Car le texte, pour court et sec qu’il soit, est parfaitement clair sur la situation actuelle des instances dirigeantes de la première formation de gauche marocaine. Rien en effet ne donne à croire que dans les coulisses du "Parti à la rose" se déroule une bataille acharnée entre partisans de Me Mohamed El Yazghi, numéro 2 de l’USFP jusqu’au départ de l’ancien Premier secrétaire, et Me Abdelwahed Radi, éminent membre du BP depuis des lustres et Président de la Chambre des Représentants, bataille qui mettrait en péril l’unité de ce parti.
Des sources concordantes, évoquant la mini crise qui a secoué le Bureau Politique en fin de semaine dernière, alors que des membres de cette instance se trouvaient à l’extérieur du pays, ont indiqué à La Nouvelle Tribune que la question posée n’était pas tant la contestation de la candidature du Premier secrétaire adjoint, que la reconnaissance par celui-ci d’une nomination valable seulement jusqu’à la tenue des assises nationales statutaires de l’USFP, dans le respect des délais précédemment fixés.
Connaissant la "répugnance" de l’Union Socialiste, comme beaucoup d’autres partis nationaux d’ailleurs, à communiquer en toute clarté et transparence sur les débats internes de cette formation, on attendra donc la publication d’un nouveau communiqué officiel pour connaître le nom du successeur de M. El Youssoufi…
Ceci étant, avec une candidature ou sans candidature de Me Radi, il semblerait que les chances de M.El Yazghi soient réelles, aussi bien au niveau du Bureau Politique qu’à celui de la Commission Administrative, s’il s’avérait que " le parlement " du Parti devait désigner le nouveau Premier secrétaire.
Comme l’ont écrit à l’envi nombre de nos confrères, M. El Yazghi est un homme d’appareil et l’on pourrait même affirmer qu’il personnifie "l’appareil" de l’USFP.
Homme de terrain, il n’a jamais fait partie de la "cohorte des émigrés", de ceux qui partirent à l’étranger pour échapper aux foudres de la répression durant les décennies soixante et soixante-dix. Il a connu la prison, essuyé une tentative d’assassinat par colis piégé, mais surtout, a représenté, derrière feu Aberrahim Bouabid, (quand El Youssoufi était à l’extérieur), la continuité et la pérennité de la grande formation progressiste marocaine.
Cette qualité, personne ne saurait la contester et surtout pas Me Abdelwahed Radi, qui, lui aussi, n’a jamais pris le chemin de l’exil. Mais les atouts de ce dernier, " fils de grande tente du Gharb ", ne sont pas ceux de l’avocat r’bati.
En effet, Me Abdelwahed Radi est largement connu sur la scène politique nationale comme l’homme des compromis, des médiations, de la raison et du réalisme. Ce spécialiste du "go between", des contacts discrets et des règlements consensuels a, du fait de ses capacités de négociateur, rendu de fiers services à son parti tout au long d’une riche carrière parlementaire, lui qui est l’un des rares hommes politiques nationaux à avoir siégé durant toutes les législatures vécues par le Maroc depuis la moitié de la décennie soixante.
En ce sens, il est l’un des rouages les plus importants et les plus efficaces du parti socialiste, mais en direction de l’extérieur. M. Radi existe surtout vis-à-vis des partenaires de l’USFP, voire de ses adversaires, de ses compétiteurs sur la scène politique, beaucoup plus donc qu’au niveau interne, en tant qu’animateur d’un courant qui, d’une part serait constitué (ce qui n’est pas le cas) et, d’autre part, s’opposerait à celui de l’homme fort actuel (et passé) M. Mohamed El Yazghi. De plus, contrairement à ce qui a été écrit ici ou là, M. Radi n’est pas l’affidé de certains cercles dirigeants actuels, essentiellement constitué d’hommes beaucoup plus jeunes que lui.
Et, parce que l’USFP a incontestablement vécu des périodes sombres qu’elle a surmontées, même s’il existe encore d’anciens cadres et militants aigris qui se répandent en fausses rumeurs, il serait tout à fait erroné de croire que la présente conjoncture est annonciatrice d’une prochaine scission de l’USFP.
En effet, ceux qui ont si longuement glosé sur une telle éventualité n’ont guère pris soin de comparer les époques où intervinrent des scissions et celle d’aujourd’hui. Encore moins de comparer le statut et les atouts des scissionnistes virtuels avec ceux de leurs prédécesseurs.
Lorsque MM.Amaoui et Bouzoubaa, furieux de leur défaite au sixième congrès de l’Union Socialiste, entreprirent de fonder le Congrès National Ittihadi, ils avaient avec eux les cohortes militantes du syndicat CDT. Lorsque les universitaires grisonnants suivirent MM. Sassi, Akesbi et consorts dans leur fronde au nom du courant "Fidélité à la Démocratie", ils espéraient fort entraîner dans leur sillage une "chabiba" qui, majoritairement, a refusé le schisme, plaçant même les opposants à la ligne majoritaire dans l’impossibilité de fonder une structure partisane pérenne, ce qui fit d’eux de simples chroniqueurs contestataires…
Quelle serait aujourd’hui la destinée de dirigeants comme Radi, Oualalou, Malki, Alioua, si, d’aventure, ils venaient à quitter l’USFP?
Auraient-ils les moyens de ravir à M. El Yazghi un appareil et des hommes qu’il contrôle depuis plus de vingt ans ?
Sont-ils eux-mêmes autre chose que le produit direct de "la machine socialiste", qui les a faits, les a portés, les a promus depuis tant d’années ?
Et, surtout, n’ont-ils pas profité au maximum "des délices de Capoue" depuis que l’USFP a renoncé au combat dans l’opposition au profit d’une participation aux affaires gouvernementales depuis le mois de mars 1998 ?
Pour ces raisons donc et quelques autres, il y a tout lieu de croire que l’Union Socialiste des forces Populaires, bien que minée par certaines contradictions internes, affaiblie certes par des défaites sérieuses lors des dernières consultations électorales, caractérisée trop souvent par l’ambition dévorante et l’arrivisme de certains de ses "chefs", n’en est pas moins à l’abri d’une scission.
M. Mohamed El Yazghi sera, très certainement, désigné par le Bureau Politique au poste de Premier secrétaire de ce parti, jusqu’à la tenue (à une date qui sera déterminée selon sa convenance…) du septième congrès de l’USFP !
Fahd YATA