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Youssoufi rend son tablier à la bonne heure …

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Publier le : October 30, 2003

Mais pour surprenante qu’elle est, devra-t-on pour autant l’appréhender comme une démarche irréfléchie, intempestive de la part d’un homme connu à la fois pour son caractère décidé, ses décisions irrévocables et ses coups d’éclat ? On pourrait, d’ailleurs, rapprocher ce geste d’un acte antérieur lorsque M. Abderrahamane El Youssoufi, déçu des résultats de l’USFP au soir des législatives de 1993, avait regagné sa ville d’exil, Cannes, pour une "bouderie" de plusieurs mois, avant un retour triomphal qui devait lui ouvrir tout à la fois les portes de l’alternance consensuelle et de la Primature.
Mais aujourd’hui, après plusieurs années de rudes épreuves, marquées par une lutte incessante à l’intérieur du parti et à l’extérieur, contesté de plus en plus fortement par les militants et certains de ses collègues du Bureau Politique, fragilisé par les médiocres résultats des communales où il a dû prendre à son compte les échecs de certains de ses protégés aveuglés par des ambitions dévorantes, "Si Abderrahmane" est sans doute fatigué.
On ne s’avancera pas à évaluer ici sa santé physique ou son agilité intellectuelle. La sphère privée d’un homme public n’est pas de la compétence d’un analyste "politique". Mais on n’hésitera pas à énoncer que le Premier Secrétaire démissionnaire, (puisque le BP de l’USFP n’aurait pas à ce jour accepté sa démission), aura voulu, par cette décision radicale, en finir définitivement avec la vie politique, se rapprochant ainsi, mais avec quelque retard, du geste d’un Lionel Jospin sévèrement battu au premier tour des élections présidentielles françaises en 2002.
Comprenant, après plusieurs semaines de réflexion qu’il fallait bien désigner un responsable à la cuisante déconfiture du Parti à la Rose au lendemain du 12 septembre dernier, ébranlé depuis la désignation d’un Premier ministre "apolitique" après les législatives de septembre 2002 (alors qu’il se voyait rempiler "pour le bien de la patrie"), affaibli par les luttes intestines de plus en plus sévères qui secouent la nomenklatura de l’USFP et qui opposent ses lieutenants au "Poulidor" socialiste, Mohamed El Yazghi, M. El Youssoufi a tiré les conclusions ultimes d’une déliquescence prononcée du Parti qu’il dirige depuis la disparition du regretté Abderrahim Bouabid à l’aube de la décennie 90.
On pourrait également penser que cette décision, assurément sage et opportune, a été prise également à la suite du récent décès de Fqih Basri, son compagnon des années d’exil, quand Si Aberrahmane représentait le parti à l’extérieur du Maroc. Il se pourrait fort donc que le dirigeant éprouvé (dans tous les sens du mot) se soit rendu compte en cette douloureuse occasion qu’il ne reste plus grand monde dans le camp des "leaders historiques" et que lui-même, octogénaire, pourrait enfin profiter d’une retraite largement méritée sous le soleil cannois, si agréable en hiver.
Son départ, en tout cas, ne manquera pas de produire l’effet escompté par El Youssoufi lui-même, c’est-à-dire une mise à plat de l’ensemble des problèmes et des difficultés qui minent l’USFP depuis plusieurs années. En démissionnant de la sorte, le dirigeant socialiste rend un dernier service au Parti qu’il a animé, défendu et développé depuis si longtemps en permettant une catharsis salvatrice réclamée depuis longtemps par les secteurs les plus conscients du socialisme national, mais également par l’opinion publique et, ce qui ne saurait être ignoré de Si Abderrahmane, par le Souverain lui-même qui a appelé de ses vœux un aggiornamento de la classe politique.
En dirigeant lucide (mais peut-être amer également), en patriote conséquent et en esprit réaliste, Abderrahmane El Youssoufi tire sa révérence, avec panache, même si nombreux sont ceux qui considèrent qu’il aurait pu le faire plus tôt.
Il laisse ainsi la voie ouverte à des prétendants affirmés et connus, comme Me Mohamed El Yazghi, mais aussi à d’autres, moins bien placés mais ô combien désireux d’occuper, la cinquantaine révolue, une place si difficile à lâcher une fois qu’on a la chance de l’obtenir…

Fahd Yata



 

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