Près de trois années se sont écoulées depuis que la Commission nationale des médecins internes et résidents (CNMIR) a présenté son dossier revendicatif aux ministères de tutelle, à savoir la Santé, l'Enseignement supérieur, les Finances (et actuellement le ministère chargé de la modernisation des secteurs publics). Cependant, hormis une augmentation des salaires, ces revendications sont restées insatisfaites dans leur globalité. Après avoir adressé à leurs ministères de tutelle plusieurs demandes d'audience, restées lettres mortes, l'ensemble des associations des Internes et Résidents en médecine, Pharmacie et médecine dentaire, répartis entre les quatre centres hospitaliers universitaires du Maroc (Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech), ont décidé d'observer une grève en vue de se faire entendre.
Revendications
Si le dossier revendicatif de la CNMIR s’est étoffé pendant ces trois années, certaines revendications majeures, selon le Dr Alloubi, président de l’association des médecins internes et résidents du CHU Casablanca (AMIRC), appellent un traitement urgent.
En premier chef, l’intégration des résidents dès la première année dès leur résidanat, au lieu de la troisième année actuellement avec le bénéficie de tous les avantages de la fonction publique: l'ancienneté, la sécurité sociale, la CIMR..., par exemple. A ce titre, il convient de rappeler qu’un médecin résident a un diplôme en médecine générale qui lui permet de passer le concours de résidanat pour intégrer une spécialité quelconque. Au terme de 5 années (pour la spécialité médicale) et 4 années pour la spécialité chirurgicale, le résident acquiert le statut de médecin spécialiste après une douzaine d’années de formation. Or, ce que les médecins résidents déplorent c’est le statut de stagiaire qui leur est imposé, durant les deux premières années de formation à la spécialité. De ce fait ils n'ont pas de sécurité sociale et perçoivent uniquement une indemnité mensuelle de stage de 4700 Dhs. Ce n’est qu’à partir de la troisième année que le médecin résident est intégré. Il aura alors une rémunération de 7000 Dhs, (ce que perçoivent, en principe les médecins généralistes intégrés), ainsi qu’un numéro de DOTI. Les médecins résidents estiment qu’il s’agit d’une injustice. “Nous sommes médecins et nous n’avons pas de sécurité sociale, quel contraste !”, lance, indigné, le dr. Nassiq, membre de l’AMIRC qui poursuit ” Nous revendiquons une couverture médicale et sociale pour les internes et les résidents. Et en vertu des lois régissant la fonction publique, l’intégration est effectuée au bout d’une année et non de deux années d’exercice. Ceci devrait en principe s’appliquer aux médecins résidents, comme c’est le cas pour les médecins généralistes qui optent pour le secteur public et tous les autres secteurs, d’ailleurs", explique le Dr. Nassiq. L’objectif étant de profiter des avantages que présente l’intégration dès la première année“.Or, ce qui se passe actuellement, c’est que les deux premières années où le résident (médecin généraliste) est considéré comme stagiaire, alors qu’il il exerce bel et bien son métier n’interviennent pas dans son grade , ce qui l’empêche de grimper les échelons administratifs. Après trois années de formation, nous nous retrouvons au point de départ”, avance le Dr. Alloubi. Partant, le mouvement associatif des internes et résidents réclament la comptabilisation des années de résidanat dans l’ancienneté, conformément aux textes de lois régissant la fonction publique au Maroc.
Par ailleurs, ce dossier revendicatif réclame aussi l’établissement d’un statut législatif clair et précis pour les internes et les résidents. “ L'ancien statut des résidents était clair, les modifications de 1996, l’ont rendu ambigu. Les textes de loi laissent un certain nombre de questions en suspens. Le ministère de la Santé, non plus n’est pas clair à ce sujet. Actuellement on parle de compétence, et c’est pour ces raisons que nous avons demandé à plusieurs reprises une audience au ministère pour clarifier les choses, mais sans succès”, précise le président de la CMIRC. En effet, le devenir du médecin résident, lorsqu’il échoue à l’examen de résidanat, est ambigu. Selon la réglementation, lorsqu’un candidat, qui est au fait un médecin généraliste et qui a passé entre 4 et 5 ans de formation, rate l’examen de résidanat deux années de suite, il est exclu. Or cette règle ne dit pas clairement si ce médecin est considéré comme généraliste ou spécialiste.
En outre, les médecins résidents revendiquent la modification des modalités du système d’évaluation pour l’obtention du diplôme. “ Au terme de sa formation, le médecin résident est évalué sur la théorie, sans prendre en considération ses cinq années d’exercice au sein de l'hôpital, alors qu’en chirurgie le côté pratique prime”, ajoute le Dr. Alloubi. L’amélioration du système de formation figure également parmi les revendications de la CNMIR. Selon les médecins internes et résidents du CHU Ibn Rochd, le manque de matériel de formation (audiovisuel, matériel informatique, …), le manque d’hygiène et de sécurité sont des freins qui entravent le cours normal de la formation. Enfin, la rémunération des gardes, qui concerne non seulement les résidents et les internes, mais aussi tout le personnel médical et paramédical des CHU, est sollicitée. En effet, le Maroc est le seul pays où les gardes ne sont pas payées. “Nous ne sommes pas contre les gardes, cela relève de notre devoir, mais nous estimons que nous devons être rémunérés pour un service que nous effectuons en dehors de nos horaires de travail.”, déclare-t-on à l’Association des médecins internes résidents à Casablanca.
Réaction ministérielle
C’est pour lever l'ambiguïté sur tous ces problèmes que la Commission a demandé des audiences aux ministères de tutelle, et c’est en l’absence de toute réaction de la part des concernés que la CNMIR a décidé un mouvement de grève. Après deux arrêt de travail d’une durée de 24 heures chacune, la Commission a décidé de suspendre, momentanément ce mouvement, à la suite d’une promesse de d'audience avec le ministre de la Santé faite par le chef de cabinet de ce dernier. Dans l’objectif de nous enquérir du sort de ce dossier, nous avons contacté le ministère de la Santé, qui s’est contenté de nous confirmer le limogeage de M. K. Ammar, directeur de l'hôpital Ibn Sina à Rabat, pour son implication dans ce mouvement de grève, avant de nous orienter vers M. Belmahi, doyen de la faculté de médecine de Rabat, mais ce dernier n'était pas joignable, selon son secrétariat.
Leïla Ouazry