Comment peut-on décrire la marche de solidarité avec l’Irak organisée samedi dernier à Rabat, mouvementée ou impressionnante ? En réalité, ni l’un ni l’autre. D’ailleurs les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le nombre de manifestants n’a pas dépassé 400 personnes. Samedi 15 février,16h15mn, Rabat et précisément la place de la poste. Première remarque, le peu de manifestants est frappant pour cet événement de taille. Pour certains journalistes venant couvrir la marche :” l’on s’attendait à une marche à l’image de ce que l’on a pu voir ailleurs, à la télévision, mais rien de cela n’a lieu” . La déception a touché également certains participants. “ Si j’avais pu imaginer que cette marche serait un fiasco, je n’y aurais certainement pas pris part”, a dit l’un d’eux. Toutefois, on reconnaissait bien des ONG de Droits de l’Homme, des comités locaux de Solidarité avec l’Irak et certains militants de l’extrême gauche. Les Islamistes d’Adl Wal Ihssane et du PJD, quant à eux, n’ont pas manqué le rendez-vous. A leur manière, ils ont dit non à la guerre contre l’Irak. L’un des ténors de cette association, M. Fathallah Arsalane était aussi sur les lieux. D’autres courants gauchistes se sont manifestés pendant près de deux heures au centre de la capitale administrative. Autre remarque, cette lutte à coups de slogans nombreux et contradictoires. Effectivement, à un moment donné, l’on a risqué d’assister au pire lorsque les uns et les autres ont scandé des mots d’ordre presque provocateurs...! Seulement, selon un observateur, pour un enjeu de cette importance, les organisateurs n’ont pas pris les choses comme il fallait les prendre. Pour lui, les manifestants ont préféré mettre sur la place publique leurs divergences internes et intestines au lieu de mobiliser leurs troupes pour une manifestation de solidarité avec l’Irak digne de ce nom. On est loin, ajoute-t-il, de la grande manifestation de février 1991 ou encore celle de 2002. Loin de cette déferlante qui a tenu en haleine presque le monde entier qui a suivi en direct les centaines de milliers de manifestants dans les rues de Rabat. En revanche, dans d’autres capitales du monde, la mobilisation a battu tous les records et donné lieu à des rassemblements humains parmi les plus importants dans l’histoire contemporaine. Partout, à travers tous les continents, les marches et les meetings de solidarité avec l’Irak et contre la guerre dans ce pays se sont déroulés dans une ambiance de mobilisation significative à plus d’un titre. En effet, quelque dix millions de personnes se sont mobilisées pour dire non à l’incursion américaine en terre irakienne. En Australie, quelque 100.000 personnes ont manifesté dans les rues de Melbourne. En Espagne, en Italie et en Grande Bretagne, trois États pourtant alliés de Washington dans la crise irakienne, la mobilisation était impressionnante. A Madrid, la marche a dépassé toutes les prévisions avec deux millions d’Espagnols. Pas moins de trois millions de manifestants à Rome. En Allemagne, environ 500.000 personnes. Partout, les slogans ont appelé à la paix et dit à la Maison Blanche “No more war and no more blood only for oil”.