Elles étaient d’ailleurs largement prévisibles et La Nouvelle Tribune les avait évoquées par anticipation en précisant dans l’éditorial "Capitalismus Rex" du précédent numéro : "cette opération devrait susciter des commentaires acerbes et des sorties médiatiques plus ou moins dépitées de la part de secteurs locaux prompts à instiller la médisance et qui y verront, à n’en point douter, la main d’un makhzen économique qu’ils considèrent comme omnipotent et insatiable".
La conférence conjointe tenue lundi dernier par le management de la BCM et les héritiers Kettani a donc constitué une bonne réponse à ces attaques injustifiées et bien souvent marquées au sceau de l’infantilisme et de l’approximation.
Pourtant, au-delà des réponses précises et des clarifications bienvenues qui ont été apportées ce jour-là, quelques points méritent des commentaires plus directs.
En effet, le rapprochement BCM-Wafabank ne saurait être un abus de position dominante et la violation de règles de conduite qui s’imposeraient automatiquement au makhzen, comme cela a été plus ou moins énoncé ici et là, parce qu’il n’y a pas, en l’occurrence, matière à immixtion directe du Palais dans cette affaire.
Avec ou sans consultation préalable du Groupe Ergis ou d’ONA-SNI, la logique capitaliste pure et l’intérêt stratégique premier de la BCM, banque privée marocaine, lui commandaient impérativement d’entreprendre un tel rapprochement, soit avec la BMCE, soit avec Wafabank.
À moins d’être totalement abruti ou ignare (ce qui va de pair chez certains…), tout un chacun est à même de comprendre que les banques marocaines ont désormais l’impérieuse obligation de se conformer aux nouvelles règles prudentielles édictées par Bank Al-Maghrib, mais aussi à celles qui entrent dans le cadre de "Bâle II" et de l’application du ratio Mac Donnough.
Et ce ne sont pas M. Abdellatif Jouahri, Wali de la Banque Centrale, ni Mme Dounia Taarji, Directeur général du CDVM, tous deux nommés par SM le Roi, qui pourraient intervenir pour empêcher le respect et l’observance de mesures et règles prévalant pour les secteurs bancaire et financier à l’échelle mondiale, sous prétexte que certains intérêts de la Famille Royale seraient en jeu !
D’ailleurs, comme a pu le préciser à La Nouvelle Tribune le principal dirigeant d’une grande banque étrangère solidement installée dans notre pays, "ce rapprochement a plus que du sens. Les banques marocaines n’ont pas, à moins d’un processus de restructuration impératif, les moyens de respecter les nouveaux ratios prudentiels, notamment en matière de fonds propres et de couverture de risques. Pour nous, cela ne pose pas de problème, parce que nous sommes adossés à des maisons-mères, à Paris, autrement puissantes"…
Par ailleurs, la volonté de préserver une certaine identité marocaine au niveau de la communauté bancaire au Maroc, ou encore celle d’un secteur plus compétitif, apte à accepter les défis de la mondialisation et de la globalisation, sont-elles révélatrices d’une démarche prédatrice de la part du makhzen ?
L’Europe occidentale, notamment la France, l’Espagne ou l’Allemagne, regorge d’exemples où l’on a pu voir les milieux d’affaires ou même les pouvoirs politiques s’impliquer et se mobiliser pour empêcher que des "joyaux" ne tombent entre des mains étrangères. Cela n’a choqué personne et encore moins ceux qui, sous couvert d’altermondialisme, développent des théories protectionnistes largement passéistes et utopiques.
Ce phénomène de préservation de l’identité nationale dans le champ économique a joué dans maints pays, tout comme celui de la concentration, à la fois dans les secteurs bancaire et financier, mais aussi dans la grande industrie, les télécommunications, le transport, l’assurance, etc.
Faudrait-il que le Maroc rate le coche de l’ouverture et de la modernisation de son économie, dans l’objectif urgent de créer des richesses additionnelles pour relancer l’emploi et satisfaire les besoins élémentaires de sa population, parce que quelques aigris estiment que l’opération sert des intérêts bien particuliers ?
Le makhzen a-t-il vraiment besoin de racheter Wafa Assurance pour conforter sa puissance ou accroître sa richesse ? Certains béotiens de la presse semblent le croire quand on doit y voir, uniquement, l’implication et la volonté personnelle d’un Marocain, fut-il Roi, d’impulser directement et fortement un processus de modernisation et de rationalisation d’un secteur essentiel pour le développement économique et le progrès social. L’immobilisme, la passivité, la frilosité de certains milieux, réfractaires aujourd’hui à l’investissement productif, seraient-ils l’expression de ce patriotisme que conçoivent ceux qui critiquent l’opération BCM-Wafabank ?
D’autres, qui craignent pour leurs positions acquises ou qui regrettent d’avoir été mis sur la touche, glosent sur ce "regain de marocanité". Ils préfèrent, sans doute, offrir l’avenir de leur peuple et de leur économie à la généreuse philanthropie d’investisseurs étrangers qui, à l’image de ce candidat à la reprise d’un établissement financier de la place, proposait dans son pacte d’actionnaires une clause de sortie à tout moment, au prix d’acquisition, en cas de non-réalisation du business plan…
La BCM, en acquérant Wafabank, a ainsi réussi une magnifique opération qui, comme l’a souligné un communiqué du GPBM, profitera au secteur bancaire en son entier. Cela n’empêchera nullement le capital étranger d’investir dans notre pays, mais confortera les Marocains dans la conviction que le développement économique du Royaume dépend avant toute chose de leur engagement, leur travail, leur implication, leur volonté d’aller de l’avant, dans le cadre d’un système ouvert, concurrentiel et moderne.
Aide-toi et le Ciel t’aidera, disent les croyants quand Mao Tsé Toung proclame qu’il faut compter sur ses propres forces…
Fahd YATA