A elle seule, la réforme du secteur du transport routier des marchandises, si elle est menée à bien, dédouanerait le département de l’Équipement et des Transports des passifs. Le dossier est tellement épineux qu’il a fini par être irrémédiablement taxé d’intraitable. En effet, de toutes les branches du secteur des transports, le transport routier des marchandises, objet d’intérêts imbriqués, est certainement le plus exposé aux abus et aux lobbyings de tous genres. Les problèmes sont si complexes que toute réforme est reportée de gouvernement en gouvernement. Les intérêts sont tellement enchevêtrés et les mauvaises habitudes confortablement installées que le statu quo semble faire l’affaire de tous les intervenants. Certains ont même soulevé, avec conviction, l’idée de tirer purement et simplement un trait sur le passé pour inaugurer une nouvelle ère. Une sorte de remise à zéro salutaire du compteur. Cette option n’est cependant pas véritablement de mise. L’Istiqlalien, M. Karim Ghallab a décidé de jouer le tout pour le tout. Le dossier, juge-t-il, a suffisamment piétiné et toute tergiversation supplémentaire ne ferait que cautionner une situation hors-la-loi. C’est armé de cette conviction, semble-t-il, qu’il engage la bataille du secteur du transport routier des marchandises.
Dans tous les cas, actuellement, un manifeste de fret qui a remplacé la fameuse feuille de chargement conformément à la nouvelle loi 16-99, est désormais disponible auprès des services des délégations régionales et provinciales du département des Transports, des agences de l’ONT ou des représentations locales de la FNTR. Ce document doit couvrir toute opération de transport de marchandises pour compte d’autrui à travers toutes les régions du Maroc. Mais là n’est pas le problème. A l’origine du conflit, la loi sur la hausse du tonnage de 8 à 14 tonnes qui est actuellement au Secrétariat Général du Gouvernement. A la tête des revendications des grévistes aussi, le retrait pur et simple du tachygraphe
( mouchard) jugé par les petits transporteurs trop cher. Si l’on revient au dispositif législatif, les textes d’application complétant la loi 16-99 relative à la libéralisation du transport routier des marchandises qui sont entrés en vigueur le 13 mars dernier seraient en cours de publication. Les conditions d’accès à la profession de transporteur ont été déterminées et les formulaires dont les professionnels du secteur doivent disposer sont, désormais, disponibles auprès des services du ministère. Rassurant, M. Ghallab promet que son département fera des propositions dans ce sens avant le prochain exercice. Pour ce qui est du volet sécurité routière et protection de l’environnement, le ministère s’engage à actualiser l’arsenal juridique, notamment, la législation sur le transport des matières dangereuses et à renforcer le contrôle technique des véhicules. A l’ordre du jour également, le développement, en partenariat avec les acteurs concernés, des aires de stationnement, de repos et des structures d’accueil pour permettre aux conducteurs d’exercer leur métier dans de bonnes conditions de sécurité et de confort.
Néanmoins, à l’autre bord, l’inquiétude est grande. Les transporteurs routiers de marchandises rejettent catégoriquement la nouvelle réglementation émanant du ministère de l’Équipement et des Transports qui, selon eux, porte atteinte à l’intérêt aussi bien des intervenants dans le secteur qu’à celui de la profession dans son ensemble. Toutefois, les routiers ne sont pas contre la mise à niveau du secteur du transport. Seulement, ils jugent que pour s’en sortir il est préférable de limiter la charge utile à 10 tonnes, soit en tout une charge totale de18 tonnes au lieu de 14 tonnes prévue par le ministère.
De toutes les manières, le secteur devrait-il rester l’otage de telles mesures qui risquent de nuire énormément aux intérêts d’une frange importante de la société marocaine ainsi qu’au secteur en général? Une vision globale, éclairée et rationnelle s’impose. Autrement et comme l’a fait souligner un observateur, si M. Ghallab, tiraillé entre l’Équipement, les Transports et l’ONCF ne sait plus où donner de la tête, il faudrait bien l’excuser ( Il n’est assumèrent pas facile pour un seul homme de porter plusieurs casquettes en même temps).
H. Zaatit
Témoignage
Pour M. B. Khalifa propriétaire d’un camion de transport de marchandises, ce n’est pas la réglementation ou les textes de loi qui comptent pour la mise à niveau d’un secteur du genre, mais il faut un engagement de bonne intention qui prend en considération et avant tout le côté social des professionnels. Au Maroc, explique-t-il, et si l’on compte uniquement les camions qui ont fait leur apparition à partir de 1986, il existe environ 80 000 engins, soit au moins deux familles par engin. C’est une donne à ne négliger en aucun cas. « L’État propose un nouveau tonnage qui est de 14 tonnes y compris le poids du camion. Le poids de ce dernier étant de 8 tonnes, nous ne pouvons transporter que 6 tonnes. Ainsi, en réduisant notre marge de transport de marchandises, nos gains baissent de manière considérable», dit-il en ajoutant que le camion coûtant 5 millions de dirhams, auquel il faut ajouter les frais annuels de 3 200 Dhs pour la vignette, 12 000 pour l’assurance et autres frais comme la visite technique qui coûte environ 2 500 Dhs/an. La limitation du tonnage à transporter risque de plonger le secteur dans une crise profonde et la situation ne sera en aucun cas viable pour la profession.
Conditions d’accès à la profession
Selon le texte d’application, toute personne, physique ou morale qui veut exploiter un service de transport, de location ou de commissionnement doit satisfaire aux conditions d’accès à la profession pouvant porter sur: l’honorabilité, la capacité financière et l’aptitude professionnelle. Cette nouvelle loi prévoit également des procédures d’inscription aux registres des métiers de transport: registre spécial de transporteur routier de marchandises pour le compte d’autrui/ registre spécial de loueur de véhicules automobiles de transport de marchandises avec ou sans conducteur/ registre spécial de commissionnaire de transport de marchandises.