Les audiences de mardi, mercredi et vendredi de la semaine dernière ont été consacrées essentiellement aux interrogatoires. Le juge a entendu 25 témoins cités par la défense alors que trois autres personnes n’ont pas été auditionnées: deux d’entre elles n’avaient pas leur carte d’identité nationale et la troisième s’est absentée en présentant des justifications à la cour. Concernant la citation à titre de témoin de l’Ambassadeur de l’Arabie Saoudite à Rabat, le juge s’est contenté de la lettre du diplomate saoudien dans laquelle il soutient qu’il n’a pas été mis au courant de l’arrestation des trois saoudiens présumés membres de ce qui est appelé “ Cellule dormante d’Al Qaïda”. Pour ce qui est de l’opportunité de convoquer en qualité de témoin Rajae Belmoujane, sœur de Bouchra Belmoujane, première épouse de Zouhair Tabiti morte en Afghanistan lors des raids américains, la Cour a décidé de se prononcer sur cette question lors de la prochaine audience. Si l’on revient, par ailleurs, à la séance du vendredi 7 février, elle complétait celles tenues mardi 4 et mercredi 5 février, au cours desquelles les accusés ont rejeté toutes les charges retenues contre eux ainsi que leur appartenance à Al Qaïda.
Le juge chargé du dossier a entendu leur version. Deux des trois Marocains impliqués dans ce procès ont reconnu avoir entretenu des relations avec l’un ou l’autre des Saoudiens tout en précisant que ces relations avaient pour objectif de monter des affaires. Le troisième a indiqué que ses relations avec Zouhaïr Tabiti, l’un des Saoudiens accusés, entraient dans le cadre d’une affinité religieuse et d’une solidarité avec un musulman en situation de crise financière. A propos de Zouhair Tabiti, il a avoué qu’en l’an 2000, il a rencontré en Afghanistan, le chef du réseau Al Qaïda Oussama Ben Laden. Par contre, il a catégoriquement rejeté toute accusation devant compromettre davantage son cas, notamment celle d’avoir acheté des produits chimiques destinés à la fabrication d’explosifs. Ont été appelés à la barre également, Naïma Haroune, Bahija Haïdour, Houria Haïdour et le policier des frontières Abdellah Abed. Ce dernier, poursuivi pour corruption, a nié avoir reçu un billet de 200 Dhs de Jaber Aouad Al Assiri pour lui faciliter le passage de son épouse marocaine Naïma Haroune. Il a avancé qu’il n’était au courant de rien et qu’il n’avait fait que son travail, à savoir, viser un passeport saoudien après n’y avoir décelé aucune irrégularité. Le policier Abed a expliqué à la Cour que n’importe quel autre policier aurait fait la même chose suite aux instructions de ne pas déranger les touristes venant des pays du Golfe accompagnés de leurs épouses voilées. Répondant de ses actes, Naïma Haroune, épouse de l’inculpé saoudien Hilal Jaber Al Assiri, a reconnu avoir voyagé en Arabie Saoudite et séjourné en Afghanistan pendant trois mois. Mais elle a tenu à préciser devant la Cour que son mariage était légitime et que son périple du côté de l’Arabie Saoudite et de l’Afghanistan était régulier. Quand à la seconde mise en cause, Bahija Haïdour, épouse de l’autre Saoudien inculpé Zouhair Hilal Tabiti, elle a reconnu que son mari lui a parlé de son statut de Moujahid et qu’il n’est pas un commerçant. Après avoir donc écouté témoins et inculpés, le juge a décidé de fixer la reprise des débats au mardi 18 février. Cette séance sera, sans aucun doute, agitée puisque réservée au réquisitoire du ministère public et aux plaidoiries d’une défense qui semble attendre ce moment avec impatience. D’une autre part, cette séance devrait ramener le procès aux questions sérieuses et à un débat plus approfondi sur le plan juridique entre les deux parties. Une confrontation à suivre de près.
H.Z.