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“Notre pays reste peu exploré avec 4 forages par 10 000 Km2"

Auteur : Entretien réalisé par Mamady Sidibé

La Nouvelle Tribune : Quel est l'état actuel de la recherche pétrolière au Maroc ?
Mme Amina Benkhadra : La recherche pétrolière est une activité de longue haleine qui nécessite des moyens techniques et financiers considérables ainsi qu'une expertise multidisciplinaire pointue. L'exploration pétrolière dans notre pays a été redynamisée depuis l'amendement du code des hydrocarbures en 2000, ce qui a permis d'attirer un nombre important de sociétés pétrolières grâce aux incitations fiscales qu'il accorde. Actuellement, 28 sociétés sont en partenariat avec l'ONHYM dans le cadre  d'Accords pétroliers  et Contrats de reconnaissance couvrant une superficie totale de  plus de 286 000 km2 aussi bien en offshore qu'en onshore. Depuis 1999, Les travaux entrepris par l'ONHYM et ses partenaires ont totalisé plus de 87 500 Km2 sismique 2D et 16 000 Km2 de sismique 3D dont respectivement  prés de 83 700 Km et 15 000 Km2  en offshore. L'interprétation des données géophysiques recueillies a permis de forer 5 puits en mer et 21 puits à terre dont 6 ont abouti à mettre en évidence des accumulations modestes de gaz biogénique dans le Gharb.  L'activité de recherche se poursuit et les chances de réaliser des  découvertes économiquement exploitables dans l'offshore et l'onshore, notamment dans les bassins sahariens demeurent intactes surtout que nous ne sommes qu'au début de l'exploration dans nos provinces maritimes et méridionales. 

Beaucoup de contrats d'exploration ont été signés, dans ce sens, sans visiblement de grands résultats. Comment expliquez vous cette situation ?
L'exploration est une activité intensive, hautement capitalistique et ses résultats aléatoires. Or, notre pays demeure très peu exploré avec 4 forages par 10 000 Km2 quand ce ratio est de 800 forages par 10 000 Km2  en moyenne dans le monde.
Les travaux effectués ont permis d'améliorer la base de données au niveau de chaque bassin et de cartographier un nombre important  de prospects pétroliers. Pour qu'ils aboutissent à des découvertes, il est impératif de réaliser un maximum de forages pétroliers pour les tester. A cet effet, l'ONHYM déploie tous les efforts pour attirer les compagnies pétrolières internationales qui disposent des moyens techniques et financiers nécessaires pour intensifier l'exploration dans nos bassins sédimentaires.

Quelle évaluation faites- vous des investissements consacrés à ce secteur ?
Les dépenses totales sur la période 1999-2007 se sont élevées à 4 564 Millions DH dont 3 989 Millions DH pour nos partenaires et 575 Millions DH pour l'ONHYM, soit une moyenne annuelle d'environ 440 Millions DH et 60 Millions DH respectivement .
Ces montants  qui peuvent paraître importants sont en fait très insuffisants comparativement aux coûts de l'exploration. Actuellement, un forage coûte entre 30 et 60 Millions $ US dans l'offshore et 5 à 15 Millions $ US en onshore selon la profondeur du forage. Dans un budget d'exploration, la sismique et les études géologiques représentent  respectivement  15% et 5%. Malgré la modestie des découvertes réalisées, les investissements consacrés à l'exploration pétrolière nous ont permis d'approfondir nos connaissances sur les structures géologiques de notre sous sol grâce à l'introduction de nouvelles technologies comme la sismique 3D et la numérisation des données.

D'aucuns proposent des solutions alternatives notamment l'exploitation des schistes bitumineux du moment où les cours du pétrole atteignent des niveaux aussi élevés. Qu'en pensez-vous ?
Le contre choc pétrolier de février 1986 qui s'est prolongé jusqu'à la fin des années 90 a maintenu les prix du  baril de pétrole à des niveaux très bas, ne dépassant pas  10$ à 15$. Ce qui a  freiné tous les efforts de recherche et de développement sur les schistes bitumineux qu'avait suscités la hausse des cours du brut suite aux deux chocs pétroliers de 1973 et de 1979. C'est ainsi qu'au Maroc  la forte activité de prospection de la première moitié des 80  sur les gisements de Timahdit et de Tarfaya a été abandonnée à l'instar de tous les projets schistes dans le monde, la tendance baissière des prix du brut n'offrant aucune perspective de rentabilité à ces projets hautement capitalistiques. 
Aujourd'hui, la flambée des prix du pétrole a relancé les activités d'exploration   des schistes bitumineux dans le monde. Notre pays, dont les réserves potentielles sont estimées 50 milliards de barils de pétrole par pyrolyse bénéficie de cette nouvelle  réactivation des projets dans ce domaine. Plusieurs accords ont été signés dans ce cadre avec des sociétés internationales pour reprendre les études de reconnaissance et tester de nouveaux procédés d'extraction d'huile des roches bitumineuses.

Autrement dit, il faut encore attendre ?
Cependant, il faut signaler que malgré les progrès réalisés, aucune technologie de pyrolyse pour une exploitation à l'échelle industrielle des schistes n'a encore été prouvée pour rentabiliser de tels projets dont la durée la maturation est de 10 à 15 ans avant de produire le premier baril et  les coûts d'investissement estimés à plusieurs milliards de dollars US.  C'est à l'horizon 2025-2030 que les schistes pourraient connaître un véritable développement, la priorité étant aujourd'hui donnée aux pétroles lourds et aux sables bitumineux dont l'exploitation est relativement plus aisée et moins coûteuse. Dans l'attente d'une percée technologique dans la pyrolyse, nous encourageons les opérateurs dans les secteurs électrique et cimentier d'utiliser les schistes comme combustible direct pour produire de l'électricité et comme clinker pour la fabrication du ciment.

En plus, n'est-il pas temps de renforcer les capacités marocaines en matière d'énergie renouvelable pour faire face à la crise énergétique ? Et qu'en est-il de la politique suivie par votre département dans ce domaine ?
Le Maroc a toujours affirmé sa volonté de diversifier ses ressources d'approvisionnement en énergies pour atténuer sa  dépendance de l'extérieur pour la quasi-totalité de ses besoins énergétiques.
Le développement des Énergies Renouvelables est une composante principale de la stratégie énergétique du Pays qui s'appuie sur la nécessité d'exploiter les ressources  nationales en énergies. En effet, le Maroc, outre les centrales hydroélectriques, dispose d'un potentiel important en énergies renouvelables estimé à plus de 6000 MW pour l'éolien, un rayonnement incident moyen de 5.5 kWh/m2/ j, 9 millions d'hectares de forêts et plus de 200 sites exploitables pour les microcentrales hydrauliques.
La stratégie de développement des énergies renouvelables a pour objectif d'atteindre 10% du bilan énergétique global  et 20% du bilan électrique à l'horizon 2012. Elle  intègre la réalisation de nouveaux parcs éoliens, le développement des applications solaires photovoltaïques et la réalisation de microcentrales solaires.
Après la mise en service du parc de Abdelkhalek Torrès de 50 MW en 2000 et celui d'Amogdoul (Essaouira) de 60 MW en 2007, la filière éolienne verra un développement remarquable pour les années à venir avec le lancement des travaux du parc de Tanger de 140 Mw. D'autres projets sont en cours de développement et porteront la puissance  installée d'origine éolienne à 1000 MW à l'horizon 2012.
La centrale thermo- solaire à cycle combiné de Ain Beni Mathar d'une puissance de 472 MW dont 20 MW d'origine solaire, qui sera mise en service en 2009, représente un nouveau moyen de production combinant le gaz naturel et l'énergie solaire.
Les énergies renouvelables dans les réseaux décentralisés trouvent au Maroc leur place dans le cadre du Programme d'Électrification Rurale Global. Ainsi à fin 2007, 3163 douars totalisant 44.719 foyers ont été électrifiés  par kits solaires individuels
 Une centrale à Tit Mellil constituée de 1024 panneaux solaires d'une puissance totale de l'ordre de 50 KW a été inaugurée en 2007. Cette centrale débite l'énergie produite sur le réseau national.

On s'inscrit donc dans une logique d'augmentation de capacité de production des unités industrielles ?
Pour permettre d'augmenter la capacité d'autoproduction des industriels, un projet de texte réglementaire portant sur le relèvement du plafond de l'autoproduction de 10 MW à 50 MW avec la possibilité d'accès au réseau a été  approuvé par le conseil du gouvernement le 11 juin 2008. Le programme EnergiPro permet aux autoproducteurs  d'acheminer sur le réseau de transport l'électricité à partir des sites de production vers les sites de consommation, moyennant un tarif incitatif de transition
Pour accompagner le secteur des énergies renouvelables, un projet de loi relative à l'efficacité énergétique, aux énergies renouvelables et à la restructuration du Centre de Développement des Énergies Renouvelables a été élaboré et est actuellement en phase de finalisation. Ce projet a pour objet d'assurer un développement durable de la fourniture d'énergie, de réduire le coût de l'approvisionnement énergétique pour l'économie nationale, de lutter contre le changement climatique et de développer les technologies de valorisation des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique.
La concrétisation des objectifs retenus à court terme pour les énergies renouvelables se traduira en particulier par l'implantation de nouveaux parcs éoliens totalisant une puissance installée de près de 1000 MW. A moyen et long terme, à l'horizon 2020-2030, notre ambition vise  à mobiliser les potentiels réalisables en ressources naturelles de 1500 à 2000 MW pour l'éolien, 4000 MW thermique  pour la biomasse et une superficie de 1 700 000 m2 de panneaux pour les chauffes eau solaires.


 

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