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La victoire du pôle haraki est logique Entretien avec M. Bouazza Ikken, Président de l’Union Démocratique

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Publier le : October 2, 2003

La Nouvelle Tribune : Quel constat faites-vous du champ politique national, après les élections du 12 septembre 2003 ?
M. Ikken Bouazza : Il faut souligner que l’échiquier politique doit être divisé en deux parties. D’abord; les législatives.
Malheureusement, elles n’ont pas donné une image exacte de la représentation politique des partis au sein du Parlement. Le scrutin de liste a faussé tout le processus et je dirais même que les élections législatives se sont passées dans des conditions inattendues. Ensuite les élections du 12 septembre 2003. Pour ce qui des Conseils des communes, je peux affirmer qu’elles se sont déroulées dans une ambiance de clarté, de démocratie, l’administration n’ayant joué aucun rôle si ce n’est celui de l’arbitre et d’assurer l’ordre public. Si l’on doit prendre les Communes, je dirai qu’elles représentent l’image exacte du paysage politique. Par contre, si l’on prend le Parlement, je ferai des réserves. Cependant, je pars du principe que la démocratie s’apprend avec le temps, elle ne tombe pas du ciel. Sa Majesté le défunt Roi Hassan II disait que : «Il faut tailler la démocratie en fonction de notre culture, de notre degré d’évolution de la population marocaine et le degré du savoir-faire.» C’était bien parti. Et le regretté Roi, l’avait souligné avec force à la conférence France-Afrique à Baule : «la démocratie ne s’invente pas, elle se confectionne comme l’habit en fonction de la taille de l’individu.» Nous avons fait du progrès et le peuple marocain a beaucoup appris et je pense que les prochaines élections donneront des résultats meilleurs.

Comment expliquez-vous cette avancée de l’Union Démocratique, votre parti, lors de ces élections alors qu’il vient juste d’être créé ?
Il est vrai que, comme je l’ai toujours signalé dans beaucoup de mes entretiens, l’Union Démocratique est un parti jeune par sa constitution. Mais en ce qui concerne ses origines, elles vont très loin. La preuve est que quand j’ai affronté les élections législatives, j’avais déjà deux groupes parlementaires. Dans la première Chambre, je disposais d’un groupe de 7 députés tandis qu’à la deuxième Chambre, nous avions 27 Conseillers. Par conséquent, l’UD est nouvelle par sa date de création mais elle est ancienne par ses membres et sa percée. Cependant, si nous la comparons aux autres formations qui ont été créées en même temps qu’elle, nous pouvons dire que l’UD a fait une percée. Pour moi, le score de l’UD est une évolution normale. En définitive, c’est un travail de terrain mené par ses cadres et ses militants qui a abouti à ces résultats lors des communales du 12 septembre. A cela s’ajoutent le ciblage et le bon choix des candidats.

Quelles sont les raisons qui ont motivé l’UD, et les autres partis de la Mouvance Populaire, à voter contre les candidats de l’USFP et de l’Istiqlal lors des élections des Maires notamment à Rabat et à Casablanca ?
Je me souviens d’une phrase célèbre qui dit que le pouvoir use. Les vieux partis qui avaient plus d’influence à Casablanca et à Rabat sont connus. Seulement, le pouvoir les a usés. Les citoyens attendaient beaucoup du Gouvernement d’Alternance d’Abderrahamane El Youssoufi. Ils attendaient encore plus au moment où il a été aménagé, que je j’appellerais Youssoufi II. Malheureusement, ils ont été déçus. Aujourd’hui, il n’y a plus de citoyens de campagne ni de citadins. Il y a un mélange. Il y a eu beaucoup de populations rurales qui ont migré vers les grandes villes. Ce qui fait que la population de Casablanca a beaucoup changé . Ce qui est normal et tout à fait légitime. Il faut être raisonnable. Chacun travaille pour son compte, il se trouve que cette année, nous avons créé le pôle haraki qui a percé à Rabat. À Casablanca, le candidat de l’Istiqlal a voulu nous mettre devant le fait accompli après avoir coordonné ses actions avec l’USFP. Chose que les autres formations n’ont pas acceptée, raison pour laquelle ils ont choisi un autre candidat. En outre, la Koutla a pris le pouvoir pendant des années, malheureusement, il s’est avéré que la situation n’a pas beaucoup évolué. Certes, la koutla a hérité d’une situation catastrophique au moment où elle a pris le pouvoir, mais elle n’a pas su combler l’espoir des citoyens.

Quelle lecture faites-vous aujourd’hui du gouvernement, après ce qui s’est passé après le 12 septembre ?
Je pense qu’il faut reconstituer la majorité en fonction de l’influence de chaque parti. Mais cela est une question qui appartient au Roi, selon la Constitution. En la matière, le Souverain doit prendre son temps pour choisir un autre Gouvernement. Le changement s’impose désormais à la lumière des élections.

Qu’en est-il des pourparlers entre les composantes de la Mouvance Populaire pour la formation d’un seul bloc, après s’être divisée auparavant ?
Le regroupement des trois partis pour la formation d’un pôle est tout à fait normal. Nous appartenons à la même famille. Sa Majesté le Roi Mohammed VI ne veut plus parler avec les petits partis, uniquement avec les grandes formations. Donc, il a demandé que les partis se regroupent. C’est pour cela que lorsqu’il les a reçus à Marrakech, l’UD n’a pas été invitée parce qu’elle n’avait fait alliance avec aucun autre parti. En effet, il est plus facile de discuter avec trois ou quatre grands partis qu’avec 25 ou 27 petites formations politiques. Cependant, c’était prévisible qu’on regagne les deux autres partis de la Mouvance Populaire, seulement je ne voulais pas le faire par la petite porte. Je voulais en fait me reconstituer avant de les rejoindre. Et le moment venu, je suis entré par la grande porte.

Que pensent les militants de ce rapprochement soudain, alors qu’il y a peu de temps vous étiez des ennemis jurés ?
En ce qui concerne les Directions, les Secrétariats Généraux, la coordination et l’entente sont au beau fixe. Il n’y a pas eu la moindre difficulté. Cependant, au niveau local, c’est un peu difficile de remarier des gens qui avaient divorcé auparavant. C’est très difficile mais avec de la volonté, on arrive toujours à trouver des solutions. Ce qui est important, c’est que Aherdane, Ikken et Laenser s’entendent à merveille. Maintenant, nous ne pouvons pas imposer notre décision aux militants de base qui connaissent mieux leurs intérêts. Mais il y a une concertation de bas en haut pour trouver des solutions et je pense que les prochaines consultations, ce sera encore plus facile. Cependant, il faut souligner que ce n’est pas la division d’antan qui crée le mauvais fonctionnement au niveau local. C’est plutôt l’intérêt personnel, l’égoïsme, l’individualisme qui font que même au sein d’un même parti, il y a des gens qui ne s’entendent pas. C’est pourquoi, nous avons déterminé un critère basé sur le fait que là où la Mouvance Populaire a plus de Conseillers, les autres lui cèdent leurs places. En dépit des difficultés qui ne sont d’ailleurs pas insurmontables.
Entretien réalisé

 par Mamady Sidibé



 

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