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BCM-Wafabank, qui tire les ficelles ?

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L’après Abdelhak Bennani commencera véritablement le jour où le Conseil d’Administration de Wafabank désignera son successeur à la présidence de la banque fondée par feu Moulay Ali Kettani, avec, pour mission essentielle, la réalisation de la fusion avec la Banque Commerciale dans les délais les plus raisonnables, compte tenu de la difficulté d’une telle gageure. Il sera pour cela aidé d’un Comité de Pilotage qui sera constitué de hauts cadres des deux ensembles bancaires. Ce Comité sera donc l’initiateur et le maître d’œuvre du processus de fusion absorption. La nature de sa composition indiquera, dès le départ, aux uns et aux autres, l’esprit et les intentions du management de la BCM envers celui de Wafabank, largement dans l’incertitude aujourd’hui et incapable pour l’instant d’éviter la démobilisation et la démoralisation du personnel de Wafabank (et des filiales) qui, depuis un mois pratiquement, occupe largement son temps à des spéculations et commentaires plus ou moins désabusés sur l’avenir, à partir de rumeurs les unes plus saugrenues que les autres !

Au boulot!

Fort de la légitimité d’une nomination largement consensuelle, de l’avis favorable sur cette fusion émis la semaine dernière par le Comité des Etablissements de Crédit et de sa confirmation accordée par le Ministre des Finances, M. Oualalou, le successeur de M. Abdelhak Bennani aura le redoutable devoir, en marge de la conduite du processus de fusion, de rendre compréhensible et acceptable le principe même de ce rapprochement destiné, comme on sait, à l’érection de la première banque privée nationale.
Car si les plus conscients de nos concitoyens, les spécialistes de la banque et de la finance, (tout comme les initiateurs du projet d’ailleurs), sont convaincus de la pertinence de la démarche, de son utilité pour la BCM et Wafabank, voire pour le système bancaire marocain en son entier, l’opacité dans laquelle s’est déroulée la première étape de la fusion, l’absence ou, du moins, la faiblesse d’une communication franche et ouverte à partir de son annonce officielle et l’identité, supposée ou réelle, des commanditaires de l’opération ont entraîné des effets particulièrement pervers pour l’image des deux établissements, celle de leurs dirigeants, et, surtout, pour les bénéficiaires finaux de cette magistrale recomposition du paysage bancaire national.
Pire encore, l’opération a permis à certains esprits mal intentionnés d’abreuver l’opinion publique de commentaires acerbes et négatifs sur une structure supérieure, aussi floue qu’informelle, appelée communément "makhzen économique" quasiment assimilé à un "deus ex machina" et qui serait uniquement préoccupé d’organiser à son profit la mise en coupe réglée de l’économie marocaine !
De même que l’indigence de la démarche communicationnelle aura permis d’accréditer la thèse de contradictions entre le discours officiel d’ouverture à l’économie mondialisée et aux investissements étrangers et la pratique concrète d’ensembles, de conglomérats ou de holdings soupçonnés, aussi bien par les nationaux que par certains milieux extérieurs, de vouloir détourner à leur avantage les règles et les objectifs d’une économie libérale en principe ouverte à tous.
C’est ainsi que l’opération BCM-Wafabank, qui répondait avant toute autre chose, à la logique bancaire et capitaliste de la constitution d’un ensemble possédant la taille critique pour affronter les nouvelles règles et ratios prudentiels imposés par une Banque Centrale aujourd’hui encore plus autonome, (cf. le dernier Conseil des Ministres), a été présentée par certains comme une basse manœuvre d’accaparement indu, opérée par une équipe de jeunes managers aux dents longues, peu soucieux de respecter les convenances établies, mais surtout les divers pactes d’actionnaires existants, les procédures de concertation préalables avec des partenaires (étrangers notamment) de renom et, last but not least, la susceptibilité et l’amour propre de "grands capitaines" de la finance ou de l’industrie, "débarqués" du jour au lendemain, parfois avant même l’obtention de l’aval des conseils d’administration qui les avaient désignés…

Des nécessités bien réelles

Pourtant, la fusion entre la BCM et la Wafabank était, comme le reconnaissent bien volontiers plusieurs banquiers étrangers présents au Maroc, une nécessité pour ces deux établissements, dans la mesure où la logique de leur développement autonome devait très rapidement se heurter à celle d’un système bancaire marocain contraint de se soumettre aux " canons " et critères internationaux du secteur, (Bâle I et II, ratios Cook, Mac Donough, etc.).
Elle était également une nécessité au regard d’une volonté absolument légitime (et présente dans les plus grands pays développés) de favoriser l’existence, à côté d’opérateurs internationaux de référence, de " champions " nationaux destinés à jouer un rôle moteur et exemplaire pour impulser le développement économique d’un pays en voie d’émergence où le capitalisme familial doit progressivement, sinon céder la place, du moins se conformer aux règles et prescriptions de la gouvernance et du management modernes.
Elle était, enfin, une nécessité qui devait s’exprimer dans la mission de bancarisation du territoire national tout entier. En effet, une telle entreprise n’est réalisable qu’avec des opérateurs bancaires nationaux solides et puissants, publics ou privés, tels la BCP ou BCM-Wafabank, alors que les réseaux bancaires dominés par le capital étranger, dynamiques et performants certes, n’ont guère montré leur enthousiasme pour la conquête de nouveaux espaces par définition peu rentables, relevant pratiquement de la mission de service public…
En cette affaire donc, comme pour certaines autres, récentes ou anciennes, c’est le vide communicationnel qui a ouvert la porte à la diffamation, aux spéculations, aux interprétations erronées ou malveillantes. Mis à part une méconnaissance grave des mécanismes financiers et économiques, trop largement répandue dans la presse (et les salons !) au point où aucune de nos chaînes télévisées n’a pu organiser à ce jour un débat sur de telles opérations et leurs enjeux pour l’économie nationale, il y a lieu de déplorer l’absence de volonté d’éclairer l’opinion publique sur la politique économique poursuivie ainsi que sur la qualité, l’origine  et les objectifs de ses principaux acteurs actuels.

Terra nullius

Ainsi, chacun devrait pouvoir comprendre que la marche du progrès économique et social dépend, certes, de l’existence d’un tissu entreprenarial essentiellement constitué de PME-PMI, mais que ces dernières, comme partout ailleurs, sont souvent les plus fragiles et les moins résistantes en cas de crise. Le Maroc, pour " booster " sa croissance et la pérenniser, a besoin de grands groupes leaders, dans l’industrie comme les services, dans l’agroalimentaire comme la banque ou la finance.
L’opération BCM-Wafa n’est rien d’autre que la matérialisation d’une telle nécessité.
Certes, on assiste à des opérations de communication du gouvernement, mais elles sont trop souvent limitées, partielles et sectorielles. Nul porte-parole autorisé n’a, semble-t-il, la compétence pour évoquer la stratégie globale des pouvoirs publics et encore moins celle de grands groupes dont les activités représentent des pourcentages conséquents du PIB national.
De même, lorsqu’une fusion absorption du genre BCM Wafabank se produit, il peut sembler normal que les promoteurs directs de l’opération s’adressent à l’opinion publique en publiant un communiqué, en organisant une conférence de presse et en accordant des entretiens à des journaux respectables et respectés. Cela, effectivement, est utile, indispensable même, mais ce n’est guère suffisant, dans la mesure où ces opérations, directement ou indirectement, impliquent des hommes et des institutions aux statuts divers et aux responsabilités globales évidentes.
C’est à ces niveaux-là qu’il convient de mesurer l’indispensable nécessité de décliner, régulièrement et amplement, une politique de communication centrée, non sur l’immédiat, le conjoncturel ou le factuel, mais sur la stratégie, les axes prioritaires de développement, la finalité des diverses orientations ainsi appliquées.
Une telle démarche, assurément, permettrait d’éviter la propagation de balivernes qui, ces dernières semaines, meublent les dîners en ville comme les colonnes de certains titres !
En effet, s’il est patent que certains groupes structurés et puissants ont des liens de capital avec la Famille Royale par exemple, en quoi une telle situation devrait-elle nuire à la liberté d’entreprendre, à l’indépendance de la Justice ou encore à l’installation d’investisseurs étrangers dans notre pays ?
Le Groupe ONA-SNI, dont on connaît l’actionnariat, est-il ce monstre glouton et insatiable comme le prétendent certains ?
N’a-t-il pas, récemment, cédé ses participations dans des affaires importantes telles que les Brasseries du Maroc au Groupe Castel et la Société Nouvelle des Boissons Gazeuses à Coca Cola ?
N’est-il pas l’initiateur et le partenaire de plusieurs grands groupes internationaux qui opèrent dans divers secteurs tels Danone, Lafarge International, Auchan, AXA ou encore la banque espagnole leader BSCH ?
Mais en vérité, a-t-on jamais vu cette holding empêcher l’implantation d’un opérateur international dans notre pays ? Y a-t-il déjà eu à l’étranger un investisseur déçu qui aurait accusé ce grand groupe d’avoir nui à ses projets marocains ?
C’est pourtant ce que veulent faire croire comme relevant du possible, voire du probable tous ceux qui critiquent le rapprochement entre deux banques à capitaux majoritairement marocains et dont les actionnaires de référence ont voulu préserver, justement, cette caractéristique !
Les critiques et les accusations fantaisistes qui ont fleuri ces jours derniers ne résistent pas longtemps à l’examen froid et objectif des faits, mais elles profitent d’un champ communicationnel laissé en friche par ceux qui, par éducation, culture et élégance, préfèrent la discrétion aux sunlights de l’actualité.
Cette qualité, appréciable et appréciée lorsqu’il s’agit de la préservation de l’intimité et de la sphère privée, n’est pas valable lorsque des circuits économiques, marqués d’ailleurs par la transparence et la bonne gouvernance ( qui caractérisent les grands groupes ici évoqués, telles les banques et autres holdings cotés en bourse), sont mis au devant de la scène par des opérations capitalistiques d’importance.
Les principales institutions financières et bancaires de ce pays sont régies par le statut le plus exigeant qui soit sur le plan juridique, celui de la société anonyme avec Conseil de Surveillance ou Conseil d’Administration. Elles sont quasiment toutes cotées à la Bourse de Casablanca et sont unanimement reconnues pour leur transparence fiscale et leur respect des prescriptions sociales. Ce que ne sauraient dire certains de leurs pourfendeurs médiatiques, spécialisés dans l’ardoise et la faillite frauduleuse…
Nul complexe ne devrait caractériser ceux qui oeuvrent pour le développement économique dans la clarté et le respect des lois dans le cadre d’un système libéral ouvert et concurrentiel. Nulle gêne ne devrait étreindre ceux qui, avec intelligence et brio, exécutent des opérations d’ingénierie financière hardies et brillantes.
Quand l’heure arrive de tel ou tel choix, il faut avoir à l’esprit que la meilleure défense est l’attaque.
Et si, comme disait Von Clausewitz " la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ", la communication est, sans nul doute, la magnification de la stratégie que l’on a choisie.
Qu’on se le dise !

Fahd YATA



 

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