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Pas si mal que ça ! Jettou, cuvée 2003

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Mais, parce que cette année 2003 a été difficile (voir l’éditorial en page 2), agitée même, les acquis qu’elle a enregistrés n’en sont que plus remarquables.
L’un des tous premiers acquis, que reconnaissent d’ailleurs les plus grands détracteurs de ce gouvernement, tient à la capacité quotidienne d’arbitrage et de décision que le Premier Ministre possède et engage, dans les affaires les plus délicates comme pour les plus banales.
Cet esprit de décision, ce rôle de "primus inter pares", qui est celui d’un chef de gouvernement évoluant dans le cadre d’un système démocratique et responsable, est, effectivement, aussi positif que nouveau dans notre pays. Il relève d’une lecture correcte de la Constitution du Royaume, mais force est de reconnaître que malgré l’évidente volonté royale de responsabiliser et personnaliser la fonction de Premier ministre dans notre pays, cela n’était pas vraiment le cas auparavant, y compris lorsque la Primature était occupée par une personnalité de la stature de Me Abderrahmane El Youssoufi. Celui-ci, en effet, du fait sans doute d’une solide pratique du compromis, affirmée par une vie entière dédiée à la politique partisane, préférait reporter les décisions, constituer des commissions et, somme toute, donner du temps au temps, plutôt que de trancher dans le vif. Cette attitude s’exprima "magnifiquement" avec l’épisode malheureux de l’abandon du projet gouvernemental d’insertion de la Femme dans le plan de développement…
Par contre, ce qui est constaté aujourd’hui, à l’occasion d’une évaluation critique et honnête de l’action gouvernementale, c’est la propension de plus en plus patente à trancher et décider, à solutionner les dossiers délicats, à aborder les questions qui dérangent, comme les dossiers Sodéa-Sogéta, le Code du Travail, l’AMO, etc.
Cela ne signifie pas pour autant que tout se règle en un tour de main, mais ministres comme hauts fonctionnaires, journalistes comme hommes d’affaires reconnaissent volontiers que l’actuel Premier ministre, M. Driss Jettou, est un homme de courage et de conviction, qui n’hésite pas à trancher, à arbitrer, à assumer le plus souvent possible.
Et c’est bien parce que cette aptitude lui est reconnue que La Nouvelle Tribune lui a reproché sa défaillance à l’occasion des communales de septembre 2003. Il ne s’agissait nullement à l’époque de monter un procès contre le Premier ministre pour réclamer sa tête, mais d’exprimer la revendication d’une analyse politique que le chef de la majorité gouvernementale et parlementaire devait immanquablement mener au lendemain d’un scrutin où des démarches "politicardes" dévoyèrent profondément le résultat des urnes et la volonté populaire…
D’ailleurs, on rappellera à ce propos que lors d’une rencontre informelle avec certains responsables de la presse, M. Jettou avait annoncé la tenue d’un séminaire gouvernemental d’évaluation globale des récents processus électoraux avant la fin de l’année…
La conséquence de ce constat d’une meilleure efficience de la fonction de Premier ministre, c’est l’émergence de certains de ses collègues, abusivement assimilés à un "premier cercle" de collaborateurs, de chouchous ou de privilégiés. On les considère généralement comme actifs, compétents, ambitieux, parce que leur dynamisme s’accorde plutôt bien à la démarche de M. Jettou.
Pourtant, à l’exception sans doute de M. El Mossadeq, qui avait déjà travaillé à ses côtés dans une précédente équipe gouvernementale, M. Jettou ne connaissait rien des compétences et des capacités de ses ministres au moment de la constitution de son équipe. Fruit de négociations très discrètes, de listes multiples et plusieurs fois remaniées, d’arbitrages au sommet, l’actuel gouvernement est, en quelque sorte l’image et le reflet d’une certaine réalité politique et politicienne nationale.
De gros calibres y figurent aux côtés d’experts et de jeunes quadras bien formés, sans omettre quelques "heureux élus" qui n’arrivent toujours pas à croire qu’ils sont ministres et dont la nomination relèverait, sous d’autres cieux, d’un miracle divin !
Tous n’ont pas, loin s’en faut, la même façon de travailler, d’aborder les problèmes, de communiquer et de coordonner leur action avec celle des leurs collègues. C’est à ce niveau que s’exprime la différence et qui donne à croire qu’il y a l’équipe Jettou et tous les autres qui restent à la marge…
La réalité est différente, comme le prouve d’ailleurs le fait que certains de ceux qui sont considérés comme proche du Premier siègent au gouvernement en qualité de représentants de forces politiques qui ne sont pas toujours sensibles aux arguments et à la démarche de M. Jettou.
Il ressort donc de tout cela, au crédit de ce gouvernement, en son entier d’ailleurs, une impression d’efficacité et de productivité beaucoup plus forte que celles qui prévalaient pour des équipes précédentes.
M. Jettou, qui jouit dit-on, du soutien de certains milieux patronaux, des opérateurs étrangers représentés au Maroc et de plusieurs chancelleries occidentales, ne manque pourtant pas d’adversaires ou de détracteurs. C’est le lot, sans doute, des hommes publics.
Personne cependant ne lui contestera sa volonté d’aboutir, sa capacité de travail, son engagement personnel, sa disponibilité et son esprit de décision.
Des atouts en somme qui lui permettront de durer et qu’il pourrait renforcer le jour où, enfin, il se prendra à communiquer de façon plus libre, plus fréquente et plus inspirée. Car, foi de journaliste, la communication n’est pas vraiment sa tasse de thé…

Fahd YATA



 

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