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La fin de la cavale de Saddam, exemple d’une démolition médiatique Libre Tribune

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Chasse à " l’homme ", mais " capture d’animal "
Juste après la chute de Bagdad, le monde apprenait que la chasse à Saddam Hussein et ses plus proches collaborateurs était lancée, ou plutôt ouverte.
Au plan sémantique, le terme " capture " est choisi à dessein car il prolonge le thème de la chasse (à l’homme), mais peut tout aussi bien renvoyer à l’animal. On  capture un sanglier, un cerf, un lion...
Ces derniers sont un gibier, poursuivi par un chasseur
Le chasseur/vainqueur étant maître des lieux et des mots, il ne reste au vaincu que le choix de la bête à laquelle il voudra s’identifier. Mais l’essentiel lui échappe : il n’est plus véritablement considéré comme un humain. Le même mot est d’ailleurs pratiquement toujours utilisé par l’armée israélienne à propos des activistes palestiniens, voire des leaders politiques de l’Intifada. Mëme Arafat n’a pas, un certain temps, échappé à cette humiliante terminologie. 
Logiquement, dans la mesure où " la guerre " est terminée en Irak, on devrait être dans le cadre d’opérations de police, et donc d’arrestation ou d’interpellation, notions qui obéissent en principe à des règles de droit. Mais l’occasion était trop belle pour tenter de détruire définitivement l’image de l’ancien maître de Bagdad. Au diable donc la logique, et l’humanité. Le désir de vengeance, certes contenu, a pris le dessus dans la tête des dirigeants de la plus puissante armée de la planète, qui ne s’est pas un instant imaginée, comme c’est le cas au cinéma, réciter ses droits à Saddam ("  Vous avez le droit de garder le silence....Vous avez le droit à un avocat....Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous "...).
Plus peut-être que la vindicte, ce qui l’a emporté c’est la volonté de montrer à une population (celle des Etats-Unis) qui commençait à douter, que l’armée d’occupation faisait du bon travail. A la veille de Noël, cela compte beaucoup. Les Américains ne sont-ils pas de grands enfants....
Vis-à-vis des Irakiens qui nourriraient encore quelque velléité de retour au passé, il s’agit d’anéantir celle-ci. Le recours aux deux autres composantes médias contenus dans le communiqué et dans les images diffusés par le Pentagone vont dans ce sens. 

Dans le chaos ambiant, calme et sérénité
Le communiqué a tenu à préciser qu’ " aucun coup de feu n’a été tiré ". Les services d’information de l’armée américaine ajoutent que l’ex Raiss aurait dit : " Je suis Saddam Hussein. Ne tirez pas " .Magnanimes, les GI’s n’auront pas tiré. Evidemment. Ils ont obéi aux ordres de .leurs supérieurs.   
Outre le fait de montrer que les troupes US n’ont pas la gâchette facile, ces détails ont pour objet :
- d’abord, de mettre l’accent sur la maîtrise des opérations par les forces américaines, et leur sang-froid, critères de professionnalisme. Ce type de message peut être utile après plus de huit mois de cafouillages. Il contribue à mettre, même momentanément, un terme à l’impression faite de ratages, de bavures et autres dysfonctionnements interne et avec les alliés locaux, commis par l’armée américaine    
- ensuite, de faire découvrir que, contrairement à ce qu’il avait claironné ( " Je me battrai jusqu’au bout "), et à l’image hypertrophiée qu’il avait voulu donner de lui-même, (successeur de Nabuchodonosor, et de Salaheddine, personnages de dimension historique universelle), Saddam n’est qu’un pleutre, un lâche, ou du moins un amateur, loin d’avoir la trempe d’un guerrier, et encore moins celle d’un chef d’Etat. L’image par exemple d’un Salvador Allende tombant l’arme à la main est là pour faire la différence. Ainsi, la conclusion induite est que : soit Saddam est un fanfaron, et donc un menteur, soit c’est un bleu qui n’a pas eu le temps de se défendre si tant est qu’il en ait eu l’idée. Il aura perdu  sur les deux tableaux de la volonté et de la capacité. Ses groupies apprécieront. La mention des deux fusils d’assaut trouvés en sa possession achève ainsi de confirmer cette explication suggérée. Quant à l’argent liquide qu’il aurait eu à ses côtés, il contribue à asseoir l’image d’un pauvre hère, obligé de se déplacer avec son dernier pécule, ramassé à la va-vite. Pitoyable.
-  enfin, de démontrer que Saddam n’a aucun sens de l’honneur, cette vertu tellement mise en avant chez ce chantre de la gloire Arabe, et particulièrement au sein de son clan. Cette allusion est on ne peut plus assassine, lorsqu’on la met en parallèle avec l’argument du " déshonneur " avancé par le régime déchu pour justifier l’exécution (par ses proches...) des gendres de Saddam, réfugiés en Jordanie, puis revenus au bercail, sur la promesse, non tenue, d’être absous. Là encore, cela est fait pour démotiver les derniers partisans.
Les Américains enfonceront le clou en révélant que leur prisonnier leur aurait rapidement livré les noms des certains de ses proches collaborateurs, ce qui fait de lui un mouchard.

Saddam chez le médecin
Dans ce genre de situation, l’image est évidemment reine.
Plus que le visage hirsute de Saddam, plus que l’ambiance de taudis de SDF offerte au monde entier, c’est l’image de celui qui, dit-on, faisait trembler la planète, se prêtant de bonne grâce à une visite médicale froide et minutieuse, qui frappe les esprits. L’image d’un Saddam la bouche grande ouverte restera longtemps gravée dans les mémoires.
Effectuée par un médecin aux mains gantées, calme et attentif, y compris aux apparentes explications de son insolite patient, la visite a indubitablement pour but non seulement de montrer que l’armée américaine est soucieuse de la santé de son pire ennemi, mais surtout que l’ancienne terreur de la région est obligé de composer, lui qui déclarait il y 8 ou 9 mois, pouvoir hacher menu les GI’s et autres corps de Marines. Les commentateurs sont là pour faire le raccourci...
Cerise sur le gâteau, le fait de montrer la dentition (ne disons pas la denture...) de l’intéressé est un must de communication : l’armée américaine nous montre tout : cette bouche qui n’avait de cesse d’insulter l’Amérique, de donner des ordres monstrueux. Le seul stade qui resterait peut-être pour aller au fond de l’intimité de l’ex-Raiss serait celui de la dissection de son corps.  La technique du passage en boucle ayant des effets " adhésifs " avérés, on est presque tenté d’en conclure que son but est de susciter la pitié du téléspectateur. C’est le summum de la reconnaissance de la puissance du vainqueur. 
Au fait, à supposer que Saddam eût, dans un ultime réflexe " tactique " décidé d’ " exploiter ", comme a tenté de le faire Milosevic, sa comparution devant un tribunal, même irakien, que peut-il bien en tirer pour lui-même? Les réactions des Etats qui comptent dans le monde ayant été en sa défaveur (la France s’est très vite félicitée de sa capture...), on mesure l’ampleur de l’ultime erreur qui fut la sienne.

Vers une nouvelle classification des ennemis politiques
L’ancien président irakien aura failli jusqu’au bout.
On le disait manœuvrier, rusé, etc. C’était valable tant qu’il avait une structure et une façade de statut d’homme d’Etat. Il semble qu’il veuille encore continuer à jouer au chat et à la souris, en tablant sans doute sur son probable statut de prisonnier de guerre, pour déclarer ou révéler on ne sait quoi. Il oublie que la situation a, comme disaient les léninistes, qualitativement changé. Il n’est simplement plus président ni chef de quoi que ce soit. Et l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.
La machine médiatique américaine marquera pour longtemps les esprits, et l’on rangera sans doute désormais les fins de régimes ou d’hommes politiques à l’aune du cas Saddam, quelle que soit la typologie du régime proprement dite. Celui-ci rejoindra par exemple Noriega (ex-président du Panama) et Ojalan (ex leader du PKK). Mais même pas Hitler...
Il y aurait beaucoup à dire sur l’impact d’une telle communication à l’endroit des populations arabes, sur les désillusions et les remises en cause culturelles qu’elle est censée véhiculer. Elle fait en effet surgir beaucoup de questions, parmi lesquelles celle-ci, toute simple : qu’est ce qu’un leader ?

Khalid Amaly



 

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