Entretien avec Mme Yasmina Baddou, candidate de l’Istiqlal aux Communales (Anfa)
La Nouvelle Tribune : Vous êtes parlementaire, ministre dans le cabinet Jettou et vous postulez aux communales dans la circonscription de la commune d’Anfa. Quelles sont les motivations de cette candidature ?
Mme Yasmina Baddou : Quand je me suis présentée aux élections parlementaires, j’imaginais naïvement qu’en tant que député, on pouvait faire beaucoup pour la ville. En effet, lors de la campagne pour les législatives, les citoyens exprimaient essentiellement la revendication de l’amélioration de leur quotidien. En s’adressant aux candidats, c’est la proximité qu’ils mettaient en avant, comme la propreté de leur environnement, par exemple.
Comme vous le savez, c’est un problème qui interpelle profondément le citoyen dans sa dignité puisqu’il vit dans des quartiers sales et démunis.
Mais j’ai très vite réalisé qu’en étant parlementaire, on ne pouvait absolument pas agir sur le quotidien des villes puisque l’essentiel des domaines d’intervention relève de la compétence des communes. Donc, il était tout à fait normal pour moi, en raison de cet obstacle objectif, de briguer le mandat de conseiller communal en vue d’accomplir ce travail de proximité. C’est ainsi que j’ai décidé, avec l’accord du parti, de me présenter au niveau dela Commune d’Anfa. Dans cette démarche, je n’ai d’autre ambition que d’accomplir un certain nombre de réalisations pour améliorer le quotidien du citoyen.
Quelles sont les raisons qui ont présidé au choix des personnes figurant sur votre liste pour cette campagne ?
Pour moi le choix a été très simple car il fallait avant tout que la commune d’Anfa soit totalement couverte et représentée, dans toute sa diversité sociale et géographique. Les électeurs veulent être représentés par quartier, d’autant plus qu’auparavant le conseiller ne représentait qu’un arrondissement. Or, il est difficile aujourd’hui de faire accepter aux électeurs que le conseiller représentera un grand arrondissement dans le cadre de la nouvelle charte communale et du nouveau découpage. Auparavant, il y avait plus de 30 arrondissements alors qu’aujourd’hui, on en compte 15 à peine. Le choix des candidats de notre liste a donc été déterminé par des critères géographiques, mais toutes les composantes de la population sont représentées au sein de notre équipe. Cela veut dire qu’il y a Mais j’ai très vite réalisé qu’en étant parlementaire, on ne pouvait absolument pas agir sur le quotidien des villes puisque l’essentiel des domaines d’intervention relève de la compétence des communes. Donc, il était tout à fait normal pour moi, en raison de cet obstacle objectif, de briguer le mandat de conseiller communal en vue d’accomplir ce travail de proximité.mais il y a également quatre femmes, un médecin, des universitaires et enseignants, des jeunes chômeurs également. Bref, nous avons voulu être les plus représentatifs de la réalité sociale et sociologique d’une commune comme celle d’Anfa, laquelle, croyez-moi, n’est pas uniquement composée des “ villas ” que vous connaissez !
Plusieurs bidonvilles importants figurent sur le territoire de cette commune et on déplore également nombre de quartiers insalubres, dépourvus d’éclairage public, où règne une saleté repoussante et sans le plus petit équipement collectif.
Avec la nouvelle charte communale, comment peut-on aujourd’hui redéfinir le rôle du conseiller pour un travail de proximité ?
Il est évident que le rôle du conseiller va évoluer car, auparavant, il ne représentait qu’un petit arrondissement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et même du point de vue du fonctionnement, nous aurons un système qui va induire le travail par commissions spécialisées et spécifiques et non l’inverse, c’est-à-dire un conseiller qui toucherait à tout pour finalement ne rien faire.
Et je pense, dans ce cadre, que toute décision qui devra être prise le sera de concert avec le citoyen, à travers le réseau associatif. C’est ce travail de proximité que nous défendons et c’est d’ailleurs celui que je privilégie dans le cadre de mes responsabilités ministérielles. Nous devons consulter, associer et impliquer les citoyens, à travers le réseau associatif, pour tout projet ou programme concernant la ville. Le tissu associatif est fondamental pour la réussite d’un véritbel projet de développement urbain, surtout à l’échelle d’une métropole comme Casablanca qui, désormais, sera appréhendée dans sa globalité et son unicité, contrairement au passé où chacune des communes se déterminait et agissait isolément.
Avez-vous des projets concrets à ce sujet ?
Comme je l’ai souligné tout à l’heure, la politique de proximité s’exprimera à travers le réseau associatif. Il est évident que nous avons un programme et il décline de nombreuses mesures en faveur de la création d’emplois, des personnes âgées, des femmes, de la jeunesse, de l’environnement, du développement urbain, des personnes handicapées, de la culture, etc.
C’est un programme ambitieux mais tout à fait réalisable car nous avons les moyens de le concrétiser tant au niveau d’une commune comme Anfa qu’à celui de la ville dans son ensemble.
Pour appuyer ma conviction, je citerai l’exemple du Département ministériel dont j’ai la charge. On nous disait que c’était un ministère sans un budget conséquent pour ses projets sociaux mais nous avons prouvé le contraire. Et je suis convaincue que pour la ville, les moyens sont là. Il suffit de les gérer de façon plus rationnelle. Pour y parvenir, il faut viser des projets à court terme et rapidement concrétisés parce que le citoyen a besoin aujourd’hui de signaux forts pour lui redonner confiance et aussi de d’actions immédiates dont les effets se feront ressentir dans son quotidien, comme la propreté et l’hygiène publique par exemple. D’ailleurs, c’est cette revendication qui prime systématiquement lorsqu’on aborde un Casablancais.
Quant aux moyens de notre ambition, je vous rappellerai que la commune d’Anfa, au terme de l’exercice budgétaire actuel, a eu un excédent budgétaire de 22 % correspondant à 13 millions de dirhams. Ces fonds n’ont pas été utilisés, faute de projets !
Les élus sont donc directement responsables de cette situation pour le moins lamentable qui donne à croire qu’Anfa n’a pas besoin d’investissements sociaux, de réalisations, d’actions pour l’amélioration du quotidien des citoyens.
Aujourd’hui, le profil du conseiller communal doit être celui d’un élu développeur. C’est-à-dire un élu capable de développer des projets, en concertation avec le citoyen et à son profit.
À ce propos, permettez-moi de vous citer quelques chiffres. En 2001, la commune d’Anfa comptait 90 000 habitants dont près de 25 % logeaient dans des habitations insalubres. Cela représente 4 100 familles contre 3598 familles à habiter dans des bidonvilles l’année précédente. Ceci signifie clairement que les bidonvilles vont en se développant sur le territoire de cette commune. Il y a donc du travail à faire à ce niveau et qui devra être accompli dans le moyen terme.
Ainsi, le concept d’élu développeur est celui qui pousse les citoyens à améliorer leur sort par eux-mêmes. Et le conseiller communal doit œuvrer à l’instauration des conditions propices à l’emploi, l’investissement et le développement non seulement au niveau de l’ensemble qu’il représente directement mais à l’échelle de la ville. En effet, la nouvelle façon de gérer la ville exige la réunion de toutes les compétences, toutes les sensibilités afin de créer une synergie entre toutes les communes. En effet, l’unicité de la ville permet d’opérer en vases communicants afin de déployer les moyens dans les arrondissements qui en sont dépourvus. Cela permettra d’instaurer une émulation entre les arrondissements qui pourront ainsi agir en fonction des disponibilités de la ville en son entier et en fonction d’une vision commune, globale et unique de son développement.
Par rapport à la gestion précédente des communes, il est évident que le rôle du nouveau conseiller sera celui d’un initiateur, d’un donneur d’ordres. Ne croyez-vous pas que “ l’élu bon à tout faire ” n’est plus en rapport avec la perception qu’exige un développement urbain assuré par des spécialistes, des professionnels, des gens formés pour des interventions spécifiques ?
Non, je ne pense pas exactement ainsi. Je crois que notre projet a été construit au niveau de la liste que nous présentons aux suffrages des citoyens sur la base de compétences éprouvées et spécifiques de plusieurs candidats. Ils ont le savoir et l’expérience requise pour intervenir dans la plupart des champs d’action d’une commune. Mais cela n’exclut nullement le recours à des spécialistes et des compétences externes pour des projets et des démarches spécifiques dans le cadre d’une politique globale de développement communal et urbain.
En fait, les élus doivent être des managers et avoir l’approche que nécessite une vision claire des priorités et des eigences induites par la gestion d’un esemble comptant plusieurs millions d’habitants et couvrant une superficie territoriale importante. Casablanca, à elle seule, a retourné 2 milliards de dhs de son budget. Cela est proprement inadmissible et démontre l’incompétence des élus locaux qui la représentaient jusqu’à présent. Car qui pourra avancer que la capitale économique n’avait pas besoin de ce montant pour faire face aux problèmes de transport, d’insalubrité, d’habitat, etc.
Quel bilan dressez-vous de votre action depuis votre élection aux législatives dans la circonscription d’Anfa ?
La première action que j’ai faite a été d’établir la confiance entre l’élu et le citoyen car il y avait à ce niveau une lacune terrible en termes de crédibilité envers la représentation politique. En effet, le plus souvent, dès qu’un candidat était élu, il disparaissait. Moi, j’ai commencé par organiser et tenir régulièrement une permanence dans ma circonscription. Je reçois donc les citoyens une fois par semaine, indépendamment de leur appartenance politique. Cela est important pour moi car un citoyen a besoin d’être écouté et d’avoir son député à ses côtés lorsqu’il a besoin de lui. J’ai tenté de trouver des solutions aux problèmes qui m’étaient présentés. Certes, il est parfois difficile de dégager des solutions, notamment quand les problèmes posés ne relèvent pas de ma compétence, mais de celle des communes. Mais j’avais pris cet engagement durant la campagne pour les législatives. Je l’ai tenu et il en sera ainsi durant tout mon mandat.
Avez-vous constaté lors de votre campagne électorale l’impact des événements du 16 mai sur les préoccupations des citoyens ainsi que sur leurs visions de la situation ?
En réalité, nous n’avons rien ressenti dans les propos des citoyens qui participe d’une vision inspirée par les tragiques événements du 16 mai dernier.
Ce que j’ai personnellement constaté ce que les préoccupations citoyennes se rapportent à l’hygiène, à la salubrité, au ramassage des ordures, à l’éclairage public, aux équipements socio-éducatifs collectifs, à l’emploi, à la santé, à l’habitat, à la sécurité, etc. Ce sont des préoccupations immédiates, urgentes, de proximité.
La pratique a démontré que la multiplicité des alliances ne permet pas de dégager une vision cohérente des projets et des différents chantiers au sein des conseils communaux et municipaux. Dans ce sens, comment voyez-vous l’action future du Conseil de la Ville par rapport au nouveau mode de scrutin ?
Je pense que le mode de scrutin, malgré les quelques inconvénients qu’il comporte, va permettre de dégager une certaine majorité. D’un autre côté, il y a aussi le fait que les partis qui se respectent ont présenté comme têtes de liste des candidats qui peuvent s’entendre car ils ont beaucoup de chose en commun. Les élus qui siègeront au Conseil de la Ville seront des personnes responsables etje crois que tous et toutes sauront mettre de côté leurs étiquettes partisanes et idéologiques au profit de Casablanca. Car nous avons tous les mêmes objectifs. Donc, je ne vois pas pourquoi on n’irait pas tous dans le même sens. Actuellement, les programmes des partis se rapprochent et se ressemblent peu ou prou. Nous connaissons tous les principaux chantiers du pays et ce qui importe au premier chef c’est la volonté communément partagée de travailler et d’œuvrer au bien commun et au développement.
Dans la perspective d’une autre candidature, celle à la mairie de Casablanca, il y a en face de des challengers importants, des candidatures sérieuses, tout autant que la vôtre. Ne craignez-vous pas de vous “ brûler les ailes ” ?
Franchement, je ne vois pas pourquoi je me brûlerais les ailes. Contrairement à ce que les gens prétendent, la femme a une meilleure maîtrise de ses nerfs, et elle fa ire montre, généralement, de compétences éprouvées en matière de gestion. Je pense que ce sont là des qualités que doit avoir le maire de Casablanca. Il n’y aura certainement pas de majorité claire et forte et le maire devra justement avoir l’aptitude à fédérer tous les courants composant le Conseil de la Ville. Je pense honnêtement et en toute objectivité qu’une femme, au-delà de l’étiquette politique, pourra mener à bien cette mission.
Pensez-vous que la participation au vote sera importante le vendredi 12 septembre ?
En tout cas, je le souhaite. Je crois que les événements du 16 mai ont donné à réfléchir à tous ceux qui se sont abstenus de voter lors des échéances précédentes. Actuellement, il est grand temps pour chacun de nous d’assumer ses responsabilités. Il faut que les gens deviennent plus citoyens et qu’ils cessent de critiquer dans les salons ou les cafés. Il faut que l’on passe à l’action et au travail de proximité pour remplir, un tant soit peu, notre devoir de citoyen.
Entretien réalisé par
la Rédaction
Portrait : Abdelatif Mazouz
Un second pas comme les autres
La commune d’Anfa bouillonne et vit au rythme des élections communales. Les candidats se bousculent au portillon en quête d’une éventuelle voix supplémentaire . Dans le lot, un homme se distingue en cette fin de matinée du lundi : M. Abdellatif Mazouz. Du son haut de son mètre 74, ce professeur de l’enseignement supérieur n’est pas du genre à berner les électeurs, encore moins de tenir des promesses relevant du rêve. “Nous allons faire un travail de proximité pour améliorer le quotidien du citoyen” prône-t-il. Cela ne pouvait en être autrement pour cet enseignant dont le domaine de prédilection est l’économie et plus particulièrement les finances. Avec un parcours professionnel bien étoffé et une carrière de plusieurs années, M. Mazouz a d’abord affûté ses armes dans une banque avant de devenir Directeur Général d’un groupe de PME-PMI. Le second de la liste du Parti de l’Istiqlal aux communales à Anfa est également consultant économique et financier. Comment se fait-il que ce gestionnaire accompli se lance dans la politique, pourrait-on se demander. D’un ton sobre, il répond sans ambages : “Je suis au parti de l’Istiqlal depuis huit ans. J’ai tenté ma première expérience politique au niveau municipal en 1997. Comme tous les membres du parti, je me suis mobilisé pour les élections du 12 septembre d’abord parce que c’est un changement important, compte tenu du nouvel esprit de la charte communale, et aussi le nouvel esprit avec lequel le parti a abordé ces élections. J’ai accepté de faire partie de cette liste car avec Mme Baddou, nous allons constituer une très bonne équipe.” Sur ce plan, l’entente est parfaite entre les deux candidats. En effet, fait-il remarquer, la gestion des affaires locales n’est pas une question d’homme ou de femme. C’est une affaire de compétence. En outre, il faut dire que Mme Baddou a fait beaucoup de travail au niveau de la commune d’Anfa car avant son arrivée, le parti n’y était pas bien représenté. Elle a su constituer une pépinière du parti au sein de cet arrondissement. Aujourd’hui, nous avons une base qui est présente. Et je reste convaincu qu’ensemble, nous allons faire beaucoup de choses au niveau de cet arrondissement.” Un programme commun, une volonté commune, une vision partagée, le tandem Yasmina Baddou-Abdelatif Mazouz promet pour le 12 septembre. Et ils ont mis tous les atouts de leur côté d’autant plus que le programme a été travaillé par les cadres du parti. Malgré cela, les deux candidats ont discuté des spécificités de l’arrondissement sans oublier la façon dont il faut gérer cette campagne. Cependant, ce professeur n’est pas seulement un homme politique. Passionné de sport, M. Mazouz pratique aussi le ping-pong et le tennis. Ce qui donne à ce père de famille de deux enfants l’allure d’un parfait athlète. Son charisme et son dynamisme font de lui un candidat sérieux et un parfait second.
M.S.