A 20 heures, dans la soirée du jeudi 19 septembre 2003, l’information tombe: La Samir est en flammes! Arrivés sur place, nous constatons deux choses: l’incendie n’est pas encore maîtrisé et les sapeurs pompiers sont présents en grand nombre. Le lieu est «infesté» de personnes «étranges» qui s’interessent à toutes les conversations, surtout celles des journalistes. L’une d’entre elles a même eu « la gentillesse» de nous tenir compagnie tout au long de notre enquête. Encore sous le choc, les habitants de la région ne savent pas ou donner de la tête. Difficile de leur parler ou de recueillir des commentaires. Comme nous l’a expliqué un jeune du Douar Kamija, juste en face de l’entrée principale de la Samir, ce sont des millions de Dhs qui sont en train de partir en fumée. Propos d’un témoin oculaire : «L’incendie s’est déclaré vers 19 heures. J’ai vu les premières flammes». Un autre, à l’air très inquiet, nous a indiqué qu’il n’a pas cessé de prier Dieu pour que l’incendie n’arrive pas du côté des produits sensibles au feu et qu’il ne se propage pas « Les habitants avoisinant la Samir seraient les premières victimes de cet incendie. «Nous vivons constamment sur le «qui-vive» en raison du danger permanent que constituent les risques d’explosion ou d’asphyxie, d’autant plus que cette usine a déjà fait parler d’elle à deux reprises en moins d’une année... Si j’avais les moyens, j’aurais déménagé pour aller loin de ce brasier potentiel», a avancé un monsieur visiblement en colère. Mais entre la Samir et eux ,qui est venu envahir l’autre? Le champ électrique de lignes de haute tension ajouté aux risques normaux d’une telle raffinerie n’interdisent-ils pas toute implantation d’habitats. Hélas les faits sont là.
La tâche des sapeurs pompiers n’a pas été de tout repos. Cet incident a failli tourner à la catastrophe. Heureusement, l’intervention de ce valeureux Corps, des Forces Armées Royales et les renforts de l’Office National des Aéroports était venue à temps pour empêcher le pire. L’incendie n’a été maîtrisé que dans la journée de vendredi. Néanmoins, l’essence au bac G 625 continuait de se consumer, dégageant une fumée épaisse. Les dégâts matériels sont, jusqu’à present, limités parce que le feu ne s’est pas propagé vers les autres installations. Et comme par chance, l’absence cette nuit là des mouvenements du vent a évité la propagation du feu aux autres bacs de la Samir. Vers 23 h 30, l’incendie n’était pas encore maîtrisé. Bien au contraire, au fur et à mesure que les flammes jaillissaient, la fumée devenait encore plus dense. Mais rassurants, les responsables minimisent l’impact ainsi que les dégâts matériels de l’incendie. Dans le communiqué adressé à la presse, la Samir a précisé que l’incendie s’est déclaré dans un bac de stockage d’essence contenant 1.885 m3 de produit semi-fini au moment de l’incident. Selon ce même communiqué: « Dès le declenchement de l’incendie, une cellule de crise a été constituée et, tout au long de la nuit, elle a organisé et coordonné les opérations de lutte contre le feu... Le feu a été rapidement circonscrit et le bac en question isolé des autres installations. La situation est actuellement sous contrôle...Nous ne déplorons aucune perte humaine. Les seuls dégâts matériels enregistrés sont limités au bac qui a pris feu et l’incendie n’a aucun impact sur le fonctionnement de la raffinerie dont toutes les installations sont opérationnelles. Par conséquent, la Samir continue d’assurer l’approvisionnement du marché de façon normale et régulière». D’un autre côté et lors d’une réunion entre les responsables de la Samir et certains membres du Gouvernement Jettou, il a été demandé à la Direction de cette société de mettre en oeuvre la décision de délocalisation des installations de l’usine vu qu’il s’agit du deuxième incendie en moins d’un an. Le Conseil d’Administration de la Samir se réunira à cet effet le 9 octobre.
Jusqu’à présent, l’origine du sinistre n’est pas encore déterminée. Selon les premiers élements de l’enquête, l’incendie a eu lieu suite à une «opération de correction consistant à mettre du butane dans l’essence pour améliorer sa qualité».
H.Z.
Trois questions à M. Abderrahman Saaïdi, Directeur Général de la Samir
Revoir les dispositifs de prévention
Après les événements malheureux que la SAMIR a récemment connus, La Nouvelle Tribune s’est rapprochée de M. Abderrahman Saaïdi, Directeur Général de la Société, qui nous révèle, entre autres, toute une panoplie de mesures, d’instruments et de procédures pour prévenir et sécuriser les installations.
La Nouvelle Tribune: Une cellule de crise a été mise en place pour conscrire les dégâts, qu’en est-il des cellules de veille?

M. Abderrahman Saaïdi : En matière de sécurité et de prévention, les raffineries de la SAMIR disposent de moyens humains et techniques pour le suivi et le contrôle préventif des installations. Au niveau de «l’inspection métal», il existe une entité chargée de suivre au jour le jour et selon un programme préétabli l’état des installations statiques (colonnes, fours, bacs de stockage, tuyauterie…) en collaboration avec des organismes d’expertise extérieurs en vue de détecter la moindre anomalie. Les rapports établis par cette entité sont transmis aux services concernés pour entreprendre les actions adéquates. «L’inspection machines tournantes» assure le même rôle que «l’inspection métal» mais sur des machines tournantes (pompes, compresseurs, turbines…). Cette entité veille à ce que les machines tournent dans des conditions optimales de sécurité. Les rapports élaborés par ces deux entités constituent la base des travaux d’entretien général des installations à l’occasion de l’arrêt général périodique.
A cela, il faut ajouter le système de détection incendie. Les installations de la raffinerie sont équipées de systèmes de détection incendie qui se déclenchent automatiquement en cas d’anomalie aussi bien pour donner l’alerte que pour déclencher l’extinction automatique. Les bacs de stockage et les principales installations de production sont dotés d’un système de refroidissement et d‘injection de mousse qui permet de les protéger en cas d’incident.
Au volet Prévention-sécurité, il est important de noter que nous disposons d’une entité chargée de veiller que tous les équipements de détection et de lutte contre l’incendie sont opérationnels. Elle procède également à l’essai systématique de ces équipements et à la formation des auxiliaires de sécurité placés dans les unités de production. Des rondes de surveillance sont effectuées 24H/24 suivant un programme préétabli pour déceler à temps toute anomalie pouvant porter atteinte à la sécurité des installations et des hommes. «La Sécurité- intervention» permet la présence d’équipes de sapeurs pompiers qualifiés à la raffinerie 24H/24 pour intervenir en cas d’alerte. La cellule intervention est équipée d’un tableau de signalisation électronique qui couvre toute la raffinerie et permet de localiser avec précision le lieu de l’incident. Des équipements, fixes et mobiles, de lutte contre l’incendie, répondant aux standards internationaux, sont mis à leur disposition. De même, une ligne téléphonique directe relie cette entité à la caserne des sapeurs pompiers de la ville pour coordonner les actions d’intervention.
Enfin grâce à la Sûreté et au gardiennage, des dispositifs de surveillance sont opérationnels 24H/24 pour contrôler les accès à la raffinerie ainsi que l’identité de toute personne voulant accéder à la société y compris les visiteurs et le personnel de la SAMIR et des sociétés sous-traitantes. Cette mission est assurée par des équipes de la SAMIR, assistées par des sociétés spécialisées en gardiennage. Des moyens de communication et de déclenchement d’alerte sont mis à la disposition de ces équipes pour leur permettre de réagir en toute célérité face au danger.
A quelle hauteur estimez-vous les dégâts matériels?
Les dégâts matériels se limitent au bac de stockage incendié et à son contenu, estimé à 1.885 m3 d’essence semi-finie.
Ce qui vient de se passer ne constitue-t-il pas un appel lancé pour des investissements massifs vers un outil plus modernisé?
Le plan opérationnel des investissements de la SAMIR comprend aussi bien des projets de modernisation et de renouvellement des installations existantes que le projet de développement du raffinage.
Pour ce cas-ci, bien que nous maîtrisions déjà notre outil, l’action immédiate à prendre après un accident est d’analyser et de revoir les dispositifs de prévention et de protection pour les renforcer davantage. Par conséquent, notre plan opérationnel intégrera les investissements nécessaires.
Propos recueillis par
D. MB.