie de ses recettes, avec un fonctionnement moins budgétivore, la fiscalisation progressive de l’informel pour l’attirer vers la clarté (...) fut adressée au Premier ministre. L’appel aux réformes ne fut pas en reste. «Nous souhaitons avoir l’accès à plus de réformes au Maroc et sommes frappés par le temps qui s’écoule entre l’idée et la concrétisation ou sa traduction dans les faits (...). L’effet d’annonce s’épuise avant la sortie des mesures arrêtées» a-t-il ajouté. A ce titre, il a rappelé les textes sur la CNSS adoptés depuis deux ans par l’AG de cette instance, sur la libéralisation pharmaceutique...
La mise à niveau (terme qui, dit-il, a été quelque peu galvaudé) qui, avec l’arrivée de la nouvelle équipe au pouvoir, démarre vraiment, la symbiose entre opérateurs et administrations dans un travail extrêmement sérieux, qui a abouti à la création de cinq pôles présidés par des opérateurs économiques du privé (...) sont autant de chantiers à défricher davantage, ont soutenu les opérateurs par la voix de leur président.
Enfin, ils croient que la connivence est possible sans que l’une ou l’autre partie y perdent leurs responsabilités ou leurs prérogatives. En tout cas la communauté des affaires est prête, et absolument mobilisée pour faire en sorte que le développement économique du Maroc et son intégration à l’économie internationale deviennent une réalité. Si nous sommes vindicatifs, a conclu M. Chami, c’est pour que nul ne soit laissé sur le carreau, pour que tout le monde prenne le train de la croissance. À son avis, les réclamations permettront d’avoir des points de PIB supplémentaires, car si des mesures sont prises on pourra atteindre un taux de croissance mirifique de l’ordre 7 à 8% qui ferait du Maroc un bassin d’emplois que beaucoup de pays pourraient envier.

Les principales réformes

Pour M. Driss Jettou, il s’agissait d’une importante séance de travail avec le comité des affaires. Un certain nombre de programmes sont également envisagés. Des conventions ont été signées pour la mobilisation de fonds de soutien au financement des crédits aux PME. M. Fathallah Oualalou est intervenu dans ce sens annonçant de nouveaux fonds et de nouvelles mesures incitatives pour vulgariser l’utilisation de ces fonds, notamment l’extension de la gestion des lignes étrangères à toutes les banques et une commission pour les intéresser à leur diffusion (Voir Encadré). M. Driss Jettou a d’abord commencé par souligner que la concertation sur les objectifs et les mesures à mettre en oeuvre conformément aux choix fondamentaux dictés par Sa Majesté le Roi, est centrale dans la démarche, car le gouvernement a pris l’engagement devant le Parlement de l’établir avec les partenaires sociaux et économiques. Ensuite, il a rappelé les choix fondamentaux et les objectifs majeurs que le gouvernement s’est fixés et qui ont été approuvés par le Parlement. C’est dans cet esprit, a-t-il dit, que le gouvernement a inscrit le renforcement des ressources humaines et matérielles et la modernisation des services de la sécurité publique au rang des priorités. Les choix d’ouverture économique, tout comme l’option au libéralisme économique, la poursuite de la privatisation, de la démonopolisation et le transfert au privé de la gestion des services publics, qui font partie intégrante du programme du gouvernement, ont été indiqués. La stratégie gouvernementale tient compte également, a-t-il mentionné, de la modernisation des infrastructures et la mise à niveau de l’Administration, de la Justice et du tissu productif et permettra de gagner les batailles de la compétitivité. Pour ce faire, le gouvernement mettra en œuvre un ensemble de mesures complémentaires.
Sur le plan des infrastructures de base, c’est la réalisation du complexe portuaire, industriel et commercial de Tanger-Méditerranée. Ensuite, il y a l’achèvement de la rocade Tanger-Saadia, le renforcement du réseau ferroviaire, la modernisation des systèmes de transport, l’adaptation continue des télécommunications aux innovations technologiques et le renforcement du parc national des zones d’activités économiques et des trames d’accueils de l’investissement.

Le fisc revisité

Ensuite, a été évoquée la mise à niveau de l’entreprise marocaine et la modernisation de l’outil de production à travers une politique volontariste et concertée qui s’appuie à la fois sur des mécanismes d’accompagnement financiers et sur une politique rigoureuse de formation professionnelle. A ce niveau l’effort des pouvoirs publics sera prioritairement dirigé sur les secteurs économiques pour lesquels le pays dispose d’avantages comparatifs et de potentiels élevés de compétitivité, en particulier le tourisme, et l’industrie, notamment les branches tournées vers l’exportation, les mines, les pêches maritimes, l’agriculture, et les NTIC.
Le gouvernement est aussi décidé à entreprendre les réformes fiscales pour promouvoir l’investissement et les exportations, en particulier au niveau de l’IGR, de l’exportation indirecte, et le démantèlement progressif de la TIC sur le pôle industriel. Il faut s’attendre à restructurer et simplifier la fiscalité locale et à poursuivre la réforme du système bancaire, à développer les marchés des capitaux, à renforcer les dispositifs de promotion du Maroc à l’étranger, à assurer le soutien aux exportations et l’attraction des investissements extérieurs, en regroupant notamment au sein d’un organe unique cette fonction importante, actuellement éclatée. 
Quoi qu’il en soit, il y a lieu d’être optimiste car d’après les indications de Standard & Poor’s rapportées par le ministre des Finances, avec seulement 30 mn de retard, le pays passe d’une notation négative à stable. Renchérissant sur les bons points réalisés, il a indiqué sur les exercices 2001 et 2002, respectivement un taux de croissance de 6,5% et 4,5%, un déficit public de 2,5% après privatisation et de 4,7% hors privatisation, un  taux d’inflation de 0,6% puis de 3%, un compte courant de la balance des paiements positif de 5% et de 3% du PIB, et une croissance continue du secteur non agricole. 

Daouda MBaye

 

Responsabilités incombant aux opérateurs pour moderniser l’économie, selon M. Jettou

- Un engagement impératif dans le processus de restructuration et de mise à niveau des entreprises,
- Une indispensable et rapide adaptation du tissu productif aux technologies modernes et aux innovations,
- La nécessaire émergence d’une nouvelle génération de managers capable de s’adapter à la compétitivité des marchés;
- La transparence fiscale;
- La participation engagée à l’effort national d’emploi;
- La promotion d’entreprises citoyennes.

 

Les grandes réalisations et axes de réformes du Gouvernement

- La réalisation du complexe portuaire, industriel et commercial de Tanger,
- L’achèvement de la rocade Tanger-Saïdia,
- Le renforcement du réseau ferroviare,
- La modernisation des systèmes de transport,
- L’adaptation continue des Télécommunications aux innovations technologiques,
- Le renforcement du Parc National de zones d’activités économiques et des trames d’accueil à l’investissement,
- Le développement prioritaire des secteurs à avantages comparatifs et potentiels élevés (tourisme et industrie, notamment les branches tournées vers l’exportation, les mines, les pêches maritimes, l’agriculture, et les NTIC);
- La réforme fiscale (IGR, TIC, l’exportation indirecte ...),
- Organisme unique pour la promotion des investissements,
- La réforme administrative et l’accentuation de la régionalisation,
- La réforme de la Justice, avec plus de tribunaux de commerce modernes,
- Mais aussi, l’éducation et la formation, le social (avec un code du travail en gestation, logement social, santé, emploi, développement rural, ...), la consolidation des finances publiques, la réduction des niveaux de déficits budgétaires et de l’inflation grâce à une maîtrise de la masse salariale et un relèvement de l’épargne et de l’investissement publics,
- Etc.

 

Les suggestions du Patronat

Associations professionnelles:
Pour s’ancrer dans l’économie mondiale, il faut encourager l’émergence d’associations professionnelles fortes et capables d’accompagner le gouvernement dans ses tâches.
Administration et signalétique:
Aussi ironique que cela puisse paraître, le président de la CGEM a demandé au Premier ministre de songer à la signalétique pour que les opérateurs ne se perdent dans les labyrinthes des Administrations.
Justice et Jurisprudence:
Appel à une justice, plus équitable et une plus grande technicité pour éviter les dérapages connus actuellement. L’absence de documents de jurisprudence est déplorée. Une jurisprudence bien établie pourrait éviter des dérapages.
Social:
Au niveau social, les opérateurs souhaitent la paix sociale pour laquelle les entreprises sont prêtes à faire des compromis, des partenariats avec leurs interlocuteurs syndicalistes. Toutefois il faut que l’exercice du droit syndical soit effectué dans un cadre réglementaire comme cela se fait un peu partout ailleurs. Mais aussi en face il faut aussi l’exercice d’entreprendre, libre de toute contrainte, et donc il faut que le gouvernement mette en place les moyens d’avoir  cette double liberté d’exercer dans le cadre de la responsabilité . De plus, la loi sur l’exercice du droit de grève doit s’inscrire dans un cadre plus paisible avec des préalables qui permettraient d’user de procédures pouvant aller de la concertation à l’arbitrage, avant le déclenchement de la grève. Aussi, comme cela se passe dans d’autres pays, il serait utile d’instaurer un quorum minimum pour déclencher une grève. Le privé ne demande pas un taux de 80% tel qu’il est exigé en Allemagne, mais au moins que la majorité du personnel adhère au mot d’ordre de grève avant son déclenchement. 
Code du travail:
Pour le code du travail, la barémisation des indemnités de licenciement est préconisée pour sortir les conflits sociaux de la voie judiciaire et les intégrer dans une voie à la fois plus visible et plus prévisible, en attendant l’aboutissement du code du travail. Les opérateurs souhaitent que ces mesures voient rapidement le jour car, disent-ils, cela va entraîner un impact extrêmement important sur l’investissement et donnera un coup de fouet important en gain de points de PIB.
Relations avec l’Administration:
Appel à une contractualisation de ces relations afin que l’Administration paie automatiquement les intérêts moratoires sur ses retards de paiements.
Secteur agricole:
Lui accorder davantage d’attention, car l’agriculture devient une industrie à part entière comme les autres.
 Etc.



 

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