A elle seule, la lutte sans merci contre la corruption des juges, si elle est menée à bien et dans les normes, dédouanerait sans aucun doute le département de la Justice. Le dossier est tellement épineux qu’il a fini par être taxé d’intraitable. En effet, de tous les maux et défaillances que connaissent les différentes branches de la Justice, la corruption, objet d’intérêts imbriqués, est certainement la plus exposée aux lobbyings de tous genres. Le problèmes est si complexe que toute réforme est reportée, de gouvernement en gouvernement. Les intérêts sont tellement enchevêtrés et les mauvaises habitudes confortablement installées que le statu quo semble faire l’affaire de tous les intervenants. Certains ont même soulevé, avec conviction, l’idée de tracer purement et simplement un trait sur le passé pour inaugurer une nouvelle ère. Une sorte de remise à zéro salutaire du compteur. Cette option n’est cependant pas véritablement de mise. Le Socialiste M. Mohamed Bouzoubaâ a décidé de jouer le tout pour le tout. C’est, semble-t-il, armé de cette conviction qu’il engage sa bataille contre le phénomène de la corruption des juges.
Dans ce contexte, ce dernier ose et coupe court : Cinq magistrats sont actuellement dans le box des accusés et un autre vient d’être suspendu de ses fonctions de représentant des magistrats au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature. Mais là, ce n’est pas le problème. Le phénomène des magistrats corrompus a suffisamment duré et toute tergiversation supplémentaire ne ferait que cautionner une situation de plus en plus hors la loi. Dans ce sens, M. Naciri estime que la réforme de la Justice demeure un immense chantier et le problème ponctuel évoqué actuellement au sujet des poursuites judiciaires engagées à l’encontre de certains magistrats est un aspect non négligeable. Mais il est évident, ajoute-t-il, qu’il n’est pas possible d’engager un processus de réforme de la Justice sans s’attaquer fermement aux brebis galeuses qui polluent la sphère de la magistrature. Mais la globalité de la réforme de la Justice, dit M. Naciri, implique beaucoup d’autres dimensions, notamment, une formation appropriée des magistrats sur le plan professionnel en qualité et en quantité. « Elle implique aussi que l’on allège la charge professionnelle des magistrats. Les tribunaux disposent actuellement de moins de trois mille magistrats. Un nombre insuffisant par rapport au volume des dossiers soumis aux tribunaux. S’ajoute à cela une amélioration appropriée de leurs conditions sociales et matérielle. Il faut aussi que les jugements prononcés soient exécutés. Nous avons trop de décisions inexécutées, faute de moyens humains et matériels. Ce sont ces questions qu’il faut mettre en évidence pour donner de la consistance et de la signification à la réforme de la Justice», conclut-il.
Il est donc urgent d’agir résolument pour la mise en œuvre d’une stratégie de lutte sans relâche contre la corruption dans nos tribunaux pour atteindre, autant que possible, les Souverains Bien et Justice pour tous. L’appui et le soutien de la société politique seraient certainement les bienvenus. Malheureusement, celle-ci est minée par ce virus, dont l’expansion atteint des proportions alarmantes durant les périodes électorales.
H.Z.
Les cinq magistrats
poursuivis dans l’affaire Remmache
Mohamed Farid Benazzouz: Substitut du Procureur général de la Cour d’Appel de Tétouan.
Abdellah Slal:Président de la Chambre criminelle près la même Cour.
Abdelkader Elyounsi: Substitut du Procureur général de la Cour d’Appel de Tétouan.
Abdessalam El Hajoui: Président de la Chambre criminelle près la même Cour.
Abdelkrim Zehouani: Président de la Chambre criminelle près la même Cour.
Et Mohamed Hajji Zouhair, Greffier à la Cour d’Appel de Tétouan.