| | Articles » Actualité | | Tarek Ramadan, le Savoir ou le Hijab ? Bloc-Notes |
|---|
Auteur :
Pourtant, un de ceux dont on dit, goguenards, qu’ils fussent " écrasés " par la rhétorique " ramadanienne " avait lui, affrontant les résistances psychologiques et les circonlocutions langagières du " grand prêcheur ", mit le doigt, (en abordant la question des Droits de l’Homme et de la Démocratie) sur ce qui aurait pu donner lieu à des désaccords, peut-être des confrontations, mais aussi, certainement, des points de rencontre : une véritable discussion en somme. Si l’on n’a pas, alors, discuté vraiment d’Islam et de Modernité, pourquoi alors, a-t-on invité Monsieur Ramadan ? Pour offrir une tribune enfin appropriée à celui, qui ailleurs et pour des raisons auxquelles, pour le coup ! il faudrait profondément réfléchir, s’est vu affubler de la triste et indélébile étiquette d’islamiste et antisémite, voire d’islamiste-donc-antisémite, entraînant malencontreusement dans sa chute tous ceux qui, il y a quelques mois, marchant "à ses côtés", passaient pour les jeunes premiers d’un très convenable islamisme modéré ? Ces applaudissements, déclenchés par l’intervention d’un " téléspectateur " fidèle et voulant témoigner de son entière et certainement sincère solidarité avec Tarek Ramadan après son passage sur " 100 minutes pour convaincre ", pourraient bien démontrer que du fait d’une récente mutation psychologique, les jeux sont ainsi faits que, dès qu’un intellectuel Arabe et Musulman se fera malmener, il faudra, "chez lui", l’applaudir pour compenser vaille que vaille, la gifle de l’Occident cathodique. Pourtant, ces " rattrapages fraternels " aussi émouvants qu’ovationnés, ne jouent-ils pas finalement, en faveur de l’enfermement si rassurant de l’orateur par les siens et vice-versa ? Est-ce que de se faire systématiquement plébisciter par son public, d’embraser d’avance, son parterre, n’est-ce pas, cela, être un intellectuel communautaire ? Et, pour finir, ne peut-on pas penser, qu’on a aussi invité Tarek Ramadan pour fustiger, de manière indirecte une catégorie de Marocains " colonisés intellectuellement " ? Un signe, pour nos " laïcs " : cette date. Ce 25 décembre, jour choisi pour la conférence du prédicateur. Ce jour, qui, pour l’Islam ne signifie rien. On en convient. Pas plus que l’Aïd Al Kebir n’est une fête pour la République. Ce 25 Décembre, donc. Ce lendemain de Noël, devenu, force boules, bûches, cadeaux, couverts, la coqueluche de la bonne bourgeoisie marocaine qui s’est fait un plaisir, pour des raisons dont il n’est pas utile de débattre ici, d’adopter ce bon Père Noël. Cette bourgeoisie, fantasmée, que l’on se plaît à imaginer courant et trébuchant, après les pistons et les examens de complaisance pour " placer " sa marmaille à la Mission Française. Au-delà des sapins de Noël, on peut penser que les parents de ces enfants qui, parfois, n’étudient que très peu ou très approximativement leur langue maternelle, puissent avoir été visés par des phrases qui concernaient, allant jusqu’à les combiner, tant la " colonisation intellectuelle " que la "trahison" : symboliquement, cela se tient. On se souviendra que parmi ceux qui tendirent le micro à Ramadan, il en est qui lancèrent , en plein hémicycle parlementaire, qu’il est des Marocains qui ne méritent plus de l’être : des Non-Marocains. Cette classe, le plus souvent casablancaise et francophone, dont il est aujourd’hui admis, pour la sociologie salafiste, qu’au nom d’un certain cosmopolitisme, elle dédaigne le plus souvent, sa véritable culture, devenant ainsi d’une certaine manière "traître" à ce qui est devenu (à cause, il faut le dire, de prêcheurs, aux tailles diverses), " la cause de l’Islam " plus que l’Islam lui-même. Ces Musulmans incompétents, rayés des tablettes de la Miséricorde mais qui, il y a encore peu, inspirèrent les lignes les plus terrifiantes, les plus innommables de ces tracts qui se distribuaient à la sortie de certains lieux que l’on osait appeler mosquées et où se rendaient des verdicts d’égorgements licites, au nom du Djihad. Bien sûr et il fallait s’y attendre, ceux qui, au Parlement, militaient pour la "race pure" ce sont empressés de "bien faire condamner" le 16 mai par le prédicateur qui a ses entrées dans l’Altermondialisme et au Forum Social Européen. Voici donc un débat aux emplois multiples et aux nombreux bénéfices secondaires. Mais, en guise de passerelles théoriques sur l’Islam et la Modernité ? Des recommandations, des invectives, des injonctions, un méli-mélo tournant au syllogisme perverti : le fameux " charisme " de Ramadan. Pourtant, Tarek Ramadan, qui veut être celui qui ouvre le débat, se sera étonné du silence des " Musulmans d’ici " sur la question du voile et de laïcité. Sortir donc du silence et en même temps des jurisprudences et des lois françaises, passées et futures, pour revenir à ce que le grand prêcheur se plaît à nommer " le texte et le contexte ". S’il nous est dit, à nous, Musulmans, que "l’encre de l’érudit a plus de valeur que le sang du martyr" (voici pour le texte) et qu’ainsi, Dieu a placé la connaissance à un niveau tel qu’il l’a élevée au-dessus d’un puissant symbole, (le vrai martyr entre au Paradis sans jugement) n’en déduirez-vous pas, Tarek Ramadan, qu’apprendre à lire et à écrire a, par décret divin, plus de valeur que de porter le foulard ? Et ne pousserez-vous pas les écolières de France (voilà pour le contexte) à ne plus préférer leur Hijab au Savoir ? Driss Chraïbi
|
|