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" il est nécessaire de créer une instance nationale de bioéthique" Entretien avec M. Omar Fassi Fihri

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La Nouvelle Tribune : Le clonage reproductif a suscité récemment un débat national et le comité d’éthique pour la recherche biomédicale de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Casablanca l’a condamné. Quelle est la réaction de votre Département à ce sujet?

Le clonage reproductif ainsi que le Clonage thérapeutique soulèvent des questions éthiques, sociétales et juridiques que les progrès des sciences du vivant posent aujourd’hui à toute l’humanité. les interventions sur la procréation humaine, sur le patrimoine génétique, les prélèvements d’organes, mais aussi celles qui portent sur les animaux et les plantes ont suscité ces dernières années un débat avec une ampleur telle que dans beaucoup de pays ont été mises en place des instances de réflexion et d’orientation sur ces questions, qui commencent progressivement à se poser aussi dans notre pays . C’est pour répondre à cet ensemble de questionnements qu’il est suggéré d’examiner de débattre avec tous les départements concernés des dispositions appropriées à mettre en place et d’accompagner la création d’une instance nationale consultative sur la bioéthique, à l’instar de ce qui existe aujourd’hui dans de nombreux pays, et comme cela est recommandé par les instances internationales, comme l’UNESCO.
Cette instance nationale de bioéthique, quand elle sera mise en place, évaluera l’impact des biotechnologies et donnera son avis sur les problèmes éthiques posés par les progrès des sciences dans les domaines de la biologie et de la médecine en général et dans le domaine du clonage reproductif et thérapeutique en particulier.

Même si le clonage thérapeutique semble faire  l'unanimité chez les chercheurs, le vide juridique qui entoure cette pratique ne risque-t-il pas, en l‘absence de garde-fous, d’en dévier les objectifs?

C’est vrai que quelles que soient l’origine ou la destination de l’acte manipulateur d’organisme vivant sur lequel on cherche à agir, il n’en demeure pas moins que liés aux progrès enregistrés par les sciences et la technique, ces actes peuvent être utiles, mais présentent aussi des risques éventuels. Il est évident que le clonage thérapeutique et que l’exploitation des organismes génétiquement modifiés (OGM) présentent des bienfaits potentiels pour l’humanité tout entière. D’autre part, on sait que les biotechnologies ont permis des applications relatives à des problèmes de santé qui résistaient jusqu’alors à tout traitement; on a ainsi pu déterminer, par exemple, quels sont les gènes qui sont à l’origine de la création ou de l’activation du processus pathologique, et la manière dont ces gênes contrôlent le processus et ce qu’il est possible de faire pour les arrêter. Toujours dans le domaine de la santé, les laboratoires pharmaceutiques sont en train aujourd’hui de passer du développement de médicaments s’appuyant sur la chimie médicale à la conception de médicaments utilisant des informations de la génomie et technologies connexes. Les médecins pourraient aussi, grâce au génie génétique et la culture des tissus, traiter des maladies jusque là incurables (sida, paludisme, cancer et troubles nerveux). La thérapie génétique et les technologies associées permettent également de s’attaquer davantage aux causes des maladies plutôt qu’aux symptômes.
Les bienfaits de l’exploitation des organismes génétiquement modifiés (OGM) de même que les applications relatives aux biotechnologies présentent également un enjeu considérable pour l’agriculture et les industries agro-alimentaires. La biotechnologie appliquée aux cultures végétales engendre des cultures résistant à la sécheresse et aux différentes maladies et permet un rendement supérieur, avec une réduction notable de la consommation des pesticides, qui endommagent souvent les sols et entraînent des risques de maladie chez ceux qui utilisent ces produits.
Cependant, si les biotechnologies sont le plus souvent porteuses de bienfaits spécifiques, il n’en demeure pas moins qu’elles s’accompagnent de nombreux risques.
L’état de risque potentiel relève surtout des applications de la biotechnologie dans le domaine médical. La pratique des manipulations du vivant, en procédant soit à des greffes d’organes soit à des interventions sur le patrimoine génétique entraîne de grands risques pour la santé humaine et met en jeu de façon nouvelle la dignité de la personne, et surtout le respect de la vie dès son commencement. Ces innovations médicales posent aussi des questions d’identité de la personne; et ce sont des sujets sur lesquels la société éprouve le besoin de débattre, de légiférer et de placer des “ garde-fous ”, comme vous dites, pour éviter les dérives et pour ne pas dévier des objectifs qui consistent à améliorer la qualité et l’efficacité des soins et à garantir les chances de mise au point de nombreux traitements destinés à des maladies incurables. C’est pourquoi, il est nécessaire de créer une instance nationale de bioéthique qui jouera le rôle d’encadrement et de contrôle, mais aussi d’accompagnement, de veille et d’expertise dans ce secteur d’activité.

Le Maroc a connu, durant cette dernière décennie, une avancée en matière de biotechnologie et on compte, aujourd’hui, 12 centres de PMA (procréation médicalement assistée). Or cette pratique s'exerce sans encadrement juridique bien que l’équipe du Centre de Fécondité de Casablanca ait fait à ce sujet, en 1998, une proposition de loi au ministère de la Santé, restée sans suite à ce jour. Quelle lecture faites-vous de ce point et que comptez-vous faire à propos de la réglementation sollicitée en la matière ?

Ce que je sais c’est que dans le secteur de la santé publique, de telles pratiques n’existent pas ; cependant dans le secteur privé, elles existent dans la plupart des grandes villes marocaines, depuis sept ou huit ans, elles sont réalisées par des compétences nationales avec des résultats analogues à ceux qu’on obtient en Europe, mais à des coûts inférieurs; toutefois dans la plupart des pays européens, comme en France par exemple, ces pratiques sont encadrées par la loi et par des règles d’éthique, ce qui pose avec urgence d’une part l’adoption des textes qui manquent encore chez nous et qui doivent réglementer ces activités, ainsi que d’autre part la mise en place de structures qui les régulent; et à ce sujet tous les départements concernés, en particulier les Départements de la Santé, des Affaires Islamiques, de la Recherche Scientifique, de la Justice, le Secrétariat Général du Gouvernement.. doivent s’investir pour combler le vide juridique  existant.

Le projet de création d’un comité national de bioéthique, évoqué en juin 2001, et resté également lettre morte. Est-ce qu'il fait actuellement l’objet d’une étude appropriée, sachant que les comités d’éthique locaux ne sont pas dotés de pouvoirs exécutifs ?

Le projet de création d’un comité national de bioéthique, évoqué en juin 2001, n’est pas resté lettre morte comme vous le dites; il est suggéré de charger un comité interministériel impliquant tous les départements concernés pour débattre des dispositions appropriées à mettre en place et pour accompagner la création d’une instance nationale consultative sur la bioéthique.

Propos recueillis par
Leïla Ouazry



 

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