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Du pistolet au chapelet… Décès de Fqih Basri

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C’est à la suite de celle-ci que feu Mohamed Basri avait adressé à SM le Roi Mohammed VI, un message de remerciements et de gratitude, écrivant notamment : "Après m'être réveillé de l'état comateux dont j'étais victime à la suite d'une crise cardiaque, et de l'opération chirurgicale qui s'en est suivie, grande était mon émotion en apprenant que Votre Majesté a pris en charge les frais des soins qui m'ont été prodigués et ceux ayant trait au transport et au séjour de ma famille".
Ses obsèques devaient avoir lieu hier mercredi à Casablanca.

De Blanqui à Yassine ?

Plus connu sous le sobriquet de " Fqih ", parce qu’il avait notamment étudié à la Faculté Ben Youssef de Marrakech, le défunt était né à Demnat (province d'Azilal) où il avait commencé ses études à l'école coranique avant de rejoindre en 1944 la capitale du Sud. C’est à Marrakech donc qu’il avait fait ses premières armes en tant que résistant contre le colonisateur français.
Arrêté en 1954 par les autorités du protectorat, il parvint à s'évader de la prison de Kénitra en 1955.
Après l'indépendance, il avait participé à la fondation de l'Union Nationale des Forces Populaires (UNFP), née d’une scission du Parti de l'Istiqlal en 1959 et dirigé le quotidien ATTAHRIR.
Arrêté en 1963 puis relâché, il avait quitté le Maroc peu après pour n’y retourner qu’en juin 1995, à la faveur de l’amnistie royale de 1994.
Le décès de Fqih Basri marque donc la fin d’une période agitée de l’Histoire moderne de notre pays. Le défunt, militant incontestable de la gauche progressiste et patriotique, membre fondateur de l’UNFP, ne laissait personne indifférent, tant ses positions pouvaient parfois paraître tranchées et radicales.
S’il avait acquis tout au long de la décennie soixante et de la suivante, la solide réputation d’un blanquiste invétéré, plus prompt à projeter des opérations armées à partir de l’étranger qu’à organiser la mobilisation des masses populaires à l’intérieur du territoire national, feu Basri n’en était pas moins respecté et reconnu par ses pairs du mouvement national, mais également par une grande partie des cercles dirigeants arabes.
Pourvu d’un carnet d’adresses très fourni, proche du parti Baath (tant de l’aile syrienne que de l’irakienne), ami des leaders algériens de la première heure, des Libyens, des Égyptiens, des Yéménites (du Sud) et des Palestiniens, feu Basri avait sans doute plus d’ennemis au sein de la classe politique marocaine que sur la scène arabe et notamment celle qui, durant les quarante dernières années, se proclama anti-impérialiste, socialiste, pan arabe et anti-réactionnaire.
Son éloignement du sol natal durant trois décennies ne l’empêcha nullement d’ailleurs de garder le contact avec le mouvement politique dont il était issu, même s’il refusa à la veille de la glorieuse Marche Verte de porter sur les fonts baptismaux l’Union Socialiste des Forces Populaires, lui préférant " L’Option Révolutionnaire " en référence directe à feu Mehdi Ben Barka.
Après son retour au Maroc, à la veille de l’alternance consensuelle sous l’égide de son ami d’exil Abderrahmane El Youssoufi, le Fqih, tout en exerçant un attrait certain sur des milieux bien précis (notamment une partie de la Jeunesse ittihadie, des cercles syndicaux proches d’Amaoui ou encore les derniers survivants de la Résistance) n’a jamais vraiment réussi son come back politique.
L’éloignement prolongé du pays et de ses réalités l’empêcha, sans doute, de comprendre la portée et les objectifs de la nouvelle donne politique initiée par feu SM Hassan II et les partis de la Koutla.
Cela fit du Fqih un observateur passif des évolutions institutionnelles et politiques ultérieures, un critique acerbe des avancées réalisées, mais aussi un allié objectif et subjectif des adversaires de la modernité, de la démocratie et de la nouvelle ère, comme le prouve " le bout de chemin " qu’il fit avec les émules d’Al Adl Wal Ihsane au cours des dernières années.
On gardera de lui, néanmoins, l’image d’un patriote, d’un militant résolu de la cause nationale, d’un esprit frondeur et libre, d’un Marocain authentique, vrai et fier de l’être.

Fahd Yata



 

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